BREVET DU ROY
En faveur de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, portant don d*un logement et de deux mille livres de pension, du 28. Décembre 1654.
Aujourd'huy vingt-huitième jour de décembre 1654, le Roy estant à Saint-Germain en Laye, reconnaissant que l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, que sa Majesté a cy-devant establie en sa bonne ville de Paris, a tellement réussi selon son désir, que ces deux Arts que rignorance avait presque confondus avec les moindres mestiers, sont maintenant plus florissans en France, par le grand nombre qui s'y trouve de rares et excellens hommes de cette profession, qu'en tout le reste de l'Eurqpe, et sçachant qu'il n'y a point de plus forte considération pour faire aimer et embrasser cette noble vertu, qui est un des plus riches ornemens d'un Estât, que l'amour et l'inclination qu'y porte le SoViverain ; Sa Majesté qui en a une toute particulière pour la Peinture et la Sculpture, a résolu de continuer à en donner des marques à ladite Académie dans toutes les occasions qui se
pourront offrir; et cependant de lui pourvoir tant d'un lieu nécessaire pour faire ses exercices avec plus d'honneur, que d'un fonds par ciiacun an pour la despense ordinaire d'icelle, mesme de gratifier ceux dont elle est et sera cy-après composée de quelque témoignage honorable de sa bienveillance; sa dite Majesté en attendant que la nécessité de ses affaires luy permette de faire bastir un lieu plus commode pour tenir ladite Académie, a destiné pour cet effet la Gallerie du Collège Royal de l'Université de ladite ville de Paris, où elle entend que les Assemblées, Leçons, et autres exercices publics et particuliers de ladite Académie,, se fassent doresnavant suivant les Statuts d'icelle, tant anciens que nouveaux, leur permettant à cette fin de faire faire dans ladite Gallerie telles cloisons et retranchements qui seront estimez nécessaires pour la décence et commodité des lieux. Et pour donner moyen à ladite Académie d'entretenir tant les modèles naturels qui se mettent en attitude pour faire les leçons du dessein, que les Maistres qui y seront appelez pour montrer la Géométrie, Mathématiques, Architecture, Perspective, et Anatomie; Sadile Majesté a libéralement donné et accordé, donne et accorde à ladite Académie la somme de mille livres pour chacun an, dont sera fait fonds dans Testât des gages des Officiers de ses Bastimens et payée suivant les ordonnances des Surintendant et Intendant d'iceux, au Trésorier de ladite Académie. Sadite Majesté pour d'autant plus gratifier et favorablement traiter ladite Académie, et donner sujet à ceux qui la composent de vacquer à leurs fonctions avec toute l'affection et assiduité possible, les a déchargez et décharge à présent et à l'avenir, de toutes tutelles et curatelles, et de tout guet et garde jusques au nombre de trente; scavoir le Directeur, les quatre Recteurs, les douze Professeurs, le Trésorier, le Secrétaire, et les onze
de ladite Académie qui rempliront les premiers lesdites places à mesure que ceux c|ui les occupent à présent seront changez : et leur a accordé et accorde à chacun le Committimus de toutes les causes personnelles, possessoires, et hypothequaires, tant en demandant qu'en deffendant pardevant les Maistres des Requestes ordinaires de son Hostel, ou aux Requestes du Palais à Paris, à leur choix, tout ainsi qu'en jouissent ceux de l'Académie Françoise et les Officiers commensaux de sa Maison. Et afin de rendre ladite Académie d'autant plus florissante, iAtroduire les belles manières desdits Arts, et en bannir les mauvaises que quelques ignorans y exercent. Sa Majesté veut et entend que doresnavant il ne soit posé aucun modèle, fait monstre, ni donné leçon, en public, touchant le fait de Peinture et de Sculpture qu'en ladite Académie Royale : et deiîend à tous peintres et sculpteurs quels qu'ils soient, de s'ingérer d'en faire faire aucun estude public en leurs maisons et atteliers sous quelque prétexte que ce puisse estre : permis seulement à eux pour leur travail et instruction particulière d'en faire tel estude que bon leur semblera: Et d'autant quejusques icy l'insuffisance s'est d'autant plus facilement introduite et perpétuée dans lesdits Arts de Peinture et de Sculpture, que toutes sortes de personnes indififpremment y ont été receus pour de l'argent, au moyen des" Lettres de Maistrise que les Roys ont coutume de donner tant à leuf avènement à la Couronne, Sacre et Mariage, qu'à la naissance de leurs enfans, desquelles Lettres de Maistrise plusieurs Arts et Mestiers de beaucoup moindre considération, ont esté" exceptez en divers temps, nommément les Apotiquaires, Chirurgiens, Orfèvres, Maistres des Monnoyes, Bonnetiers, Pelletiers, Ecrivains, Marchands Merciers, Mareschaux et autres : Sa dite; Majesté pour procurer le plus grand lustre et pureté desdits Arts de
Peinture et de Sculpture, et empescher que personne n'y puisse estre admis à Tavenir que par Ja seule capacité et suffisance, les a exceptez de toutes lesdites Lettres de Maistribe. Veut et entend que doresnavant ils ne soient compris dans les dons qu'elle en pourra faire cy-après : et qu'en cas que par surprise ou autrement, il en soit expédié aucunes qu'on n'y ait aucun égard. Mande Sa Majesté aux Surintendant et Intendans de ses Bastimens, Arts et Manufactures, de mettre ladite Académie Royale en possession de ladite Gallerie du Collège Royal, et de l'en faire jouir, ensemble desdites mille livres par an, tant et si longuement qu'il lu y plaira, en vertu du présent Brevet, pour l'entière exécution duquel elle veut que toutes Lettres patentes, Arrest, et autres expéditions nécessaires soient délivrées : l'ayant pour cet effet signé de sa main, et fait contresigner par moi son Conseiller Secrétaire d'Etat et de ses Commandemens. Signé, Louis, et plus bas, Phelippeaux.
Et à costé est écrit : Registrées, oûy le Procureur General du Roy, pour estre exécutées selon leur forme et teneur, aux charges et conditions portées par l'Arrest de ce jour. A Paris en Parlement le 23 juin 1655. Signé,
Du TiLLET.
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LETTRES PATENTES