L'accord de la philosophie de saint Thomas et de la science moderne au sujet de la composition des corps pour faire suite à L'unité dans l'enseignement de la philosophie
La première partie du présent travail ayant été publiée dans les Etudes religieuses (décembre 1876), sous le titre de La Philosophie scolastique et la Science moderne f des juges très-compétents pensèrent qu'en traitant plus à fond notre sujet, nous rendrions un utile service à nos Universités renaissantes et à l'enseignement catholique en général. En conséquence, nous nous sommes mis à l'œuvre; et, pour mieux saisir sous son double aspect le problème soumis à notre examen, nous avons sollicité et obtenu le concours de l'un de nos confrères, plus versé que nous dans les sciences physiques.
Le résultat de nos recherches a dépassé notre attente.
Appelés à s'exphquer eux-mêmes sur le vrai sens de leur enseignement et sur le rapport de leurs théories avec les théories modernes, les deux grands maîtres de l'école péripatéticienne, Arislote et saint Thomas, nous ont présenté leur doctrine sous un jour bien différent
de celui sous lequel elle s'était offerte à nous dans les traités classiques. 11 nous a été démontré que le vieil Aristote est incomparablement plus moderne que ses commentateurs nés seize siècles après lui. Constamment appuyé sur l'observation, et ne donnant à la spéculation, dans les questions physiques, qu'un rôle subordonné, il n'avance qu'avec bien des restrictions certaines opinions, dénaturées par ceux de ses disciples qui, moins observateurs que lui, ont cru pouvoir être plus dogmatiques. Saint Thomas lui-même est beaucoup moins absolu que la plupart des thomistes, dans renonciation de certaines théories que ceux-ci nous présentent comme des principes fondamentaux, tandis que la science moderne croit y découvrir des erreurs manifestes. Au contraire, ces grands maîtres affirment, avec toute la netteté et toute l'insistance possibles, certains faits et certaines lois qui donnent complètement raison a nos savants contre les néopéripatéticiens, et que ceux-ci passent presque complètement sous silence. Autant donc il semble impossible de conciher la science moderne avec le moderne pèripatétisme, autant il est facile de la mettre d'accord avec le pèripatétisme d' Aristote et de saint Thomas.
Le but du présent opuscule est de démontrer la réalité de cet accord, par rapport à la question fondamentale de la Cosmologie, à celle de la composition des corps.
Nous ne désespérons pas de pouvoir, plus tard, étendre cette démonstration à toutes les théories prin-
cipales de la physique moderne, et prouver qu'Aristote et saint Thomas avaient pressenti ces théories, et mis en avant, dans la langue maintenant presque oubUée de leur époque, un système du monde beaucoup moins différent qu'on ne le suppose des idées communément reçues de nos jours.
Nous sommes heureux de pouvoir compléter, par cette nouvelle étude, Fessai de conciUation que nous avons publié, il y a quinze ans, sur V Unité de V enseignement de la Philosophie au sein des Ecoles catholiques (1). Avec la confusion des ennemis de la vérité, l'union de ses défenseurs est le but le plus digne des travaux du philosophe chrétien. Deux intelhgences raisonnables ne pouvant posséder deux certitudes contradictoires, les dissentiments doctrinaux, lorsqu'ils ne naissent point des inchnations perverses de la volonté, ne peuvent résulter que de purs malentendus. C'est dans l'éclaircissement de ces méprises que consiste la vraie conci- Hation, aussi louable et aussi utile qu'est fausse et pernicieuse celle qui tendrait à marier la vérité avec l'erreur.
(1) Un vol. in-8» de 250 pages. — Paris, maison Périsse, Bourguet- Calas, successeur. Prix : 2 francs.