L’ACCORD SOCIAL ET LA POLITIQUE
Toutes les fonctions qui appartiendraient en propre à l’Association corporative, l’Etat républicain les exerce actuellement ou cherche à les accaparer.
Un courant d’Etatisme, presque insurmontable, anime en ce moment les promoteurs de réformes sociales, en France aussi bien qu’à l’étranger. Ce qui se passe en Allemagne ou au Japon, à cet égard, sert d’argument à nos gouvernants pour nous imposer des lois qui développent indéfiniment l’intervention de l’Etat et son usurpation de toutes les fonctions publiques.
Ces idées étatistes ont joui jusqu’à présent d’une réelle faveur chez la plupart des Français, si facilement dupes du Césarisme : qu’il emprunte le masque napoléonien ou qu’il se dissimule
sous l’étiquette de la Démocratie parlementaire.
M. Firmin Bacconnier, au nom de l’Accord Social, a entamé une vigoureuse campagne contre le « Tout à l’Etat ».
Il a démontré que si l’Etat républicain avait usurpé toutes les fonctions qui devraient appartenir à des Associations libres, c’est que cet Etat ne peut pas renoncer à ces abus de pouvoir, étant constitué précisément en vue de l’écrasement des libertés.
Etant électif, l’Etat républicain dépend de l’électeur. Il doit, par conséquent, d’une part, augmenter indéfiniment le nombre des fonctionnaires qui voteront pour lui et, d’autre part, il s’assure la fidélité des électeurs non fonctionnaires par le plus ingénieux des systèmes de contrainte, par les lois sociales.
Si le Gouvernement fait voter par le Parlement une loi d’assistance et de retraites, il a bien soin de spécifier que les pensions seront servies par une Caisse d’Etat. Alors il se produit ce que de retentissants scandales ont révélé à propos de l’application de la loi d’assistance aux vieillards : les allocations de la Caisse d’Etat vont aux seuls amis du Gouvernement. Les travailleurs pauvres, qui ont à faire face à des charges de famille, sont obligés, en dépit de leurs sentiments intimes, de prêter leur appui aux favoris du Pouvoir.
A l’égard du patronat, le procédé est le même. Le chef d’industrie qui veut obtenir une concession ne peut se passer de l’Etat. Est-il hostile au régime ? Non seulement l’autorisation du Gouvernement lui sera refusée, mais il sera l’objet de vexations de toutes sortes de la part des inspecteurs ou délégués du travail.
Les lois sociales permettent donc à l’Etat républicain de désarmer les oppositions tenaces ; elles oont pour lui une arme de gouvernement. Que cette arme vienne à lui manquer, il n’a plus alors de prise sur l’électeur. Voilà pourquoi l’Etat républicain ne se résoudra jamais à restituer aux Associations corporatives la fonction qu’il a usurpée.
Il y a, dit-on, la loi du 21 mars 1884, qui re connaît l’institution des syndicats professionnels. Sans doute ! mais l’esprit de la loi de 1884 réprouve l’Association propriétaire; la loi favorise seulement le syndicat de coalition, c’est-à-dire l’Association de guerre civile. Ses auteurs ont repoussé systématiquement le projet de donner une consécration légale et d’octroyer le droit de propriété aux Associations corporatives.
Et qu’on le remarque bien, cette hostilité de l’Etat républicain à l’égard des Associations corporatives n’est pas particulière à tel ou tel parti républicain ; elle tient à l’inaptitude congénitale
de tout régime électif à faire œuvre de liberté. Il n’est viable qu’a la condition de s’engager de plus en plus dans la voie du Socialisme d’Etat.
L’Accord. Social n’est donc pas républicain.
Ses partisans réclament nettement le rétablissement de la Royauté, parce que le pouvoir monarchique, tempéré par le contrôle de la Représentation nationale, leur apparaît comme la seule sauvegarde des institutions de liberté.
Les Associations corporatives, qu’ils rêvent de fonder sur tout le territoire de la France, sont autant d’institutions autonomes, dont une République serait toujours jalouse. La Royauté, au contraire, favoriserait l’évolution naturelle du syndicalisme vers le régime corporatif.
Voici ce qu’écrivait à ce sujet un grand ministre de la Restauration, Villèle : « La monarchie « peut, sans danger, elle doit, par politique, per- « mettre aux citoyens de se grouper autour de « leurs intérêts communs pour combiner les « moyens les plus propres à obtenir qu’ils soient « protégés. Ainsi doivent s’établir les Conseils « des administrations secondaires, les corps de « villes, les Chambres de commerce, d’hommes de « loi, de gens de lettres, de corporations de toute « espece. »
Il faut reconnaître aussi que la monarchie a toujours inscrit à son programme une réforme so-
ciale de décentralisation qui, débarrassant l’Etat des fonctions qui l’accablent aujourd’hui, lui permettrait de se consacrer tout entier à l’objet même de sa compétence : la police intérieure et la politique extérieure !
Il ne sera pas inutile d’ajouter que le rôle de l’Association et de l’Etat, tel que le conçoit l’Accord Social, est envisagé de la même manière par le Chef de la Maison de France.
« Ensemble, disait-il le 31 janvier 1900 à ses fidèles, nous défendrons la grande cause du droit d’ Association, qui avait trouvé en M. le comte de Chambord et en mon Père bien-aimé ses défenseurs les plus énergiques. »
En octobre 1901, Mgr le duc d’Orléans écrivait ' « Le droit d’Association doit fournir aux classes ouvrières le moyen de défendre elles-mêmes leurs intérêts... en les empêchant d’abdiquer leurs plus précieuses libertés entre les mains d’un Etat devenu omnipotent. »
Enfin, dans sa lettre-préface au volume « La Monarchie Française », le Prince précise sa pensée plus encore : « Les Associations 'professionnelles, dit-il, bénéficiant désormais d’une entière liberté... donneront avec le temps naissance à une véritable organisation corporative, base naturelle d’une représentation sérieuse et compétente. »
La finale de cette Déclaration du Prince est à
souligner. Mgr le Duc d’Orléans ne voit pas seulement dans le régime corporatif le terme naturel du syndicalisme professionnel, il pressent que le couronnement logique et nécessaire de cette grande évolution est la représentation des intérêts.
La représentation du pays, par l’élite professionnelle, par les compétences, se substituant à la fausse représentation des politiciens incompf tents ! voilà encore une idée d’avenir.