ALBERTE, ACHILLE
ter
Achille. — Alberle, je ne suis pas fâché de r vous, j'avais quelijue chose à v<
Alberte. — Quelque chose à mo dire?
AfiiiLLE. — Oui. j'ai besoin d'avoir avec vous une explication et de vous demander ilc riitmer mes iii(|uiêludes,„ ou île les contiruicr... aloi*s je serai rixé... Voilà; tlepuis quelques jonre, j'ai remarqué... non. je n'ai pas remarqué,,, j'ai senti un petit changeaient dans votre attitude et dnns celle de Maurice, Oh! vous êtes toujours aussi charmante avec moi... vous n'êtes pas capable d'être autrement, mais vous ('•les chaiTuante avec un peu d'effort. Je me suis demandé, non sans angoisse, si je vous gênais.,. Cela
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L'ILLUSTRATION THEATRALE
me sei'ait tellemeut douloareuic de penser que je vous gêne...
Albebte. — Mais qu'est-ce que vous allez chercher là, Achillef
Achille. — Vraiment î Je ne vous ^êne |)Ba T Vous ne me dites pas ça par genlillesse!
Alberte. — Je vous assure... ^'ous ne nous géuez
Achille. — Vous voyez, j'ai l'inipiession que lorsque vous me dites: <i Vous ne me j^nez pas », voas faites encore un pffort... Alberte, voyons, Alberte, sois franche avec moi. Si je suis de troj) ici, il faut me le dire tout de suile. t;» sera un eoup terrible pour moi, mais il ne faut |>as hésiter ii me le porter. Tu vois, je suis un peu lâche... je te somme d'être francJie, et je te montre en même temps que ta franchise pourrait m'étre si pénible... Vraiment je ne suis pas seulement un ))eu lâche, je suis frès lâche. Je ne supporterai pas de ne pas venir iei autant que j'y suis venu. Et veux-lu que je te lYinpi je trouve ([ue je n'y viens pas encolle assez. Toi, -tu trouves que j'y viens assez...
AiBEHTE. — Tu ne viens pas tro]).
Achille.» — Mais ça le suffit? Moi, ça ne me suffit pas... Alberte, je n'ai jamais eu autant besoin de te voir... la tendresse que je ,n'ui jamais cessé d'avoir pour toi quand tu t'es défacliée de moi...
Alberte.* — Je ne me suis pasidétachée de toi.
A<;mLLE. — Tu t'es attachée à un autre... A ce moment-là, par indulîrenc», par crainte de complication, par pose peut-être, pour faire ITiomme indépendant, je met suis efforcé de croire que je n'en souffrirais pas. Et maintenant que tu es mariée à tin sutre, que la question de vanité n'est plus en jeu, je souffre, non pas d'être un mari trompé — je ne snîs plus lin mari trompé — je souffre d'être un mari abandonné.
Alberte. — Quelle histoire, Achille! Je ne peux vraiment pas croire ça.
Achille. — C'est comme ça cependant. El il faut que ça soit bien vrai pour que je surmonte ma honte et que je tienne te l'avouer.
Alberte, — Tu te montes la tête.
Achille. — Non, non, Alberte. On se fiche de<laus parfois quand on croit être amoureu.x, mais quand on tient h une femme, on le sait, on en est siir. Tl n'y a pas à s'y tromper. Je ne viens pas te dire que je suis anioureus de toi. ce serait ridicule, mais, enfin, je ne fais que penser à toi, j'ai un besoin constant de te voir, et... je ne te dis pas la moitié de ce que-j'aurais à te dire.
Alberte. — Mais enfin, Tuon pauvre ami, en admettant que tu ne t'exaltes )>as à faux, )>ourquoi ue te distrais-tu pas: il y a tout de même d'autres femmes snr la leiTC.
AcHiLLi':. — Non.
,iVlbertr. — ■ Couunent non 1
Achille. — Jln'y a pas d'aulre femme que toi.
Albkrte. — Tu ne me dir.is pas que depuis que nous sommes sépai'és, depuis plus louf^temps que ça. In n'as pas cherché à te distraiiv... lu n'as ]ias conini d'autres femmes...
Achille. — Mais si, j'en ai connu plusieurs, pas des quantités, mais j'en ai connu...
Alberte. — Tu vois?
Achille. — Qu'esl-ce que lu veux? iSiitncc.i
Alberte. — Qu'est-ce (|ue c'était que ces femmes? rv^ femmes que je connais?
Achille. — Mais non.
Alberte;, — Je m'étais figiii-é que j'en connaissais
Achille. — Qui çaï
Alberte, — Céline Dei'g'as
Achille. — Pourquoi?
Alberte. — Une idée.
Achille. — Mais non, je n'avais pas le courage de commencer une infripiie avec une femme. Quand je pensais à une femme, j'allais en chercher une très
Alberte, riani. — Oh!
j^CHiLLE. — C'était ce qu'il y avait de ]j1us simple. Alberte. — Et ça l'est arrivé soui-entT Achille. — C'est suivant ce qu'on entend par
Albertb. — C'est drôle... J'étais bien certaine que tu voyais des femmes, mais je ne me i'ima^nais pas... Il y avait bien de ces femmes t(ue lu voyais l>lus souvent que d'aulresî
Achille. — Peut-cire.
,\i.RERTE. — ■ Parce qu'elles te plaisaient davan-
Achillr. — Non, paire que ça se trouvait comme ça.
Albebtk. — Les hommes sont déiroûlants. {Silmct-.) C'est une vie amusante, mais c'est bien répugnant.
Achille. — Tu cmis que c'est nmusantT Ah! la, la! Ce que j'en ai assez! Il n'y a qu'une femme au monde ijui soit une femme ])our moi. IjCS autres, aussitôt que je suis calmé, m'embêtent, m'embêtent... Toi, je ne cessais de t 'aimer et de me plaire avec toi. Je sais -bien, j'aurais dû te le dire davantaiïe, mais j'avais eomuie une espice d'orgueil imbécile qui m'empêchait de montrer h rgnel point je tenais à toi, ]>arce que je me disais que toi, tu ne tenais pas à moi... Mais la vérité, la véi-ité (|ui est encore plus vraie maintenant que jamais, c'est que je suis absolument possc<1é par loi...
Alberte. — Mais, mon pauvre ami, c'est terrible pour foi ce que tu me dis là.
Achille. — Non, parce que d'être avec loi, sim- ]>lement, comme noua sommes, ce n'est évidemment pas l'idéal pour moi, mais ça vaut mieux que d'être séparé de toi.
Alberte. — Ce qu'il y a d'eunuyeux. c'est que maintenant que nous avons abordé ce ^nre de convei-satiou, loutes les fois que nous allons nous retrouver ensemble, ça va recommencer...
Achille. — Alors qtioiî 11 ne faul plus que je te
Ai.herte. — Mais non, je ne dis pas ça, seulement il faut que tu sois raisonnable et que nous parlions d'autre chose... D'abord je ne dois plus parler de choses pareilles avec loi... Je suis la femme de Maurice.
AcHiLLK. — Et tu l'aimes loujoui-s autant?
Alberte, d'un ion irtmt. — Je l'aime toujours davantage.
Achille. — Bon! <u i.iniiw accahif sur unt chaist.
Au Iwut d'un instanl di: toflrxioii. son visagr s'oclaîrr et il m-
mci i tliaiitonncr.) Bon! Bon! Bon! Bon!
Alberte. — Qu'est-ce qui te prend?
Achille. — ■ J'ai réfléchi. D'atrord ça m'a accablé d'entendre que tu l'aimais toujours davantage, et puis j'ai pensé que ce n'était peut-être pas \Tai.
Albebte. — Pourquoi?
Achille. — Parce que. si c'était vrai, tu ne me
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l'aurais pas dit aussi brutalement pour ne pas me faire de la peine...
Alberte. — Avec ça!
Achille, — « Avec ça! » Avec ça! est bon. Si c'était vrai que tu l'aimes encore autant, tu me ménagerais.
Albbbte. — Oh! tu es trop subtil pour moi- Ecoute, on a fermé la porte d'entrée,.. C'est Maurice qui entre... D'abord il faut cesser de me tutoyer,
Achille. — Je t'aime.
Alberte. — Tais-toi !