AU THÉÂTRE FEMINA
L'Accord parfait.
COHHBNTraiiteurdetaiit de comédie* profonde» et légères, ironiqueoet fmeaque nos lecteura cannai«aent, M. IVistan Bernard, fut-il amené à écrire la pièce que voici avec M. Michel Corday qui n'avait encore rien donné au théâtre maie qui avait en tant de dialogues épara nanifesti' ses facultés scéniquefl, et de qui L'Illiiglraiion a publié déjà deux romans {les Frèrei Jolidan. la Mémoire du cœur), dont l'acuilé psychologique nccroit singulièrement l'intérêt dramatique ! Ils l'ont l'un et l'autre expliqué dans la lettre suivante ; ils y ont, en outre, indiqué dans quelle* conditions et dans quel eeprit ils nvaient composé ces trois actes :
t U Accord parfait esl une lom'Mie de mceurs ironique.
• Son titre n'est pas dytout unt^ allusion à de récents é\én.-nients politique». Klle est née d'un projet de collaboration entre deux écrivains de sport. Ils se sont connus à VAulo, et ils ont eu l'idée de faire ennemble une pièce sur les sports — sports mécaniques et sports athlétiques — chacun de noua apportant son tribut de oon-
• Ils se sont mis résolunif-iit au travail, et ils ont fait une pièce... sur un tout autre sujet. Car les collaborations ont souvent des résultats imprévus.
On se réunit pour travailler, et on s'empresse de parler de tout autre chose,., La conversation nous rainèiK' au travail, et le travail n'est pas tou.
jour» celui qu'on avait projelé.
t Mais qu'importe ! puisque, en fin de compte, nous voilà asecE satisfaits
» Il y a peut-i'Irc des geiis qui vont trouver notre p[êw immorale, et il y en a d'autres «aas doute qui vont la trouver très morale. A défaut de la Moralité, avec un grand M, je crois qu'on rencontrera beaucoup de peliUs moralités.
» Nous avons rais en scène des êtres un peu spéciaux, moins eicceptiomicls qu'Us n'en ont l'air, plus généraux, on tout cas. qu'ils ne le croient euxmêmes. Car.^au fond, c'est une vérité assez vieille que de dire que les hommes se ressemblent beaucoup.
• ."^i, depuis pas mal de temps, les hommes appellent d'autre^ horauics leurs semblables, c'est qu'il y a peut, être à cela une [>etite raison...
• Nous pensons que, parmi les tâches diverses de l'érrivain. une des plus intéresBantes est de montrer comment des Êtres soi-disant exceptionnels se rattachent toujours à i'humanilè. »
Les critiques ont élé unanimes à considérer, en effet, que ei-tli' pièce 'lonne un reflet, extraordiniin'mpiit lldèlc et vivant, (fudc 'Ks iiKidcrne
liumanité ; et les uns se réjouissent du spectacle parce qu'il est élégant et spirituel ; d'autres, tout en le goûtant Clément , s'en inquiètent, parce qu'ils y voient le symptôme d'une évolution des mœurs presque aussi flaggrant« qu'une révolution.
Ainsi, M.. Léon Blum déclare, dauK
Comœdia, que cette œuvre, comique en apparence, pleine de mots et de traits d'un humour charmant ou profond, est si hardie dans son fond, et pose avec une sereine tranquillité des idées si graves qu'il n'a pu l'écouter sans une sorte de frisson :
a On n'y prend pas garde, tant la pièce est agréable et heureuse, tant les personnages sont faciles et nonchalant^ tant MM. Tristan Bernard et Michel (.'orday ont apporté de tact et d'apparente insouciance à voiler leurs hardiesses très volontaires. Mais cependant, ce qui est dit reste dit, et je ne crois pas que jamais on ait fait accepter au public rien de plus audacieux. >
Et M. Adolphe Briasou, qui oon.
sacre, dans le Trmjm, un article considérable à l'étude de ces trois acte", convient aussi que oetl« pièce se présente sotui l'aspect d'une jolie oomédie de genre, pleine d'agrément et d'esprit, analogue à dix autres déjà jouées ; mais il estime qu'il n'est pas une œuvre qui soit, au point de vue des mteurs. plus nettement révolu-
« L'anarchisnic indolent et de M. 'IVistan Bernard — et M. foisson prie M. Michel Corday de prendre pour lui la moitié des observations et des compliments que, pour plus de commodité, il adresse au seul Tristan Bernard — cet anarchisme s'y épanouit avec unesortede sérénité. Il semble que le déhcieux écrivain se dise :
les vérités contenues dans mon ouvrage nont désormais étabhes ; elles ont la force de l'évidence et presque la banalité du heu commun ; il est superflu d'y inKister. Jamais M. Tristan Bernard ne s'était montré si afiirmatif tout ensemble et si paisible, n'avait enveloppé de formes plus aimables son nihilisme agressif. Car. ne vous y trompez pas. cet auteur nonchalanl.de qui la grâce nous charme et la gnielé nous ravit, a des idées violentes. Traditions séculaires, principes ou préjugés de notre vieille morale, conventions ayant pour but de maintenir l'ordre soeinl, toutes ces choses que de furieux coups de bélier n'ont pas ébranlées. le flegme de M. Tristan Bernard les énerve, les dissout, les détruit. Rien n'est plus curieux qu'un travail de désagrégation si énergique et poursuivi par des moyens en apparence si iiioffensifs. On ne se méfie pas.
La comédie s'intitule TAceord farlait. Ce pourrait être le titre d'une estampe galante de Fragonard. C'est, en effet, fort galsjit, mais nous alloni voir de quelle façon, et tout ce que recouvrent ces légèretés, oes gentilleKiipK, ces ironies. Il y a là une audace trancjuille, très symptomatique, très t mo-
I Une impression singulière se défruge de ce dialogue dont la hardiesse souriante et paisible eût soulevé jadi :
des orages. Vous Kgupei-vous la stupeur du public de 1866. ou de 1875. ou de 1880..., si on le lui avait offert ï L'indifférence amusée des spectateurs de 1911 indique l'étape paroourue, l'évolution accomplie. Us n'éprouvent pas le besoin de s'insurger. Leur atti* tude est d'autant plus significative qu'ils sentent bien que l'exposé de ces principes, de ce traité conclu entre le mari, la femme et l'amant, que cette réglementation méthodique et ai l'on peut dire familiale de l'adultère, que ces choses ne sont nullement paradoxales daiw l'intention des auteurs, que ceux-ci ne blaguent pas, ne bluffent pas, qu'ils ne soutiennent pas une gageure, maLs expriment sincèrement, et sans hypocrisie, ce qu'ils pensent. »
M. Robert de Fiers qui, dans le Figaro, juge oet ouvrage moins en moraliste et plus en homme de théâtre, eiu'e0Btre que l'Accord parfait a obtenu un petit triomphe, et poursuit :
juste, si aisée, le ton en est si mesuré et si exact, qu')>iirès avoir été très diverti par la plus oeée des situations nous ^vons fini par en être prrâquc ému. Cela, c'est le propre des classiques, Tristan Bernard ne tardera pas à être tin classique.
■ L'Accord parlait, après un acte de flne et de claire expiisition. nous a donné, au deuxième, l'occasion d'entendre une des scènes les plus jolies et les plua tendres que nous ayons entendues depuis longtemps. Et voici précisément ce qu'il y a de tout à fait supérieur dans oetle comédie : c'est qu on y sent toujours hi présence d'une ironie très fine et d'une sensibilité très délicate, sans que jamais cette ironie ne dessèche cette sensibilité, (^mment MM. Tristan Bernard et Michel Cordayonl-ils réalisé ccjolitourde force î Tout simplement en ne mettant d<l'ironie que dans les situations, sans la laisser jamais déborder sur lefl personnages, et en prêtant à ceux-ci touli la sincérité et toute la simplicité possible«. Cela évidemment ainsi formule ne semble pas une trouvaille bien extraordinaire. C'est cependant à une trouvaille de cette sorte que nous devons deux chefs-d'œuvre de genre différent ; la Parmeinf et Dit-orçone ' t
COMËDIE EN TROIS A-CTES
par
TRISTAN BERNARD et MICHEL GORDAY
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