Deseine^ le 26 mars; Forty, le 35 jain
et en juillet 1792 on procédait encore à la nomination . et d^un nouveau recteur * et de cinq ou six professeurs nouveaux K
Comment pendant ces trois années^ si promptes à tout détruire, lorsque de tous côtés, dans Pindustrie, dans les finances, dans la justice, dans Tadministration, tout était mis à neuf, personne n'avait-il pris la peine de renverser aussi cette vieille institution qui depuis plus d'un siècle gouvernait les beaux-arts? Était-elle populaire? Tant s'en faut : elle avait double titre à ne pas l'être, et comme corps hoporifique et comme corps enseignant. Il semblait donc qu'au premier choc elle aurait dû tomber. Comment la laissait-on vivre? D'où venait cet oubli ou ce ménagement?
D'abord, il faut le reconnaître, si nombreul^e et si agitée que soit la classe des artistes, ce n*est jamais en son nom ni dans son intérêt, jamais pour obéir à ses passions ou à ses théories, que se font les révolutions. A ces heures solennelles la question capitale n'est pas la question du beau. Les sociétés ébranlées sur leurs bases commencent par résoudre de tout autres problèmes. Il n'y a donc rien d'étonnant que ni l'assemblée constituante, ni l'assemblée législative n'aient fait aux
l.PaJou.
2. David, Houdon, Regnault, Dejoux, Berthelemy, » plus Bachelier, nommé le môme jour (7 juillet) adjoint à recteur.
arts et aux artistes l'honneur de s'occuper d'eux. Les pétitions plus ou moins violentes qui demandèrent^ après la nuit du 4 août^ les unes la réforme^ les autres la destruction non-seulement de TAcadémie de peinture et de sculpture^ mais de sa sœur cadette^ rAcadémie d'architecture, reçurent un accueil assez indifférent, et saos les repousser, rassemblée ajourna sa réponse. Elle rendit un décret qui chargeait les académies ellesmêmes de lui donner des avis, des idées^ des projets de réforme^ et de lui faire savoir, à la majorité des suffrages^ s'il fallait les détruire^ les refondre ou les conserver. L'assemblée n'en usait pas ainsi pour les démolitions qui lui tenaient au cœur. C'était faire de bonne grâce l'aveu de son incompétence. Et en effet rien ne lui était plus étranger que ces sortes de questions. Tous ses membres^ depuis les plus obscurs jusqu'aux plus éloquents, avaient des opinions, des idées arrêtées sur les meilleurs moyens de constituer TÉtat, de rendre le peuple heureux et de régénérer l'espèce humaine, mais pas un d'eux, cela se comprend, n'avait seulement songé à imaginer des méthodes pour enseigner à mieux peindre et à mieux dessiner. Les deux académies une fois investies de ce droit de consultation et chargées de prononcer sur leur sort, en prirent à leur aise et se hâtèrent lentement. Le public ne les stimulait pas ; son attention était ailleurs. Voilà comment
pendant ces trois années elles furent tolérées et provisoirement maintenues.
Ajoutons une autre raison. Ces anciennes associations, bien que fondées sous Louis XiV, avaient une constitution plus libérale qu'on ne pense. Par la manière dont leurs statuts avaient été réglés, par le nombre illimité de leurs membres, par les éléments divers dont elles se composaient, par la multiplicité des degrés introduits dans leur hiérarchie, elles étaient aristocratiques seulement au sommet, et presque démocratiques à la base; elles n^avaient pour adversaires déclarés et irréconciliables que le menu peuple des artistes; dans les rangs intermédiaires elles avaient des soutiens, des clients, des appuis naturels; elles étaient la noblesse des beaux-arts, mais elles en étaient aussi le tiers état.
Supposez que notre Académie actuelle eût existé en 1789, il est presque certain que, malgré l'autorité des noms les plus illustres et des plus incontestables talents, elle aurait de bonne heure succombé. Pourquoi? Parce qu'en restaurant l'édifice on n'en a conservé que la partie supérieure, et qu'ainsi établie, l'Académie nouvelle n'est pas directement en contact avec la masse des artistes. Elle n'a aucun moyen de grouper autour d'elle et de s'attacher par les Uens de Tadoption tous ces jeunes talents qui naissent et gran-
dissent chaque jour^ et à qui Favenir appartient. Au lieu de s'en former une famille, de leur faire aimer son drapeau en les mariant à sa fortune^ de calmer leurs prétentions en les nourrissant d'espérances, elle les pousse, contre son gré sans doute^ mais enfin elle les pousse, d'abord à l'indépendance^ puis à l'hostilité, et bientôt on les voit se créer en dehors d'elle, peu importe comment^ par l'exagération de leurs défauts aussi bien que de leurs qualités^ une notâbiUté qu'il faudrait trop attendre en la dierchanl par de meilleurs moyens. Cet isolement n'a, par le temps qui court, que des inconvénients; en 1789 il aurait eu des dangers, et l'institution serait morte du vivant même de la monarchie. On s'imagine en général qu'entre notre Académie des beaux-arts et les anciennes compagnies dont elle est l'héritière il n'y a d'autres difiFérences qu'un changement de nom et quelques modifications plus apparentes que réelles, telles que la réunion des architectes avec les sculpteurs et les peintres, ou bien la division de l'Académie et de l'École, lesquelles jadis étaient confondues; il s'en faut que ce soit là leurs seuls traits de dissemblance. Qu'on soit académicien au palais de l'Institut et professeur à quelques pas de là, au palais des beaux-arts, au lieu d'être à la fois, dans un même local, professeur et académicien, l'enseignement restant le même, rien n'est changé au fond des choses;
mais oe qui est plus important^ et ce qu'on perd de vue^ ce que peu de gens du moins se rappellent, c'est qu'autrefois les académiciens n'étaient pas tous égaux et ne jouissaient pas tous des mêmes droits, des mêmes prérogatives. Il y avait entre eux des degrés^ degrés qui étaient franchis tantôt par l'élection, tantôt par l'ancienneté; leur nombre, limité seulement dans les rangs supérieurs et illimité dans les autres, pouvait, par une élasticité souvent heureuse, s'étendre ou se restreindre au besoin, de telle sorte qu'il y avait toujours place pour un talent vraiment digne d'être admis. Ce sont là de sérieuses différences, des différences de principe, qui modifient profondément le caractère, les devoirs et l'influence de semblables institutions.
Aujourd'hui, que ferait David parti pour Rome élève et pensionnaire, et rentrant à Paris trois ans après avec son; tableau des H or aces? Malgré l'éclat de ce début, malgré les faveurs de la mode, le hasard pourrait faire que l'Académie fût au complet, et que pendant dix ans peut-être pas un des quatorze membres de la section de peinture ne fût d'humeur à quitter ce monde pour faire place au nouveau venu. Ne pouvant forcer le sanctuaire, quelle tentation d'élever autel contre autel ; et une fois la lutte engagée, quelle puissance qu'un tel homme, soutenu par un tel mouvement d'opinion! En i780, au contraire, la porte
était ouverte, il n'y avait qu'à entier. EAt-îl été cent fois plus novateur, du moment qu'il* avait fait ses preuves^ les plus vieux, les plus encroûtés professeurs, les plus ennemis de son style n'auraient jamais osé lui refuser un titre aussi modeste que celui d'agréé. Avec un talent notoire^ il était^ pour ainsi dire, élu de droit; et une fois agréée il faisait partie du corps^ sa carrière était faite. Trois ans plus tard^ en 1783, toujours sans contestation possible^ il devenait académicien; que lui manquait-il? les dignités académiques, n avait au-dessus de lui les trente chefs de la compagnie^ les membres à titre d^office, les officiers, comme on disait alors ; il n'était ni ancien, ni professeur, ni adjoint à recteur, ni recteur à plus forte raison; mais la patience lui était facile, il était académicien. Il jouissait des privilèges attachés à ce titre^ il en avait le brevet, et peu à peu il en prenait l'esprit. C'est seulement après le iO août; en qualité de jacobin, qu'il devait renier son titre à la tribune; jusque-là, il l'avait pris au sérieux. Tout en gardant son franc parler sur les routines académiques, tout en se permettant des railleries d'atelier sur quelques-uns de ses confrères, il respectait l'institution. Sûr de la gouverner un jour, il ne songeait pas à la détruire, pas plus qu'un colonel ne songe à détruire l'armée. Et en effet c'était une armée qu'un corps académique ainsi divisé par gi-ades plus
OU moins galonnés ; rAcadémie actuelle^ au contraire, est un étal-majbr portant seul runiforme pendant que le corps d'armée est en habit bourgeois.
On comprend qu'une organisation si largement fondée et soutenue par tant d'intérêts divers ne devait pas tomber du premier coup. Mais ce qui avait fait sa force jusque-là; ce qui, à son insu^ la soutenait encore, le principe hiérarchique, était précisément, eu 1791, au moment où TAssemblée interrogeait les académies, ce dont personne ne voulait plus. Les o^/Scter^ eux-mêmes ne le défendaient pas, ils avaient trop à cœur de se montrer bons citoyens, de déposer leurs privilèges sm* Tautel de la patrie. Maintenir une inégalité quelque part, reconnaître des rangs, des degrés entre académiciens, c'eût été méconnaître les saintes lois de la nature. Le projet de réforme, dressé, délibéré, voté dans les deux compagnies, à la majorité de tous les ' membres petits et grands (ainsi l'avait voulu TAssemblée), ce projet ne réformait rien, ne corrigeait aucun abus, ne supprimait aucune imperfection, aucun vice de l'enseignement, il déplaçait le pouvoir, et voilà tout ; donner à tous ce qu'avaient quelques-uns, tout maintenir en place, excepté les personnes, tel était, en propres termes, le résumé du projet.
Un seul homme, qui n'était à cette époque d'aucune académie, bien que déjà il fit des beaux-arts sa princi-
pale étude^ M. Quatremère de Quinc^^ osa prendre fait et cause pour ce malheureux principe hiérarchique que tout le monde abandonnait* Trois excellents écrits publiés successivement par lui * traitèrent la question sous toutes ses faces. Signalant sans pitié ce qu'il y avait de défectueux dans les anciennes constitutions des deux compagnies, il insistait énergiquement pour qu^on en respectât les bases. Supprimez, disait-il^ cette confusion de l'Académie et de TÉcole qui constitue les mêmes hommes professeurs et juges de leurs élèves; ne concentrez pas dans quelques mains cet exorbitant pouvoir; il détruit la liberté morale des arts; mais conservez des rangs, graduez les ambitions, échelonnez les espérances, ne renoncez pas au moyen d'accueillir et de récompenser les mérites les plu^ divers et les plus inégaux^ intéressez à votre institution la masse entière des artistes^ et ne leur donnez pas plus Tégalilé des droits et du pouvoir qu'ils ne peuvent vous promettre régalité des talents. •
1. Considérations sur les arts du dessin en France, suiries d'un plan d'académie ou d'école publique et d'un système d'encouragement, par M. Quatremère de Quincy ; in-S", 168 p. Paris, 1791.
Suite aux considérations sur les arts du dessin en France, ou Réflexions critiques sur le projet de statuts et règlement do !a majorité de l'Académie de peinture et de sculpture ; in-8o, 40 pages. Paris, 1791.
Seconde suite aux considérations sur les arts du dessin^ au pro^ jet de règlement pour l'école publique des arts du dessin; in 8o, 113 pages. Paris, 1791.
iê L'ACADÉMIE ROYALE
C'était prêcher dans le désert, ftochures d'aristocrate^ on n'y fit pas attention. L'assemblée législative n'hésitait qu'entre le projet de la majorité et un autre projet plus égalitaire encore, lorsque survint la convention, qui coupa court à ces incertitudes en supprimant purement et simplemwt les deux académies.
Ce ne fut qu'en 1803^ après dix ans d'intervalle, que l'idée put renaître d'établir une académie spéciale des beaux-arts^ composée seulement d'artistes. Cette idée n'était qu'en germe dans le premier essai d'Institut ébauché par la constitution de l'an m : la peinture, la sculpture et l'architecture y trouvaient bien leur place, mais confondues, péle-méle, dans une même classe, avec la poésie, ]a grammaire et les antiquités. Cet amalgame fut brisé par le premier consul. Cherchant à exhumer autant qu'il était en lui les débris du passé, il fit sortir de leurs ruines, sous les titres nouveaux de deuxième et troisième classe de l'Institut, et l'Académie française, et l'Académie des inscriptions; la quatrième classe fut destinée à restaurer, en les réunissant, les ex-académies d'architecture, de peinture et de sculpture.
Le temps avait marché depuis dix ans; pas assez cependant pour que ces compagnies pussent être rétablies sur leurs anciennes bases. Les idées hiérarchiques n'avaient repris faveur qu'en politique seulement;
DE PEINTURE ET DE SCULPTURE. il
dang le champ de la science et de Tart, entre académiciens, les degrés n'étaient pas possibles ; ils Tétaient d'autant moins qu'au sein des autres classes du nouvel Institut cette inégalité n'étant pas nécessaire et n'ayant jamais existé, la symétrie du corps en eût été détruite. On n'y songea donc pas; on fit un compromis entre les idées de 1794 et les idées de 1803, un composé d'égalité et d'aristocratie. Des académiciens tous égaux, mais en petit nombre et en nombre invariable, une sorte de patriciat de maîtres et de vétérans, puis, au bas de l'échelle, de simples écoliers admis à se faire artistes à leurs risques et périls, avec la seule perspective d'un grand prix et la chance, en le remportant, d'être pensionnés pendant quatre ou cinq ans, mais sans autre secours, sans noviciat, sans agrégation, telle fut la combinaison d'où sortirent et la quatrième classe de l'Institut et l'École spéciale des beaux-arts. Pas plus sous le consulat que sous la constituante la voix de M. Quatremère n'avait pu être écoutée. On conservait ce qu'il voulait détruire, on supprimait ce qu'il voulait sauver. Les imperfections principales qu'il avait signalées dans les deux académies étaient consacrées à nouveau, et on mettait à néant ce qui était, selon lui, la partie la plus vitale de leur organisation.
D'où étaient nées, comment s'étaient fondées et si
longtemps maintenues ces deux célèbres compagnies, et notamment la plus ancienne et la plus considérable, TAcadémie de peinture et de sculpture? Leur mécanisme hiérarchique provenait-il d'un savant calcul, d'une habile préméditation? Est-ce au génie d'un Mazarin, à la sagacité d'un Colbert qu'il faut en faire honneur? Nullement. Il s'était établi comme presque tout ce qui dure et prospère en ce monde, comme toutes les institutions qui s'enracinent chez, un peuple, par des raisons de circonstances, au jour le jour, presque à l'insu de ses auteurs, sans autre prévoyance que la nécessité de lutter à armes égales contre une association rivale et oppressive, établie elle-même dans des conditions hiérarchiques.
Les incidents de cette lutte, les longues vicissitudes qu'a traversées l'Académie naissante, les obstacles sans nombre dont elle a triomphé, composent un des plus curieux chapitres de l'histoire des beaux-arts en France. Nous voudrions en tracer une esquisse. Le sujet, ce nous semble, vaut la peine qu'on l'examine, soit qu'il s'agisse d'apprécier la condition de nos artistes et les phases diverses par lesquelles ils ont passé depuis le moyen âge jusqu'à nQS jours, soit qu'on veuille connaître les intimes secrets de notre école dans les deux derniers siècles, Thistoire de ses défauts et de ses qualités, si étroitement liée à l'histoire de
rAcadémîe, soit enfin que^ jetant les yeux sur l*avenir et songeant à maintenir chez nous Tart de peindre au rang qui lui est acquis, on cherche quelques nouveaux moyens de fortifier nos études et d'en élever le niveau. Notre école a fait preuve dans un récent et solennel concours^ d'une supériorité incontestable; mais^ nous le demandons^ réduite à ses forces actuelles, à ses productions d'aujourd'hui, eût-elle aussi bien triomphé? Ne doit-elle pas la meilleure part de sa victoire aux emprunts qu'elle s'est faits à elle-même en remontant de trente ans en arrière? A mesure que nous nous éloignons du temps qui a vu fleurir certains hommes formés par la dernière génération de l'ancienne Académie, ne sentons-nous pas nos forces s'amoindrir? Malgré de grands défauts^ de grands écarts de goût^ il y avait de la vie dans cette époque, il y en avait surtout dans son système d'émulation. Sans faire la part trop belle au passé, sans songer à le ressusciter^ on peut y puiser des leçons. Mais pour s*en inspirer, il faut avant tout le connaître.
Rien n'est plus facile aujourd'hui. Jusqu'à ces derniers temps on avait les idées les plus confuses et les plus incomplètes sur l'origine et sur l'établissement de l'ancienne Académie royale de peinture et de scûlp-