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ET LES ORGANISATIONS PROFESSIONNELLES

L’Accord Social envisage avec la plus grande sympathie le mouvement syndical, malgré ses déviations fréquentes, parce que, quel que soit l’esprit qui l’anime, le syndicat constitue une force sociale, donc un élément d’ordre, quelque paradoxale que cette opinion puisse paraître au premier abord. L’Accord Social estime que le syndicat doit être la base de notre réorganisation sociale, puisque seul le syndicat représente la conception actuelle de l’association.

Les Syndicats rouges. — Parlons d’abord des syndicats affiliés à la Confédération Générale du

Travail, les syndicats rouges. Ils sont organisés en vue de la guerre contre le patronat.

L’Accord Social, est-il besoin de le dire? réprouve une pareille tendance, comme il rejette les sophismes de l’ antimilitarisme et de l’antipatriotisme que les intellectuels ont répandus dans les milieux ouvriers. Mais, cette réserve faite, l’Accord Social n’hésite pas à dire que les Syndicats rouges ne méritent pas toutes les sévérités dont les accablent certains conservateurs. Ils ont rompu ouvertement avec le parti socialiste, et c’est bien quelque chose. D’autre part, c’est chez eux que s’affirme avec le plus d’intensité l’esprit de classe. Esprit très dangereux, sans doute, dans une société organisée en vue de la guerre civile; mais s’il est contenu par le cadre corporatif, l’esprit de classe, en surexcitant l’ardeur des maîtres de la production, peut devenir un élément de progrès incomparable.

Ajoutons que l’anarchisme des syndicats rouges est soigneusement entretenu par les fonctionnaires de la C. G. T. Or, une Confédération Générale du Travail n’aurait pas lieu d’exister sous un régime corporatif. Celui-ci comporte des Fédérations régionales de Syndicats par métier, non une Fédération nationale de tous les métiers reliés comme dans la C. G. T. par un Comité central trop facilement accessible aux agents des partis. Ce n’est

aujourd’hui un secret pour personne que la C.G.T. est assiégée à la fois par le Gouvernement, la Franc-Maçonnerie et le Parti socialiste.

Syndicats Jaunes ou indépendants . — En face des syndicats de la C. G. T. et un peu contre leurs anciennes tendances socialistes, se sont constitués des syndicats indépendants ou jaunes. Leur programme renferme des principes qui, parfois, semblent être empruntés à l’Accord Social, par exemple l’idée des Commissions arbitrales mixtes qu’ils dénomment Chambres de capacité.

L’Accord Social ne peut non plus s’élever contre l’application du dogme jaune : l’accession des travailleurs à la propriété par l’acquisition d’une parcelle du capital industriel. S’il plaît aux chefs d’industrie d’organiser et d’encourager la participation à leur capital, c’est affaire à eux et à leurs ouvriers. Mais l’Accord Social ne saurait attribuer à cette doctrine les vertus qu’on lui prête. Elle vaut ce que valent les entreprises philanthropiques, rien de plus. S’il est vrai qu’elle peut élever à la propriété une élite de travailleurs, elie est incapable de donner au prolétariat un état social, j’entends de résoudre cette question de la sécurité ouvrière qui est tout le problème du travail. Un exemple souvent cité par l’Accord Social va mettre cette vérité en lumière.

Voici un établissement industriel qui compte

600 ouvriers. Supposons que les salariés, conformément à la doctrine jaune, soient propriétaires d’une partie du capital industriel. Admettons qu’un incendie détruise l’établissement. Toutes les marchandises sont brûlées. Que deviennent dans ce cas, nos employés-propriétaires ? Ils perdent, n’est-il pas vrai ? tout leur avoir. Certes, il existe des Compagnies d’assurances, mais les quelques centaines de francs que verseront les assureurs ne sauraient garantir aux employés-propriétaires iour situation de la veille ni un lendemain quelconque.

Manifestement, ce système n’améliore pas la situation actuelle du travailleur ; il ne l’arrache pas à l’ insécurité de la vie ; il ne sort pas de sa condition de prolétaire.

Mais voici, au contraire, nos employés de l’usine X... propriétaires de la profession, grâce à l’organisation corporative réclamée par l’Accord Social. Survient l’incendie qui détruit toutes les marchandises. C’est un malheur, sans doute, mais un malheur qui n’aura pas de répercussion sur la vie de l’ouvrier. Y a-t-il, en effet, des besoins immédiats à satisfaire ? Les travailleurs de l’usine détruite se voient aussitôt secourus par le patrimoine corporatif, qui participe à la prospérité de l’industrie, c’est-à-dire de tous les établisments de la profession, et qui par conséquent ne

saurait être sérieusement compromis par la déconfiture d’une seule maison ruinée. Il y a autre chose encore : c’est l’Association corporative qui intervient pour assurer le placement de ces travailleurs dans les autres établissements de la corporation.

Ainsi, dans le système jaune, l’ incendie de l’usine X... constitue un véritable désastre , puisque les ouvriers perdent tout leur avoir. Dans le système corporatif, cet incendie n’est qu’un acci dent, puisque les ouvriers, propriétaires du métier, auront leur situation de la veille assurée dans les maisons similaires.

L’Accord Social se sépare encore des Jaunes sur un autre point. Ces derniers revendiquent le plein droit de propriété pour les Syndicats isolés , tandis que l’Accord Social n’admet ce droit que pour les Associations corporatives.

La propriété syndicale jaune, en effet, est constituée par la seule cotisation ouvrière. Il en résulte que pour former un patrimoine important, le Syndicat est amené à élever démesurément le taux des cotisations. Les ouvriers riches peuvent donc seuls se syndiquer. L’accès du syndicat est fermé aux travailleurs pauvres et le monde ouvrier est ainsi divisé en deux camps, comme en Angleterre : d’un côté, il y a les syndiqués, recrutés dans les professions les mieux rétribuées, et

de l’autre l’immense troupeau des prolétaires contraints de demander au socialisme d’Etat les avantages que l’Association procure aux privilégiés des syndicats.

Ces réserves faites, l’Accord Social reconnaît chez les Jaunes une supériorité sur leurs camarades rouges : c’est l’esprit d’entente qu’ils apportent dans leurs relations avec le patronat.

Syndicats catholiques . — Voici maintenant les nombreux syndicats qui suivent l’inspiration de l’école sociale catholique. Un véritable esprit d’accord social les anime. Tout au plus peut-on constater que leur caractère confessionnel est incontestablement un obstacle à leur recrutement. Mais on ne saurait faire un grief aux gens de se grouper suivant leurs affinités, d’autant qu’il est bien difficile dans l’état actuel du monde du travail de n’avoir qu’un syndicat ouvrier dans une même corporation. Peut-être même le sectionnement syndical est-il une force, car chaque groupe particulier apporte un élément utile à l’édifice cor poratif qui s’élabore : les Rouges y introduisent l’esprit de classe, qui tient constamment le patronat en éveil, et le force à chercher dans le perfectionnment de ses produits les satisfactions que le prolétariat réclame ; les Jaunes en s’opposant au syndicalisme révolutionnaire le contraignent à veiller plus attentivement sur lui-même, à deve-

nir plus pratique, plus soucieux des réalités, plus ménager des contingences de la vie ordinaire ; les catholiques dotent le syndicalisme de leur esprit corporatif et d’un idéal moral incomparable.

Les trois tendances servent donc le mouvement de réorganisation corporative. L’Accord Social n’en combat aucune. Son objet est de les utiliser, de ménager aux syndicats de toutes couleurs un terrain de rencontre avec les organisations patronales et de faire converger les efforts de tous dans le sens de la paix publique et du bien commun (1).

(1) Nous n’avons pas parlé des Syndicats agricoles dont l’ësprit d’ailleurs est favorable à la conservation sociale. Les meilleures institutions sont celles qui réussissent le mieux à assurer la stabilité et la paix. Or, les Syndicats agricoles qui deviendront de véritables Associations corporatives, puisque tous les éléments de la profession — propriétaires, fermiers et colons peuvent s’v rencontrer — sont des forces d’ordre et de progrès. Déjà ils procurent à leurs membres de nombreux avantages économiques; ils leur rendront des services plus grands encore le jour où ils seront le siège des institutions d’assurance et d’assistance.

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