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corps administratif, ne vivant que d'une vie d'emprunt, un corps sans racines et sans avenir. L'Académie est donc née au seul moment peut-être où une constitution du genre de la sienne pouvait encore être tolérée. Le désordre était grand sans doute, les têtes étaient folles, les meilleurs esprits chancelaient, mais il y avait dans l'air comme un reste d'indépendance qui se glissait encore partout; chacun prenait ses précautions, ses garanties, et la régente, comme ses conseillers, devait trouver tout naturel qu'une compagnie d'artistes, se constituant alors, voulût nommer ses officiers, faire elle-même ses affaires, remplacer comme elle l'entendrait ceux de ses membres que lui enlèverait la mort, et même en choisir dé nouveaux, sans limite de nombre, selon que l'occasion Pinviterait à grossir ses rangs. Toutes ces concessions semblaient de droit commun en 1648. Sept ans plus tard, en 1655, les idées étaient bien changées, elles Tétaient encore plus en 1664. On s'en serait aperçu si, à ces deux époques, il eût été question non pas de corriger, mais d'octroyer des statuts". Que de choses on laisse subsister parce qu'on les trouve toutes faites, parce que la possession est un porte-respect, tandis qu'on les refuserait s'il s'agissait de les donner! Pour ne parler que du droit de suffrage, de ce principe électif qui servait de base à la compagnie et lui assurait le gouvernement d'elle-même, on n'y
changça rien en 1655; on se contenta de rendre le pouvoir moins mobile^ en le faisant exercer non plus par les douze professeurs^ à tour de rôle^ chacun pendant un mois, mais par quatre recteurs^ de trimestre en trimestre. Tout en créant ces quatre charges on ne songea pas à en nommer les titulaires; le droit de l'Académie resta sauf» les recteurs furent élus par elle, comme ses autres officiers. En 1664^ au contraire, les recteurs^ ainsi que le directeur^ devinrent inamovibles et à la nomination du roi; ce fut la seule atteinte grave aux droits électoraux de la compagnie. Esl-il douteux que si la table eût été rase^ que s'il se fût agi d'organiser à neuf, les douze professeurs et tous les autres officiers auraient eu le sort des recteurs?
Ainsi l'Académie, non-seulement avait bien fait de naître, mais elle avait bien choisi son moment. Cette origine^ un peu frondeuse, qui d'abord ne fut pas sans péril, devait être sa sauvegarde. Si le grand roi l'eût mise au monde, elle aurait eu sans doute des commencements plus doux ; elle n'aurait pas/ à deux reprises, failli périr, faute d'argent; les gens de justice et de chicane l'auraient moins rudement traitée et «es membres auraient obtenu, du premier coup, sans lutte et sans efforts, cette infaillible omnipotence en matière d'art et de goût, dont on devait plus tard les investir,
en la corroborant de faveurs et de pensions ; mais l'A-
cadémîe comme corps^ que lui aurait-on donné? De quelles pauvres franchises eût-elle été dotée? Fût- elle jamais devenue la sœur puînée, la légitime sœur, et des académies italiennes et de l'Académie française, cette autre petite république, qui, elle aussi, avait bien pris son heure pour naître et se faire assurer de belles et bonnes libertés? Trente ans plus tard, n'eût-elle pas couru risque d'échanger contre un peu de clinquant, contre des jetons plus dorés peut-être, ou des habits mieux galonnés, sa noble indépendance, trésor dont la la valeur ne cesse de s'accroître à mesure qu'il vieillit? C'était bien un gouvernement fort ^ui lui en avait fait l'octroi. Elle n'avait profité ni d'un temps de licence, ni du faible pouvoir d'une femme; mais sous ce cardinal tout-puissant la cause des lettres et des lettrés était déjà tout autrement gagnée que celle des arts et des artistes. Cette inextricable question des maîtrises, cette lutte de l'art et du métier, des droits acquis à prix d'argent et du talent sans patrimoine, tout cela n'existait pas pour les lettres. Elles avaient bien aussi, et toujours elles auront, leurs artisans, leurs hommes de métier, mais ces hommes ne faisaient pas partie depuii3 quatre cents ans d'une puissante corporation. On n'avait pas à compter avec eux. On pouvait, sans les dépouiller, sans déshériter personne, créer une aristocratie littéraire : en la créant
ouverte et accessible à tous^ on rattachait tout le monde à sa cause^ et quiconque maniait une plume^ aussi bien le manœuvre que Fhomme de génie, était intéressé à soutenir une noblesse dans les rangs de laquelle il se flattait d'entrer. Voilà pourquoi l'Académie française, une fois instituée, devait vivre et durer sans obstacles, sans autre guerre que des guerres d'épigrammes, combats à coups d'épingles qui ne sont pas mortels. Elle n'avait pas à soutenir ces conflits, ces procès, ces luttes interminables, questions de vie ou de mort qui l'auraient jetée malgré elle dans les bras d'un pouvoir protecteur. Le grand bonheur de l'Académie française, ce qui lui a valu cette faveur sans exemple d'avoir vécu autant que la monarchie sans jamais faire une infidélité à ses premiers statuts, c'est de n'avoir pas eu besoin de l'assistance de Louis XIV. Ce tout-puissant secours ne lui aurait pas manqué; le monarque, à coup sûr, aurait épousé sa querelle; mais à quel prix? En la restaurant à neuf, elle aussi; en lui imprimant le cachet de son règne, c'est-à-dire en la condamnant aux retours de fortune, à l'abandon, presque au décri public, qui devaient, après lui, frapper les choses et les hommes qu'il avait faits à son image, et comme empreints de son esprit.
C'est là le danger que n'a pas évité l'Académie de peinture et de sculpture : sa grande restauration^ elle
Ta payée cher. Le repos, il est vrai, lui a été rendu; ses adversaires ont lâché prise; elle est restée maîtresse du terrain, seule puissante, seule souveraine, sans concurrents ni rivaux ; mais cette domination exclusive, ce pouvoir sans partage, ce luxe de privilèges et de prérogatives, cette sorte de complicité, qu'on nous passe le mot, avec les idées du grand roi, il fallait bien qu'elle en portât la peine; de là lui sont venues et son impopularité d'aujourd'hui et les tribulations qui l'attendaient dès le déclin du règne ; car celui qui faisait sa force. Le Brun, s'étant laissé mourir un quart de siècle avant son maître, elle se vit assaillie de nouveau par sa vieille ennemie, sans appui, sans défense ni du côté de la cour, ni du côté de l'opinion.
L'Académie sortit de cette épreuve et fit peu à peu sa paix avec le public, en subissant de bonne grâce d'inévitables représailles, en acceptant la concurrence, en n'employant pour la vaincre que des moyens de bon aloi, c'est-à-dire en revenant modestement à sa constitution première, avec l'aide de ces franchises dont, par bonheur, au temps de sa fortune, on ne l'avait dépouillée qu'à demi. Jamais pourtant elle ne parvint à se réhabiliter tout à fait ; toujours elle valut un peu mieux que sa renommée : c'était comme une expiation de sa longue infidélité à la pensée de ses fondateurs.
Cette pensée, nous n'avons pas besoin de l'exposer
encore^ nous l'avons fait assez connaître. Relever tout à la fois la profession d'artiste et renseignement du dessin^ substituer à la monotonie de vieux' modèles^ de poncis d'ateliers^ transmis de père en fils chez la plupart des maîtres, Tétude éternellement variée de Tantique et de la nature, n'imposer aux élèves aucun type du beau et protéger la variété de leurs aptitudes par la diversité de goût des nombreux professeurs chargés de les diriger, ouvrir enfin aux jeunes gens les portes les plus larges et mesurer la sévérité des épreuves à l'importance hiérarchique des grades à concéder, telle fut la pensée de l'Académie de i648, pensée qui s'y conserva dans sa pureté primitive pendant sept années environ. C'est donc à cette période qu'il faut se reporter si l'on veut sainement juger et de l'institution ellemême et des services qu'elle pouvait rendre.
Dira-t on que nous prenons trop au sérieux ce qu'il y avait dans ces premiers statuts de tolérant, de modéré, nous dirions presque de libéral? Que c'était de la prose faite sans le savoir, peut-être même sans le vouloir ; que nos douze fondateurs se contentaient de peu, seulement pour commencer ; et qu'à juger de leurs sentiments par ceux du plus ardent, du plus zélé d'entre eux, ce n'était pas la lutte à armes égales, mais la domination qui était leur but, tout comme à lui ?
Le Brun sans doute, nous l'avons vu, prit à cœur
plus que personne l'établissement de TAcadémie ; rien ne lui coûta pour cette cause ; il s'y dévoua d'abord tout entier. Mais une fois les premiers obstacles franchis, une fois les statuts promulgués/ de continuels désaccords s'élevèrent, ne l'oublions pas, entre Le Brun et ses confrères. Les froissements de l'amour-propre, les défauts de caractère n'en étaient pas la seule cause. L'Académie, telle qu'elle s'était fondée, n'avait pas répondu à l'attente de Le Brun ; elle était pour lui trop modeste, ou, comme on dirait aujourd'hui, trop bourgeoise. Ce qui suffisait à ses confrères ne pouvait pas l'accommoder. De là des brouilles et des mécontentements : il saisissait tous les prétextes de se mettre à l'écart, de se tenir en réserve. Ainsi rien à conclure du premier zèle de Le Brun. Quelque part qu'il eût prise à la création de l'œuvre, cette œuvre, assurément, n'était point faite à son image, et personne moins que lui n'en était le représentant.
S'il existait alors un homme duquel on pourrait dire que l'Académie de 4648 se personnifiait en lui, cet homme, à notre avis, serait plutôt Le Sueur, bien que jamais, selon toute apparence, ce génie suave et délicat n'ait fait le moindre effort pour imposer à ses confrères sa façon de sentir et de voir, encore moins pour conduire et gouverner leurs affaires. Parcourez les registres des anciennes délibérations, les procès-verbaux
primitifs conservés aux archives de TËcoIe des beauxarts^ précieuse collection d'autographes et de signatu-. res, vous vous étonnerez d'y rencontrer si rarement, et jamais en place apparente^ jamais au premier rang, toujours comme dans l'ombre et perdu dans la foule, ce nom de Le Sueur aujourd'hui si grand. A peine se trouve-t-il cité de loin en loin dans les mémoires dont nous nous occupons ici, et, sur ce point, la différence est nulle entre la version qu'a mise au jour M. de Montaiglon et celle que M. Paul Lacroix vient récemment de publier *.
1. Dans la Revue universelle des arts (en cinc[ livraisons, août, septembre, octobre, octobre, novembre et décembre 1856), d'après le manuscrit de la bibliothèque de TArsenal, catalogué sous le numéro 8â2 (classe dMiistoire). M. Paul Lacroix a bien fait do publier cette relation ; les annotations qu'elle renferme sont surtout précieuses; quant au texte, nous ne trouvons pas qu'il soit aussi supérieur que paraît le penser M. Paul Lacroix, à celui do la Bibliothèque impériale mis au jour par M.^de Montaiglon. lï est possible que Jean Rou en soit l'auteur, mais l'autre n'est pas l'œuvre personnelle de M. Hulst. On peut en acquérir la preuve en lisant le début de cette môme relation manuscrite qui appartient à l'École des beaux-arts. Plus on examine cette relation, plus on est porté à croire, avec M. de Montaiglon, qu* Henry Tes félin en est vraiment l'auteur, malgré les objections assez puissantes que nous avons nous-môme rapportées.
JV. B. Pendant qu'on imprimait cette feuille, M. Vinit a eu l'obligeance de nous communiquer le renseignement suivant, récemment trouvé par lui dans les registres de l'École des beauxarts. — « Extrait des procès-verbaux de l'Académie royale de « peinture et de sculpture. — Séance du !«' février 1772. -- Le a secrétaire a continué la lecture des mémoires de M. Testelin,
Cette apparente obscurité de Le Sueur au sein de l'Académie cxclue-t-elle le rôle prépondérant qu'il y joua selon nous? Uhomme supérieur dans les arts^ lors même que sa supériorité^ à demi comprise de ses contemporains, est presque un mystère pour lui-même, n'en exerce pas moins sur tout ce qui renloure un secret et irrésistible empire. On lui obéit, il gouverne, à son insu comme à Tinsu des autres, par le seul ascendant de ses œuvres. C'est ainsi que Le Sueur^ sans faire ce qu'on appelle école, sans être en possession de cette vogue qui provoque et fait éclore Timitalion, s'élevait cependant peu à peu^ surtout depuis l'apparition de ses peintures des Chartreux, à un tel degré d'autorité que, vers le temps dont nous parlons, à cette phase de sa vie malheureusement si proche de sa mort, on peut dire qu'il était le chef, ou tout au moins le guide et le régulateur de nos artistes français.
Comme un prédicateur qui parle peu, mais qui prêche d'exemple, il lui suffisait de peindre pour donner
« rédigés par feu M. Hulst, honoraire amateur, sous le tistre de : « Mémoires pour servir à l'histoire de l' Académie royale de pe in- « ture et de sculpture, »
Voilà donc la question tranchée. C'est bien Testelin qui est Tauteur des mémoires. Quant à ces mots : rédigés par M. Hulst, quelque portée qu'on leur donne, il n'en reste pas moins certain que les faits, les idées, le fond môme du récit, n'appartient qu'à Testelin. J'ajoute que les éloges qu'on lui donne dans ces Mémoires n'ont plus rien d'extraordinaire.
le ton à la peinture de son temps^ pour empêcher de trop choquantes dissonances avec son propre style et maintenir ses rivaux aussi bien que ses disciples dans un cerfain respect de l'expression juste et vraie, de ce goût tempéré^ simple et coble à la fois, sans prosaïsme et sans emphase, qui lui étaient naturels ; traditions à peu près perdues avant lui, et qu'un seul homme, dans ce siècle, avait, comme lui, retrouvées. Ce que Poussin professait à distance, loin de la mêlée, dans les muettes solitudes de Rome antique. Le Sueur le pratiquait à Paris. Il arrêtait, ou retardait du moins^ l'invasion de cet art théâtral dont Le Brun devait être le brillant coryphée. Tant que Le Sueur vécut, Le Brun, sans qu'il s'en rendit compte, fut incertain et comme hésitant à suivre sa propre pente. Qu'on veuille bien comparer, dans les galeries du Louvre, les tableaux exécutés après 1661 par le premier peintre du roi, et ceux que le peintre ordinaire de la régente a fait cinq ou six ans plus tôt. Qu'on s'arrête devant ce Benedicite, sainte famille un peu pâle sans doute, mais si gracieuse et si tendre ! Trouve-t-on là le moindre excès d'ampleur, le moindre effet déclamatoire? N'y reconnalt-on pas comme un reflet involontaire d*autres scènes plus vraies et plus simples encore qu'il serait aisé de citer ? N'y sent-on pas la secrète influence que nous venons . de signaler?
Le Sueur mourut en 4655^ l'année même où^ pour la première fois^ furent refondus et restaurés les statuts de TAcadémie^ et deux mois environ avant que cette restauration fût un fait accompli. Il n'a donc assisté qu^au premier âge de la compagnie, il n'a connu que son premier esprit, cet esprit quil animait du sien et qui semble n'avoir pu lui survivre. Si la mort l'avait épargné, s'il eût été témoin des changements qui se préparaient, s'il eût assisté seulement à la seconde des deux restaurations, nous doutons qu'il l'eût acceptée sans regret et sans déplaisir. Son mécontentement n'eût pas été bruyant ; il n'eût pas, comme Le Brun, protesté, boudé, fait bande à part ; mais l'envie ne lui en eût pas manqué. Ce régime nouveau ne pouvait pas lui plaire, pas plus que l'ancien ne plaisait à Le Brun. Comment auraient fait ces deux hommes, dans une question d'art, pour être à la fois contents des mêmes choses?
Peu nous importe de savoir si, en dehors.de l'art, dans les relations privées, ils eurent l'un pour l'autre des sentiments tout différents. On l'affirme aujourd'hui, on nous dit que tous leurs biographes se sont mépris grossièrement : nous le voulons bien croire. Les biographes ne soûl pas infaillibles ; au lieu de remonter aux sources, ils copient leurs prédécesseurs et s'expo- 3ent ainsi à débiter des contes qui s'accréditent en
vieillissant ; mais ne risque-t-on pas de suivre un.peu leurs traces^ même en prenant plus de peine^ lorsqu'on grossit outre mesure des vérités microscopiques) Ce n'est pas tout de compulser de vieux cartons poudreux^ il faut peser ce qu'on y trouve^ mettre les choses à leur vraie place^ les éclairer de leur vrai jour, et ne pas prendre à tout propos des taupinières pour des montagnes. La plus sûre méthode est celle que pratiquent les collaborateurs des Archives de l'art français : les matériaux qu'ils découvrent ils les mettent au jour presque sans commentaire, et sans autre addition que quelques notes explicatives. C'est le moyen de n'égarer personne, tout en rendant service à quelques-uns. Que n'ont-ils inspiré cette circonspection à un spirituel et docte historiographe qui s'est épris comme eux de nos anciens artistes et consacre les loisirs de son érudition à compléter et rectifier leur histoire. Parce qu'il a eu l'heureuse idée de consulter les registres des baptêmes et des décès tenus jadis dans les paroisses de Paris,'parce qu'il y trouve çà et là quelques révélations piquantes, le voilà convaincu que tout ce qui s'est dit et imprimé depuis deux siècles sur le compte de ces artistes n'est qu'un tissu de fables, que seul il les connaît, que seul il est avec eux dans un intime et séneux commerce, parce qu'il peut dire combien ils ont eu chacun de femmes et d'enfants, combien de garçons et de filles, combien ilQ
en perdirent en nourrice et combien ils en ont conservé. Quand on sait ces choses-là, né va-t-il pas sans dire qu'on connaît tout le reste? Ainsi, vous vous imaginez que Le Brun et Le Sueur, par exemple^ n'ont pas toujours été de même avis sur toutes choses : ce n'est là qu'un vieux roman. Allez à l'hôtel de ville de Paris, consultez les registres de Tannée i649, et en particulier les registres des naissances, vous y verrez que Suzanne Le Brun, fille du paysagiste Nicolas Le Brun, frère de Charles, a été baptisée cette année et tenue sur les fonds par madame Le Brun et Eustache Le Sueur. Dès lors n'est -il pas avéré qu'on calomnie Le Brun, qu'il ne ressentait pour Le Sueur que la plus franche amitié, nonseulement en cette année 1649, au lendemain de la fondation de l'Académie, mais toujours et tant que vécut Le Sueur? Comment croire que sa femme eût été Ja commère d'un homme dont il était jaloux? Cela s'est-il jamais vu? Voilà, il faut en convenir, un acte de baptême qui en dit plus qu'il n'est gros.
Fidèle à ce système, notre érudit ne souffre pas qu'on croie à la sensibilité, à la mélancolie ni même à la faible santé de Le Sueur. Toujours même procédé : il rectifie des détails apocryphes, prend les biographes en faute et aussitôt il fait comme eux, il imagine; il prosaïse ce qu'ils ont poétisé. Les biographes font mourir le grand peintre dans les bras des chartreux, ils le pei-
gnent inconsolable d'avoir perdu sa femme; or il est mort en son logis^ et sa femme lui a survécu. Voilà qui est excellent : l'érudition triomphe ; pourquoi ne pas s'arrêter là? Pourquoi se croire autorisé à nous faire un Le Sueur entièrement nouveau, non-seulement ami intime de Le Brun, mais bien portant, sans souci, presque Roger-Bon temps; autant vaudrait le faire octogénaire. Nous ne saurions ici discuter à loisir et comme il conviendrait ces nouveautés biographiques, encore moins la méthode qui les engendre, méthode soi-disant historique qui lue This.toire en croyant la servir. L'occasion s'en présentera, et nous la saisirons. Nous rendrons un sincère hommage à ces sortes de recherches, à ces dépouillements minutieux de docu- ■ ments trop négligés, mais nous montrerons aussi quelle 6n est la portée, et quelles découvertes il est possible d'en attendre. Les rectifications de détail ne modifient que peu de chose dans Tensemble d'une figure ; ses traits caractéristiques n'en sont pas altérés; aussi les vieux portraits qu'on dédaigne, portraits faits à distance et étudiés d'ensemble, restent encore, à tout prendre, les plus sûrs et les plus ressemblants.
Quant à présent, nous nous bornons à dire que, nous produisit-on dix autres actes de baptême et nous démontrât-on par pièces authentiques que nos deux peintres, au coin du feu, étaient unis comme deux frè- .
res^ nous n^en soutiendrions pas moins que dans TÂcadémie^ comme à Tbôtel Lambert^ comme en tout lieu où se sont rencontrés face à face soit leurs œuvres^ soit leurs idées, tout fut contraste dans ces deux hommes. Ce sont deux systèmes en présence encore plutôt que deux personnes ; ils sont rivaux fatalement, par la nature des choses. Prenez tout ce qu'ils^ ont fait, depuis leurs toiles capitales jusqu'aux moindres hachures échappées de leurs doigts, n'est-il pas clair qu'ils ont tout compris autrement, aussi bien renseignement que Tart lui-même ? Et, pour parler Académie, ne leur en fallait-il pas une autrement faite à chacun ?
Aussi voyez les deux conduites : lorsqu'il s'agit de la jonction. Le Brun prend feu contre les maîtres ; il s'indigne, il tempête et refuse de signer, en gourmandant le gros de ses confrères, comme on disait alors, ou, comme on dirait aujourd'hui, la majorité de la compagnie, cette majorité qu'il n'avait pas encore dans la main; pendant ce temps, que fait Le Sueur? U est ardent pour la jonction, il court chez les notaires ratifier le contrat; l'affaire lui tient au cœur^ sa signature est la seconde; de tous les actes signés de lui, c'est peut-être le seul où il ait failli se mettre au premier rang. Qui le poussait ainsi? l'esprit de la compagnie. La jonction, sans douté, n'était pas née viable, c'était un rêve, une illusion; Le Brun l'avait bien dit, et la
démocratie de la maîtrise ne tarda pas à lui donner raison : mais ce qui lui déplaisait le plus, ce qu'il redoutait par-dessus tout^ dans cette union avec Içs maîtres, c'était la mésalliance; tandis que ses confrères et Le Sueur le preipier, quoique jaloux aussi de la dignité d'artiste^ Tentendaient moins superbement et consentaient de bonne grâce à des adjonctions plébéiennes qui devaient, croyaient-ils, assurer à leur art la paix et la liberté.
Nous insistons sur ces contrastes, parce qu'ils aident à saisir ce que nous cherchons à expliquer, et qu'il est plus aisé de sentir que de dire la vraie physionomie, les caractères distinctifs de notre Académie à sa première phase. Qu'on nous permette un dernier mot.
Littérairement parlant, le règne de Louis XIV semble, au premier aspect, empreint d'un môme esprit : tous ces maîtres du style et de la pensée ont un air de famille : même grandeur et même perfection ; mai^ à les voir de près et à les mieux connaître, bientôt on les distingue ; ils sont de deux générations et presque de deux races. Avant et après Versailles, voilà le point de partage : ceux-ci plus châliés, plus exquis, ceux-là plus indépendants et, à génie égal, plus 'Simples et plus vrais. Ce que nous disons là des lettres, il faut le dire de nos arts du dessin. Là aussi deux générations, deux familles, deux esprits différents, avant et
après Versailles. L'Académie avant Versailles, c'est TAcadémie de Le Sueur^ l'Académie qui s'éclipse au même instant que lui^ en 1655, celle dont personne ne parle^ et dont il faudrait, selon nous^ non-seulement mieux garder la mémoire, mais consulter plus souvent les leçons. ^
Quant à celle qui lui succède, qu^avons-nous besoin d'en parler? Nous ne pourrions que redire ce qu'en sait à peu près tout le monde : chacun ne la connaît-il pas? N'est-ce pas l'Académie proprement dite, cette compagnie souveraine qui posséda, pendant un quart de siècle, l'exclusif privilège de faire tous les travaux de peinture et de sculpture commandés par l'État et de diriger seule, d'im bout du royaume à l'autre, l'enseignement du dessin; à Paris, dans ses propres écoles; hors de Paris, dans des écoles subordonnées, académies succursales fondées par elle, placées sous sa direction, soumises à sa surveillance *. Jamais un tel système d^unité et de concentration né fut appliqué nulle part à la production du beau. Incompatible avec l'inspiration individuelle, ce système est funeste, on peut même dire absurde, en théorie. En pratique, il a, par exception, grâce à de merveilleuses circonstances, produit
1. Voyez, aux pièces Justificatives, le règlement pour VétahliS' sèment des écoles académiques de peinture et sculpture dans toutes les villes du royaume où elles seront jugées nécessaires^ enregistré au parlement le 22 décembre \ 676.
quelque chose de grand, quelque chose qu'on ne reverra plus; grandeur abstraite, inanimée, qui étonne sans émouvoir, qu^on admire sans Taimer, et qui semble le produit d'un mécanisme obéissant plutôt que d'intelligences disciplinées mais libres.
C'est qu'en effet, dans cçtte Académie, comme dans une ruche travailleuse, tout le monde obéit, il n'y a qu'une tête qui pense, qu'une volonté qui commande; tous ces hommes habiles à incruster la couleur ou le marbre dans l'or de ces palais, ce sont des instruments, des rouages qu'un mécanicien fait mouvoir. Â lui seul le succès. Si cette omnipotence despotique qui, toujours et partout, a comme frappé de mort les beaux-arts, leur a donné, dans ce quart de siècle, une imposante majesté; si les œuvres qui en sont sorties rachètent les défauts du genre, la froideur et l'ennui, parla richesse, l'abondance et l'ampleur, on le doit au hasard d'avoir trouvé un homme incomparable, prédestiné, en quelque sorte, à ce genre de gouvernement. Laissez Le Brun dans la foule, au milieu de ses confrères, inter pareSy comme dans la primitive Acadénaie, il aura du talent, de l'habileté, du savoir; ses tableaux seront goûtés, de son vivant surtout, mais il mourra sans s'être fait connaître; la moitié de lui-même, et la meilleure moitié, sera restée dans l'oubli. Donnez-lui au 'contraire à gouverner ses égaux, chargez-le de leur dic-
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ter des idées^ de leur tracer des modèles, de tout inventer, tout régler, tout dessiner pour eux, et vous Tallez voir grandir comme sa tâche, développer des dons innés, des facultés instinctives, un véritable génie pour tout dire, et non-seulement le génie de Torganisation et du commandement, mais le génie de la décoration et de la magnificence. Composant, dessinant, comme on parle et comme on écrit, traçant du matin au soir aussi bien des formes de meubles, des broderies, des ornements, des moulures, des arabesques, que des pages d'histoire, ou profane ou sacrée, toujours prêt et suffisant à tout, splendide, harmonieux, intarissable dans l'uniformité, il était le seul homme peut-être qui pût sauver les vices du système et en soutenir le fardeau.
L'histoire de TAcadémie, dans sa seconde phase, ne serait donc, comme on le voit, que l'histoire d'un seul homme. Avec Le Brun finit cette période; elle ne dura même pas autant que lui. C'est la mort de Colbert qui fut pour l'Académie le terme de la toute-puissance. Le Brun ne transmettait à ses confrères que les rayons de sa faveur : pour donner, il fallait qu'il reçût; il ne régnait que par Colbert. Aussitôt que la surintendance eut passé dans les mains de Louvois, tout changea. Le Brun ne fut plus qu'un peintre : crédit, puissance, il perdit tout. On le tint à dislance comme guspect d'attachement à une mémoire importune. Si le monarque.
par habitude^ lui continua ses bonnes grâces^ ce furent des bontés stériles, s'adressant plutôt à Thomme qu'à Fartiste et n'allant pas jusqu'à TAcadémie. Le Bnin se vit disputer d'abord, puis enfin enlever la conception, la direction, la surveillance des grands travaux de la couronne. Sept ans se passèrent ainsi^ sept années de regrets, de dégoûts, d'amertume, et, pour la compagnie, sept années d'interrègne, d'inquiétude et d'abandon. A moitié détrôné. Le Brun laissait flotter les rênes, sa santé chancelait, on parlait de son succès-, seur, et cet héritier présomptif causait à ses amis, à ses anciens sujets, autant d'effroi que de tristesse. L'aspirant à l'empire, le César, avait quatre-vingts ans; par conséquent la pourpre lui pouvait échapper; mais, s'il vivait assez, elle ne pouvait aller qu'à lui. Nous parlons de Mignard. On l'a vu, en ^663, livrer à l'Académie de désespérés combats, frapper de porte en porte pour ameuter contre elle la cour et le parlement; tout ce que peut inventer un esprit habile et tenace, il l'avait mis en œuvre pour s'opposer au monopole académique et à la toute-puissance de Le Brun. Vaincu, il ne s'était pas rendu. Les artistes contemporains avaient tous fléchi le genou, et parmi ceux qui s'étaient plus particulièrement associés à sa querelle, les uns, comme Du Fresnoy, étaient morts de bonne heure; les autres, comme Anguier, au bout de cinq ou six ans, étaient
entrés à rAcadémie : Mignard seul n'avait pas cédé; il attendait depuis vingt-sept ans^ se résignant à ne pouvoir être ni peintre du roi, puisqu'il n'était pas académicien^ ni président effectif de l'Académie de Saint- Luc, puisqu'elle n'existait plus de droit ; n'exerçant la peinture que comme sinlple maître, mais exploitant avec autant d*art que d'audace sa situation d'opposant. Ce n'est pas seulement de nos jours qu'il s'est trouvé des gens habiles à comprendre jusqu'où peuvent aller les profits de la défaveur. Même sous Louis XIV, on pouvait faire fortune à être mal en cour. Mignard eut ce talent. Insinuant et souple quand il voulait, trouvant d'ailleurs sur sa palette de quoi servir son savoirfaire, il était parvenu, malgré Le Brun, malgré l'Académie, à se donner un tel renom, que, lorsque Colbert mourut, il devait être forcément' le favori de son successeur. Louvois n'y manqua pas. Entre Mignard et lui des liens intimes s'établirent, et la succession de Le Brun fut non-seulement promise, mais en partie donnée d'avance à son vieil adversaire.
Lorsqu'en 1690, n'ayant pas accompli sa soixante et onzième année. Le Brun succomba le premier, il conservait encore trois charges considérables : il était premier peintre du roi^ directeur des manufactures et directeur de l'Académie. Mignard tout aussitôt fut nommé premier peintre; pour lui donner les Gobelins il n'était
pas besoin de plus de cérémonie, mais il en fallait un peu plus pour le mettre à la tète de cette compagnie dont il était depuis si longtemps Tennemi déclaré. Les statuts ne permettaient pas de choisir en dehors du corps, et Mignard n'en faisait pas partie. Il fallut négocier; on fit parler le roi; FAcadémie comprit qu'il n'y avait pas à résister^ et^ dans sa séance du 4 mars^ Mignard fut successivement élu, coup sur coup, d'abord académicien, puis professeur, recteur et chancelier. Il vint ensuite prendre séance en qualité de directeur, et les registres constatent que Noël Goypel, recteur en exercice, parlant au nom de ses confrères et cherchant sans doute à sauver la dignité du corps, eut soin de dire que l'Académie obéissait avec respect aux volon^ tés du roi.
Après de telles paroles, on ne pouvait guère espé* rer une franche réconciliation. Entre Mignard et ses nouveaux confrères, il n'y eut jamais rupture ouverte, mais jamais confiance ni cordialité. Pas plus d'un côté que de l'autre, on ne se pardonnait cette élection par ordre, et l'aigreur et le mauvais vouloir ne firent qu'aller croissant, au grand dommage de l'Académie, car ce chef imposé, au lieu d'aider la compagnie à reprendre son ancien éclat, sentait un secret plaisir à la tenir dans l'ombre. D'un autre côté, les maîtres peintres et sculpteurs, qui depuis vingt-sept ans
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n'avaient donné signe de vie^ voyant Le Brun tombé et Mignard aux honneurs^ sortirent de leur repos. Ils vinrent à leur ancien chef, lui rappelèrent ses engagements^ le sommèrent de tenir ses promesses, a Vous a voilà puissant^ dirent-ils^ faites abroger les statuts^ a faites casser les arrêts qui nous ont dépouillés de nos a vieux privilèges^ rendez-nous notre Académie^ faites a rouvrir notre Saint-Luc, dont nous vous avons fait « prince. 9 Mignard, au fond du cœur, penchait de leur côté, mais il ne pouvait le dire. Général de la veille, trahir aujourd'hui son armée, c'était trop tôt. U fit la sourde oreille, devint plus maussade encore pour les académiciens, mais n'usa pas de son crédit pour satisfaire les maîtres. Seulement il les servit par d'habiles paroles semées, sans que cela parut, dans l'esprit du ministre et du roi. a N'y a-t-il pas, disait-il, place a pour tout le monde? Si la communauté s'entête à a faire les frais d'un enseignement public, pourquoi ne a pas la laisser faire? ce serait un grand bien, surtout a pour l'Académie : n'est-elle pas de taille à triompher «cde tels rivaux? » U n'insistait pas davantage, mais les voies étaient préparées. De son vivant, les choses en restèrent là : on ajourna, on évinça les maîtres; mais leur requête était apostillée du public tout entier. Au bout de huit ou dix ans, le mouvement des esprits devint si unanime que, malgré l'ombre de Le Brun,
malgré les protestations de sa phalange consternée^ les maîtres gagnèrent leur procès.
Par déclaration du 17 novembre 1705, il fut permié à la communauté de rétablir publiquement TAcadémie de Saint-Luc et de reprendre ses exercices d'enseignement. C'était la violation formelle du principal article des statuts octroyés à TAcadémie royale en 1664. La maîtrise fit de grands efforts pour donner tout Téclat possible à cette résurrection. Un beau local dans sa grande maison de la rue du Haut-Moulin, près Saint- Denis de la Châtre ; des leçons quotidiennes de dessin, de peinture, de sculpture, d'architecture, de perspective, de géométne et d'anatomie; vingt-six professeurs pour desservir ces cours; des modèles en nombre suffisant pour être posés à volonté, soit isolément, soit en groupe; des concours et des prix annuels, des précautions de toute sorte pour garantir aux étudiants l'impartialité de leurs juges, et tout cela gratuitement, sans demander un sou ni à l'État^ ni au public, tel fut le programme du nouveau corps enseignant.
L'Académie royale eut la sagesse de garder le silence. Elle pouvait invoquer son privilège, assigner les contrevenants, se pourvoir au conseil, mettre en campagne les procureurs et les huissiers : elle prit le bon parti, se tint tranquille et laissa faire au temps. En acceptant la concurrence, elle en annula les effets. Ce courant d'opi-
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nion qui l'avait abandonnée ne soutint pas longtemps ses adversaires et peu à peu revint à elle. La maitrise eut beau redoubler d'efforts et de sacrifices, faire afficher dans tout Paris ses libéralités et ranimer de temps ea temps la lutte^ soit en ajoutant quelque chose à ses promesses^ sôit en obtenant^ comme en 1723^ en 1730 et en 1738^ tantôt la confirmation de ses immunités^ tantôt Toctroi de règlements nouveaux^ jamais elle ne parvint ni à donner crédit à son enseignement^ ni à meUre son Académie au même rang et en même estime que TÂcadémie royale.
D'où vient qu'en renonçant au monopole, celle-ci n'avait rien perdu? D'où vient qu'on ne citerait pas dans tout le siècle un seul sculpteur^ un seul peintre de quelque valeur qui ne lui ait appairlenu? On pouvait cependant aller ailleurs : pourquoi la préférait-on? Sans doute elle conservait encore d'assez belles, prérogatives : les commandes de la cour, sans lui revenir de droit, lui étaient en partie assurées par l'usage, et dans les expositions publiques les tableaux de ses membres avaient les honneurs du Louvre, tandis que ceux des membres de Saint-Luc étaient accrochés en plein vent, à la place Dauphine, pendant quelques heures seulement, à certains jours de l'année. De telles différences étaient assurément appréciées des artistes, mais elles ne suffisaient pas pour placer dans leur esprit les deux
Académies à si grande distance. S'ils préféraient TAcademie royale, c'est qu'elle était vraiment une Académie^ û'est-à-dire une institution libérale fondée uniquement sur rintérét de Fart, sans aucune considération mercantile. Sa prétendue rivale n'avait d'une Académie que le nom et la surface; ce n'était au fond que la mdtrise^ s'affublant d'un titre d'apparat^ cherchant à s'ennoblir^ mais demeurant toujours la mé^ne, c'est-à-dire une association où les places el les grades s'obtenaient soit à titre héréditaire, soit à titre onéreux^ autrement dit à prix d'argent; où la question de boutique dominait la question d'art, et où le meilleur garant, la plus sûre condition pour être admis, était moins le talent que la solvabilité. Le bel honneur de faire partie d'un corps qui se recrutait ainsi! Tandis qu'à l'Académie royale c'était plaisir d'entrer. Là du moins on était admis pour son mérite et non pour ses écus ; on vous mettait dans la balance sans que Tbérédité ni la finance fussent du moindre poids, sans que le pouvoir luimême se crût le droit d'intervenir, grâce aux franchises électorales qui s'étaient maintenues au sein de la compagnie sans trop d'altération. Ces franchises et le caractère désintéressé, c'est-à-dire purement artiste de l'institution, voilà le vrai secret du retour de faveur qui attendait l'Académie royale.