‹ L'Académie royale de peinture et de sculptureChapitre 25 sur 133 · AU ROT ET A. NOSSEIGNEURS DE SON CONSEIL · texte numérisé non relu

AU ROT ET A. NOSSEIGNEURS DE SON CONSEIL

Sire, TAcadémie des Peintres et Sculpteurs lassée des persécutions qu'elle souffre depuis longues années (1) par l'enuie de certainslif aistres Jurés, qui ne prennent le nom de peintres et de sculpteurs que pour opprimer ceux qui

1. Cette première phrwe n'est-elle pas en contradiction avec les assertions de Testelin touchant Torigine de l'Académie? Comment comprendre que M. de Charmois parle au nom de V Académie et se plaigne des persécutions qu'elle souffre depuis longues années, si, comme l'affirme Testelin dans ses mémoires, l'idée de fonder FAcadémie venait seulement de naître dans l'esprit de M. de Charmois inspiré par Le Brun? Et d'un autre côté, comment ne pas ajouter foi au texte de cette requête conservé à l'École des beaux-arts sur un des principaux registres de l'ancienne Académie? Il y aurait là une véritable énigme sans une note manuscrite, de la main de M. Hulst, trouvée par M. Vinit dans les archives de l'École. Cette note est ainsi conçue :

« N«. Des mémoires particuliers ou fragmens de mémoires re- « cueillis par M. Fiorimont marquent que rétablissement primitif

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ont consumé leur JeiiDés^e dans le trauail et Pestude des belles choses afin de méri4er ce titre, est enfin contrainte de se prosterner aux pieds de Vostre Majesté, pour la supplier très humblement, et luy Remonstrer que la patience avec laquelle ils ont enduré ces VioUences a tellement enflé le courage de leurs parties qu'ils prétendent non seulement assujettir les plus sçauans en cet art à trauailler pour leurs broyeurs de couleurs et pour ceux qui polissent leurs statues, parce qu'ils ont achepté la qualité de Maistres, mais encore restraindre le pouvoir ' de Vostre Majesté, en réduisant à un certain nombre ceux qu'elle a honnorez du nom de ses peintres et sculpteurs, par un effet de l'ignorance, qui ne pouvant souffrir

« de l'Académie de Peinture et de Sculpture se doit reporter au « règue de Louis XIII et est dû à M. Desnoyers, secrétaire d'État et « surintendant des bâtiments. Ils spécifient même que M. Desnoyers « mit cette académie sous la direction de M. de Chambray, frère « de M. de Chantelou, et qu'après la mort de ses protecteurs cette « académie demeura quelques années fort négligée, jusqu'à l'épo- « que ci-contre, qui ne serait ainsi qu'un renouvellement. »

Cette note nous révèle un fait dont il n'est parlé nulle part et que Testelin lui-même parait avoir ignoré/ Qu'était-ce que cette académie de M. Desnoyers ? probablement une tentative, un projet d'établissement plutôt qu'un établissement réel et sérieux. Pour avoir fait si peu de bruit il faut que cette association fût restée presque à huis clos, et qu'aucun acte {>ublic n'en eût constaté l'existence. Mais en 1648, lorsque les peintres et les sculpteurs, serrés de près par la maîtrise, imploraient l'assistance du pouvoir, on comprend quç M. de Charmois ne traitât pas légèrement l'œuvre ébauchée par M. Desnoyers huit ou dix ans auparavant. Il avait bien meilleur jeu à se présenter non comme l'interprète d'artistes isolés, mais comme le mandataire d'une corporation déjà reconnue, quoique négligée et persécutée. C'est donc un artifice oratoire encore plutôt qu'une révélation historique qu'il faut chercher dans cet exorde de la requête de M. de Charmois. Aussi Testelin nous semble excusable d'avoir daté seulement de 1648 l'origine de l'Académie, et, dans notre récit, nous avons suivi son exemple. Mais pour l'intelligence de la requête de M. de Charmois^ la note de M. Hulst n'en est pas moins un précieux document

Tesclat de la vertu, la veut envelopper de ses ténèbres, pour empescber qu'on ne discerne ses deffauts d*auec la beauté de la science. 11 y a longtemps que ces Maistres jurez exercent leur tirannie contre les plus excellens hommes de cette profession qui sont habituez dans Paris, et qu'après auoir forcé quelques-uns à se mettre de leur corps, ils y auroient déjà contraint les autres, sMlz n'auaient rencontré quelque appuy pour empescber que ces arts nobles ne tombassent dans le précipice : mais comme un tel secours lessoustient bien, mais ne les retire pas du panchant ou ils se trouvent et que leurs ennemis font présentement' de nouveaux efforts pour les réduire au nombre des mestiers les plus abjects, ils ont recours à la puissance souueraine pour estre remis en leur lustre, ainsy qu'ils estoient du temps d'Alexandre dans L'académie d'Athènes, ou chacun sçait qu'ils occupoient le premier rang entre les autres arts libéraux ; et comme Vostre Majesté a commencé dès son enfence à produire des actions plus merueilleuses que ce grand Prince n'a fait dans la vigueur de sa jeunesse, ils ont droit d'espérer d'estre deliurez de cette oppression, puisque c'est une • œuure digne de Vostre Majesté, et feront gloire de leure persécutions passées estans redeuables de leur liberté A la main d'un prince/ dont la naissance et les perfections en un aage sy tendre causent de l'admiration à tout l'univers. Alexandre ne permettait qu'au grand Apelle de faire son pourîraict. Nous n'auons qu'un seul î^lexandre, mais Paris est remply de plusieurs Apelles et de grand nombre de. Phidias et de Praxitelles, qui feront esclatter dans les climats plus esloingnez son Visage Auguste, et reuerer les beaux traits et les grâces que le ciel y a imprimez ; Vostre Majesté ne permettra pas à ces ignorens de la paindre : elle defifendra aux esclaues d'exercer des arts sy reloués, ainsi qu'il se pratiquoit autrefois; elle en conseruera la

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noblesse, et laissera dans la captiuité ceux qui s*y sont volontairement sousmis en composant un corps de mestier et se sont mis en paralelle auec les artisans les plus mécaniques.

L'Académie n'entend pas néanmoins préjudicier à quelques peintres et sculpteurs, qui ayant esté contraints de se faire passer maistres pour estre étrangers, ou denûez des moyens nécessaires pour plaider contre des parties puissantes, ou pour auoir esté receus en sy bas aage qu'ils n'estoient pas capables de considérer le manquement qu'ils commettoient, quittent a présent la foule tumultueuse, pour remonter suf le Parnasse et renoncent de très bon cœur aux prerogatiues d'une troupe abjecte, pour s'attacher aux Interest de ceux qui aimeroient mieux souffrir une pauureté volontaire, et conseruer leur honneur, que de chercher des commoditez, en se sousmettant à des loix honteuses qui terniroient leur. Réputation. C'estoit véritablement une chose bien déplorable de voir ces arts dans la souffrance, lorsque les autres sont universellement chéris de tous les grands hommes, de voir qu'une ville qui est le refuge des nations estrangeres, prestast des armes pour opprimer, ou ses propres • enfans, ou ceux qui sont venus pour l'embellir et que les muses qui s'esloignent du bruit des canons pour chercher dans Paris un azile assuré y rencontrassent des persécutions plus furieuses que dans les camps et les armées. ProtogQne^s estait au millieu de celuy des ennemis dans un calme aussy tranquile que s'il eust esté en plaine paix : et nos Academistes seroient en guerre lorsque nos voisins enuient la fortune de la France dont le gouvernement est sy heureux, particulièrement depuis la Régence, et que leurs Majestés ont fait choix d*un Ministre seul comparable à son prédécesseur qu'a peine s'apperçoit on de la guerre que pur les conquestes que nous faisons tous

les jours sur les ennemis de cet estât. L'Académie craindrait d'entendre un peu trop sa requeste, et d'abuser du loisir de Vostre Majesté, sy elle ne Tauoit veuë souuent donner trefue aux affaires les plus Importantes, pour se déliasser parmy les vertueux, et leur permettre de représenter sur la Toile les beautés extérieures dont le Ciel l'a pourveue; c'est ce qui lu y fait croire que Vostre Majesté ne refusera pas de jetter les yeux sur ses justes plaintes, ou pour mieux dire lui randre sa première liberté puisqu'elle ne peut apprendre ses disgrâces sans y aporter le remède il semble qu'elle ait parlé un peu bardiment, lors qu'elle s'est vantée d'imiter les attraits qui brillent sur Iç visage de Vostre Majesté pour les faire reuivre d'icy à plusieurs siècles; et elle auoue, Sire, qu'il n'en faut pas dire dauantage, pour faire voir jusques à quel degré de perfection nos arts peuuent monter : elle passera néanmoins plus auant, puisque L'Académie se peut donner cette gloire d'estre composée de plusieurs peintres et sculpteurs qui ne cèdent en rien aux anciens, dont les outils et 'le pinceau furent si sauans, qu'on jugeroit des inclinations et de la bonne ou mauuaise destinée de ceux qui estoient représentés dans leurs tableaux ou leurs statues et osera dire que bien que Vostre Majesté se fasse connoistre par des actions assez remarquables, ses pourtraits qui sont portés par toutes les parties du monde, n'ont pas laissé de contribuer Infiniment pour adjouter l'adoration des estrangers à l'admiratioi^ que la Renommée auoit fait naistre dans leurs esprits. Cette Vanité doit bien être pardonnée puisque c'est une vérité qui n'est ignorée de personne, et que ceux qui se sentent opprimez croiyent auoir quelque soulagement et donner des prennes que leur cœur n'est point abattu lorsqu'ils essayent de se releuer par des louanges dont ils ne sont pas indignes. Ouy les peintres et les sculpteurs se peuuent

vanter, Sire, qu'ils sauent non. seulement exprimer les moindre linéamens mais qu'ils peuuent encore passer jusques aux inclinations, pour les exposer aux yeux de ceux qui ont quelque teintuire de la phisionomie : et Ton peut dire encore que ceux qui ont jette le fondement de L'Empire des Ottomans, ont eu ces arts en sy grande estime qu'ils les ont defféndus dans toutes les terres de leur domination, soit qu'ils ne jugassent pas les hommes dignes d'entrer en competance avec leur Créateur ou qu'ils les ayent voulu tenir dans l'ignorance, de peur que la peinture qui est une véritable écriture, suivant la signification que les Grecs luy ont donnée, les rendist aussy esclairez et aussy capables que les caractères des liures imprimez ou manuscrits. La première de ces considérations est appuyée d'une raison assez apparente, puisqu'il est très certain que les peintres sont les imitateurs des ouvrages de leur Créateur, et qu'auec de la poussière destrempée d'eau ou d'huile, ils font paraître sur une superficie plane toutes les choses qui ont pu estre ou des quelles nous pouuons nous former quelque idée; et quant à la seconde nous lisons que Pytagore, et d'autres philosophes anciens ont esté en Egypte apprendre cette escriture universelle qui fait voir en un moment ce que les escriuains ont peine à desduire en plusieurs paroles, afin de sauoir par ces arts la beauté des sciences et les mystères de leur Religion, ce qui obliga un des plus grands homm^ qui ait esclairé l'église par ses escrils après qu'il eut acheué l'oraison funèbre d'un saint de son siècle, de s'escrier en portant la veûe sur les tableaux de sa vie : « quel auantage les peintres remportent aujour- « duy sur ces discours 1 qui se pourait persuader qu'une « éloquence muette fut sy forte et si persuasiue. J'ay « estalé en plusieurs périodes la vie et les miracles d'un « saint personnage, et les peintre les ont fait voir d'un

«seul regard 1 ils ont touché Tame par le plus noble « des sens, et se sont expliquez par un langage qui se « fait entendre sans truchement à tous les peuples de « la terre. » L'Académie ne voudrait pas néanmoins tirer une conséquence de cette louange, pour remporter le prix sur les orateurs ou sur les escriuains, puis que leur J)ut et celuy des peintres n*est point différent, que chacun de ces arts a ses beautés, que l'un fait auec le pinceau ce que l'autre fait auec la plume, et qu'en un mot leur dessein n'est que d'exprimer les choses telles que nous les volions, ou que nous les auons conceûs. Elle ne prétend pas non plus rauir à la sculpture la part qu'elle prend à ces louanges, ny donner sur elle quelque prérogatiue à la peinture. L'une s'explique auec les couleurs, l'autre auec lé marbre ou auec d'autres matières traictables, . l'une en adjoutant, l'autre en diminuant, et comme elles sont sœurs, ayant le dessein pour père commun, elles ne peuuent disputer de la noblesse non plus que de l'ancienneté, puisque les corps que Dieu a créez ont esté en mesme temps reuetus des accidens. Ainsy les objets n'ont peu paroistre sans estre paints de leurs couleurs qui dépendent de la peinture ny la peinture subsister sans un corps qui s'attribue à la sculpture.

Cette petite disgression n'a pas semblé hors de propos; pour couper désormais le chemin à une question assez souuent agitée et qui est toujours demeurée indécise, joinct qu'il faut prendre garde que l'un de ces deux arts ne s'offence de l'ordre qui n'est pas observé en le faisant marcher tantost deuant l'un, tantost après l'autre. Il faut bannir ce diuorce domestique, et n'en auoir que contre les persécuteurs qui nous tendent les bras plus tost pour nous estouffer que pour nous seruir d'appuy et ne se veulent joindre à nous que pour rauir nostre honneur. Le dessein de l'Académie est de faire

voir à Yostre Majesté leur entreprise insolente de prétendre luy donner des loix et restreindre son pouvoir, de vouloir penestrer dans les cabinets des princes ou les sculpteurs et les peintres sont admis lorsque ces autres ne sont employez qu'à peindre la porte de la basse cour et à polir quelque pièce de marbre elle leur demandoit volontiers sy la. peinture et la sculpture sont déchues ou dégradées depuis que les Empereurs, que les Rois, que les Fabius et les plus grands hommes du temps passé les ont exercez pour leur plus agréable diuertissement, et sans chercher des exemples estrangers ou esloignéz de notre siècle ny parler des prix qu'on donnoit aux tableaux dont un seul estoit autre fois vendu cent et six vingt talents, ny des libéralités de Parrhasius qui ne pouuant plus recevoir le payement de ses ouvrages en pièces d'or qu'on luy portoit dans plusieurs mesures parcequ'il ne vouloit pas prendre la peine de les compter ny de les faire paiser, en faisoit des présens ^u public ; la République d'Athènes ayant protesté que rien ne pouuoit esgaler leur valeur, nous n'auons qu'à nous remettre en mémoire l'estime que nos six derniers Rois ont fait des peintres et des sculpteurs, les charges, les bénéfices et les pensions qu'ils leurs ont donnés, l'amour et la tendresse qu'ils ont eu pour eux jusques à les visiter dans leurs maladies et les soutenir entre leurs bras -lorsquils ont rendu l'esprit, il ne faut point lire les livres pour sauoir que cet honneur est arriué a Léonard de Vincy d'expirer sur la poitrine de François I; qu'il honora les peintres d'une fleur de lis d'or dans leurs armes au milieu de trois escussons; que Hejiry II combla d'honneurs, de charges et de bienfaits, le Primatice Abbé de Saint Martin, diciple de Jules Romain, que Charles IX affectionna infiniment. M. Janet; que Henri IV faisoit un cas très particulier de Messieurs Freminet, du Breûil et Bunel; cela est arriué

presque à nos jours et nous avons veu que le feu Roy ne se contenta pas d'enuoier des caresses au deuant de M. Poussin jusques à Fontainebleau de le faire traiter magnifiquement avec ceux de sa suite mais encore qu*il le receut à la porte de sa chambre monstrant par cet excéz de bonté qu'il honoroit ces arts en la personne mesme de ses subjets. Ceux qui en ignorent Texcellence s*en estonneront mais comme il en auoit une entière connoissance ayant peint souuent plusieurs de ceux de sa cour^ il voulait donner courage à quantité de jeunes hommes qui ont esté animez par cette exemple et se sont rendus recommandables en cette proffession ny ayant point de p]us vif esgulllon pour nous faire embrasser la vertu que l'espérance de l'honneur et de la récompense dont elle est accompagnée. Nos aduersaires respondront sans doute qu'ils ne s'en souuiennent plus et que la peinture et la sculpture depuis ce temps-là sont deuenûes roturières. Ils auront certes beaucoup de raison d'en parler ajnsy puisqu'ils la veullent mettre dans la catégorie des mestiers qui dérogent à la noblesse. Ceux qui professent ces beaux arts ont trop de confiance en la justice de Vostre Majesté pour appréhender cette disgrâce et ilz jugent par les prenne? qu'elle donne tous les jours de son grand génie qu'elle imitera non seulement les belles parties dont le ciel auoit orné un sy grand prince, mais encore ils doiuent croire que sy sa bonne fortune luy a fait estendre les bornes de ses estats et porter ses armes dans les royaumes ou le nom François sembloit estre pour jamais enseuely, sa bonne éducation luy donnera des lumières et des connoissances qui n'ont point encore esté remarquées dans aucuns de ses prédécesseurs c'est ce qui les fait résoudre à ne se laisser point charmer par les vaines persuasions de leui*s enuieux ou intimider par leurs menaces. Us veulent delTandi-ele lustre et les préro-

gatives qui sont attachez à leur proffession après y auoir donné tant de veilles, non pas a dessein de remporter les récompances que le Dony au liure de ses médailles dit auoir esté autrefois accordées à ceux qui pour auoir exellé en ces arts estoient honorez des gouuernements des prouinces, mais pour se garantir de Tinfamie ou leurs ennemis les voudroient plonger. Sy vostre Majesté leur faisoit Thonneur de les escouter elle n'entendroit parler que de police d'interest public et du dommage qui est causé par laibule des estrangers et des ignorans; niais le seul remède quils demandent pour obuier à tous ces désordres est de l'argent, qu'on soit capable ou non, pourveu qu'on se sousmette à la juridiction des maistres alors toutes les difficultés cesseront et L'académie ne sera pas en peine de faire voir qu'il importe au public que des peintres et des sculpteurs qui ont apris leurs arts en Italie ou ailleurs auec beaucoup de fatigues viennent embellir la première ville de l'univers et que leurs ouvrages qui ne sont que pour l'ornement des temples et pour exciter à la piété pour enrichir les palais et les autres édifices pour jnstruire ou pour récréer la veûe ne doiuent pas estre exposez à l'examan du vulgaire comme les marchandises qui sont purement pour la nécessité de la vie ou comme la peinture d'une porte cochère qui est sujette à la visite pour vérifier sy les couleurs sont huile ou en destrempe et sy elles sont capables de résister aux jnjures de l'air. Cependant si Vostre Majesté les en croit elles defTendroit à Michel Ange et à Raphaël d'urbin s'ils viuoient encore, de trauailler dans Paris, sy ce n'est pour les maistres quand ceux cy ne ser oient pas capables de broyer les couleurs ou de polir les statues de. ces grand personnages. Cela choque le sens commun de vouloir que des hommes exceliens qui ont esté carresséz et estimez des plus puissans princes de la terre cessassent de pro-

duire tant de belles représantations s'ils n'estoient sous la domination d*un estoffeur ; qu'il luy fut permis s'il auoit fait le portrait de Tostre Majesté et de la Reine régente soit de le confisquer jnjurieusement sans porter respect à une Image si sacrée et prétendre que le nombre des peintres de Tostre Majesté et de la Reine régente soit limité, que les siens perdent leurs privilèges après son déceds et qu'ils ne puissent trauailler que par l'ordre des maistres, d'aller faire des visites jusque dans le palais de vosti*e Majesté; que ce soit un crime de professer la vertu dans un lieu d'azile, que la peinture et la sculpture qui se sont exercés librement dans tous les royaumes et républiques soient auilies dans Paris, que les autres arts y soient en leur lustre et que les peintres et sculpteurs qui s'en seruent pour la perfection de leurs ouurages soient mis au rang des plus chétif artisans. C'est véritablement une prétention extravagante et qui ne pouuait tomber que dans des esprits grossiers et malfaisans. Sy quelqun trouuait à redire a cette proposition que ceux qui s'adonnent à ces arts se ser^'ent des autres pour agir auec certitude et altaindre la perfection, nous serons bientost d'accord s'ils s'en raportent à Vitreuue qui veut que l'Architecte n'en ignore pas un puis qu'il faut qu'un peintre soit bon architecte pour représenter auec règle et mesure les édifices dans son tableau. Cette raison deuoit suffire pour le persuader mais quand cela ne seroit pas, chacun sait l'inscription qu'Apelles auoit fait mettre sur sa porte pour en deffendre l'entrée à ceux qui n'estoient pas géomètres; voilà pour la géométrie; quant à la perspectiue des lignes, des couleurs elle est tellement nécessaires aux peintres qu'il ne peuuent rien faire sans elle veu que la peinture et la sculpture en bas-relief ne sont qu'une véritable perspectiue ; la musique qui semble moins entrer en sa composition en est une desprincipalles

parties puisque nous lisons que Praiitelle auoit fait raporter les proporsions du corps humain à celles des tons de la musique et les auoit appeléez harmoniques de sorte qu'il savoit à point nommé quelle consonnance les par^ ties auoient entre elles et en auoit fait un liure qui s'est perdu auec plusieurs autres beaux ouvrages. Je n'ay r|en dit de L'arithmétique yen que sans elle on ne peut estre bon géomètre. L'astronomie est absolument nécessaire à l'Architecte et par conséquent aux peintres et sculpteurs; de plus ils doiuent auoir l'art de raisonner, connoislre la nature des animaux pour les bien représenter, apprendre la fable et l'histoire pour ne pécher pas dans les compositions, estre excellens anatomistes pour bien entendre la liaison des parties du corps et leurs mouuemens et estre jntelligens dans la physionomie pour exprimer naifuement les passions dans les tableaux et peindre sur les visages les vices et les vertus ausquelles ceux qu'ils représentent sont enclins et sy après qu'un Académiste aura passé plusieurs années pour acquérir toutes ces connoisr sauces il se voit réduit 4 demander de l'empioy dans la boutique d'un broyeur de couleurs qui sera passé maistre, d'un doreur ou estoffeur, ciur c'est ainsi que ces m'aistres peintres prétendus se doivent qualifier, ou dans celle d*un marbrier, qui veut prendre abusiuement le nom de sculpteur, il n'y a personne qui ne perdit courage et doresnavant il y auroit plus dauantage à demeurer dans l'ignorance que de s'ocuper à la recherche de la vertu. Ce considéré. Sire, et que les peintres et sculpteurs ne prétendent point destruire les priuilèges desdits doreurs et estoffeurs et marbriers mais seulement se séquestrer de ce corps mechanique ainsi que plusieurs d'entr'eux qui auoient esté passez maistres l'ont déjà fait, et qu'il n'est pas question de produire des actes contre des personnes à qui Ton ne demande rien; que la plus part de

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ceux de rÂcadémie ont des breuets de peintres et sculpteurs de vôstre Majesté et que nostre remontrance est aussy pour les autres tant François qu'estrangers qui sont présentement à Paris ou qui se peuvent habituer, ausquels elle désire conseruer la liberté dont jouissent ceux qui exercent des arts nobles et priuilégiéz.

Plaise de vos grâces, Sire, faire très expresses inhibitions et deffenses ausdits Maistres suy disans peintres et sculpteurs de prendre à Taduenir cette qualitté tant qu'il tiendront boutique ou seront du dit corps, ains seulement d'étoffeurs ou doreurs; pource qui est desdits prétendus peintres et marbriers et pour ceux qui se disent sculpteurs d'entreprendre aucuns tableaux de figure et histoires ny pourtraits ou peïsages, figure de ronde bosse ou bas-relief pour les église ou autres batimans publics, ny particuliers ains seulement de dorer peindre ou faire de relief, des moresques, grotesques, arabesques, feuillages et autres ornements qui leur seront commandez, à peine de deux mil liures d'amande et de confiscation desdits tableaux ou sculpture; ny de troubler ou jnquiéter lesdits peintres et sculpteurs de L'Académie soit par visites saisies confiscasions ou autrement en quelque façon et manière que ce soit sur les mesmes peines, et chacun en son pai*ticulier continuera ses soins et ses veilles, pour se rendre d'autant plus capable d'estre employé pour l'embellissement de ses édifices et ses vœux, ses prières pour la prospérité et santé de vostre Majesté.

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ARREST DU CONSEIL D'ESTAT

Tortant deffenses aux Maistres Jurez Peintres et Sculpteurs, de donner aucun trouble ou empeschement aux Peintres et Sculpteurs de rAcadémie, en quelque sorte et manière que ce soit, à peine de deux mille livres d'amende^ du 27 Janvier 1648 (1).

Sur la Requeste présentée au Roy en son Conseil, Sa Majesté y estant, la Heine Régente sa Mère présente, par les Peintres et Sculpteurs de TAcadémie, signés au pied de la-dite Requeste y attachée, contenant qu'il s'est glissé un abus parmy ceux de cette profession par Tignorancer et la bassesse du plus grand nombre, qui a prévalu sur les remontrances des plus capables, pour réduire en Maîtrise des Arts qui doivent estre exercez noblement, et donner aux Doreurs, Estoffeurs et Marbriers la qualité de Peintres et Sculpteurs, dont ils se servent abusivement, pour donner tous les jours, sous prétexte de leur Maîtrise, des troubles et empeschemens à ceux qui avec plus d'honneur et de capacité professent ces arts libéraux, jusques à vouloir limiter le nombre des Peintres et Sculpteurs de Sa Majesté et de la Reine Régente, et les obliger avec les autres excellens hommes de ladite profession, tant François qu'Estrangers, qui sont ou qui seront à l'avenir habituez et receus par l'Académie, de se faire passer Maistres à 'Paris ou de travailler sous des Broyeurs de couleurs ou sous des Polisseurs de -marbre qui se sont faits recevoir Maistres pour de l'argent : Et d'autant qu'aujourd'huy

1. La véritable date est le 20 et non le 27. Voir à ce siget les lettres patentes ci-après, pièce no IV.

la Peinture et la Sculpture sont à un éminent degré de perfection^ et fleurissent dans Paris avec autant d'éclat qu'en aucun lieu de TEurope, et que beaucoup desdits Maistres qui ont été receus dès leur bas âge, ou qui ont esté contraints, pour éviter les chicanes et persécutions des autres Maistres, se sont à présent rangez du costé des supplians et séquestrez dudit Corps de mestier : — Requerent lesdits supplians qu'il plaise à Sa Majesté les remettre en l'honneur que ces Arts méritent, et faire très expresses inhibitions et deffenses ausdits Maistres, soy qualifians Peintres et Sculpteurs de donner aucun trouble ny empeschements aux Peintres et Sculpteurs de l'Académie en l'exercice desdits Arts, soit par visite, confiscation de leurs ouvrages, ou les voulant obliger à se faire passer. Maistres, ny autrement, en quelque façon et manière que ce soit, à peine de deux mille livres d'amende; et ordonner que sans aucuns frais de réception, ceux qui seront jugez par l'Académie dignes et capables, les pourront exercer par tout le Royaume, et entreprendre toutes sortes d'ouvrages de Peinture et de Sculpture. Le Roy ESTANT EN SON CoNSEiL, La Rciue Régente sa mère présente, a fait et fait très expresses inhibitions et deffenses aux Maistres et Jurez Peintres et Sculpteurs, de donner aucun trouble ou empeschement ausdits Peintres et Sculpteurs de l'Académie, soit par visites, saisies de leurs ouvrages, confiscations, ou les voulant obliger de se faire passer Maistres, ny autrement, en quelque sorte et manière que ce soit, à peine de deux mille livres d'amende : Et afin que ces Arts puissent estre exercez plus noblement et avec plus de liberté, Sa Majesté a ordonné et ordonne, que tous Peintres et Sculpteurs, tant François qu'Estrangers, comme aussi ceux qui ont été receus Maistres, et qui se sont volontairement départis, ou se voudront à l'avenir séquestrer dudit corps de mestier,

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seront admis à la dite Académie sans aucuns frais^ s'ils en sont jugez capables par les douze plus anciens d'icelle. Et fait dépenses sur semblables peines ausdits Peintres et Sculpteurs de l'Académie, de donner aucun trouble ny empeschement ausdits Maistres et Jurez Peintres et Sculpteurs.

Fait au Conseil d'Estat du Roy, Sa Majesté y estant, tenu à Paris le Vingt-Septième de Janvier 1648. Signé Phelip-

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