‹ L'accouchement dans l'artChapitre 11 sur 14 · N CÉSARIENNE, P · texte numérisé non relu

N CÉSARIENNE, P

OPERATIO

Fig. 9.

NOQUeE

Au premier plan, à gauche, deux femmes, également robustes, plongent dans une bassine le premier né, qui, lui aussi, est déjà ce en boule À droite, quelques accessoires d'accouchement, bandes et aiguière.

A l'arrière-plan, nous voyons encore quatre sujets d'une carnation outrée ; deux sont occupés à refaire le lit : une, presque nue, fait chauffer des linges devant un feu d'enfer, dont la Hé gigantesque va du sol au plafond, et la quatrième, non moins nue, porte le linge chaud.

J'ai dit n'avoir rencontré que peu de cas de gémelliparité ; cependant il y a dans l'ouvrage de A. M. PAciINGER une gravure de M. pe Vos intitulée: Zwillingsgeburt, accouchement gémellaire, mais rien, à part le titre, ne justifie cette biparité. Il convient toutefois d’en parler, car la gravure est jolie et la composition des plus heureuses.

La jeune mère est à demi étendue sur un fauteuil, dans une position qui rappelle Alcmène et la parturiente de Gibelin. Une voisine la soutient par derrière, tandis qu'une servante lui apporte un réconfortant, qu’elle s'apprête à saisir de la main droite. C’est qu’en effet elle vient d'accomplir la moitié de son travail ; le bébé, que deux femmes vont baigner à ses pieds, en est la preuve.

Mais c’est vainement qu'on cherche l'autre jumeau, qui doit être encore dans le sein maternel ; rien d'ailleurs, hormis le titre de la gravure, ne permet de le in

Comme personnages accessoires de cette scène habilement rendue, on voit sur le devant une jeune femme, aux lignes très pures, qui roule avec art la sangle de l'enfant, et, dans le lointain, une servante qui chauffe le lit.

En somme, composition pleine de charme, dans laquelle tous les sujets sont savamment groupés, mais qui représente plutôt les courts instants qui suivent l'expulsion d’un enfant qu'un accouchement gémellaire.

Henry Mere a encore reproduit, dans la Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, sous le titre de Quelques accouchements bibliques en images (année 1903, p. 205), l'accouchement de Rébecca, C’est une gravure signée STEPHANUS, où l'on voit Esaü et Jacob sortant l’un après l’autre du giron maternel.

Pour avoir voulu serrer de trop près le texte biblique, l'artiste a fait une œuvre plus légendaire que véridique. Déjà, dans le sein maternel, les enfants semblaient se chamailler : Concepit Rebecca et collidebant sese filit in utero ejus, mais, à peine sortis de la vulve, ils se poursuivent et Jacob saisit Esaü par le pied. Si le fait est vrai, 1l n'est guère vraisemblable, pour quiconque a vu des accouchements gémellaires |

Mais alors, pourquoi n'avoir pas logiquement poursuivi la légende ? pourquoi n avoir pas recouvert de poils le jeune Esaü ? « Celui sorti le premier était roux et tout velu comme une peau d'animal, et il fut nommé Esaü, cest à-dire homme fait. L'autre sortit aussitôt après et il tenait dans sa main le pied de son frère : c'est pourquoi il fut nommé Jacob, c'est-à-dire supplantateur. »

La conception artistique se ressent de l’évidente préoccupation du traducteur. Rébecca est allongée sur un matelas, dans une position aussi défectueuse qu'invraisemblable, la jambe droite fléchie, la jambe gauche allongée ; son torse est contourné pour enlacer par la

RC. Pa

nuque une esclave qui l’assiste. Il est difficile d'admettre que jamais femme ait pu accoucher dans une pareille attitude !

L’expulsion des fœtus qui sortent de la vulve en queue de cerfvolant est aussi insolite que peu scientifique. L'’accoucheuse a saisi Esaü à plein thorax, tandis que Jacob fait son entrée dans le monde en s'accrochant au pied de son frère, comme un gymnasiarque suspendu à un trapèze. Il paraît d’ailleurs affligé de la mammite des nouveau-nés, tant son mamelon est développé!

La représentation des autres personnages est plus exacte : tous sont pieds nus, car, à cette époque lointaine, le commerce de la chaussure ne devait pas être florissant ; les vêtements toutefois n’ont pas la simplicité des temps bibliques. Accoudé à la fenêtre, Isaac — car ce doit être l’heureux père — semble considérer l'influence astrale, dans une attitude qui n’a rien de patriarcale, Les accessoires sont assez sobres, mais anachroniques. Sur le lit, à moitié défait, est une bassinoire de forme archaïque, ce qui tend à prouver que l'invention de la bassinoire aurait précédé celle des chaussures. Même réflexion pour les broderies du baldaquin.

Pour être aussi complet que possible dans cette étude sur l’Accouchement dans l'Art, il me reste à dire un mot de l'opération césarienne, qui rentre elle aussi dans notre cadre.

J'ai déjà parlé plus haut de la Naissance de l’Antechrist, de Coxrap DinkMurH, gravure primitive et dessin naïf;Je n’y reviendrai pas. Mais il y a lieu de s'expliquer sur une scène de Rarrarz Cusros, qui est peu compréhensible et qui serait d’ailleurs un accouchement symbolique.

Une jeune femme est étendue presque au ras du sol entre les jambes d'une autre femme qui, assise par terre derrière elle, soutient son thorax entre ses bras ; le ventre et les membres inférieurs sont à nu. Un homme, coiffé d’un casque de guerrier, incise de sa main droite, armée d’un long stylet, la ligne blanche de l'abdomen; par cette incision, qui va de l’ombilic au pubis, sort le torse vigoureux d'un enfant, qu'un autre personnage, orné des attributs de Mercure, saisit par le tronc, pour l'extraire des entrailles maternelles.

J'avoue humblement n'avoir pas trouvé la clef de cet accouchement symbolique, mais comme il n'y a pas l'ombre d’un doute sur la nature de l'opération, je me contente de la signaler.

Non moins bizarre est la gravure de CHrisrorx VoLTER (Stuttgart, 1687), tirée, comme la précédente, de l'ouvrage de A. M. PAcHINGER (fig. 9). Comme dans l’œuvre d'ABRAHAM Bosse, les détails sont minutieusement reproduits ; les fenêtres, le lit, les pantoufles, le vase que Victor Hugo a poétiquement dénommé l'Urne des nuits, sont d’un dessin fini. Au pied du lit, deux personnages : l’un, le pasteur qui lit avec piété un texte évangélique ; l'autre, une servante qui va faire passer au chirurgien les instruments qui sont sur une table.

Mais combien sont défectueux l'opérateur et surtout l'opérée ! Celleci, couchée sur un lit très bas, semble avoir subi une torsion au niveau de la taille. La figure et la poitrine sont face au lecteur, tandis que l'abdomen est tourné vers le plafond. Le visage, d'une impassibilité étrange, dénoterait un rare stoïcisme, si l’on ne sentait l'insuffisance de l'artiste à rendre les jeux de physionomie.

Quant à l'abdomen, c’est tout un poème. La forme de ce ventre est

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