‹ L'accouchement dans l'artChapitre 10 sur 14 · F7 , "+ HE · texte numérisé non relu

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poser ces questions sans les résoudre, laissant aux historiographes parisiens le soin de les élucider.

D'après la gravure même de Gibelin, ce tableau aurait d’abord figuré à la nouvelle Ecole de chirurgie ; d'après Witkowski, il aurait été au musée Orfila ; d’après le baron Guillibert, c’est la Faculté de médecine ou bien l’Académie de médecine qui l'aurait possédé. Voici, en effet, ce qu’écrit le secrétaire perpétuel de l'Académie d’Aix, en parlant d'une autre toile du Maître, La saignée, que je me propose d'étudier dans un prochain mémoire.

« Le dessin à l'encre de Chine, que nous reproduisons, est l'original du tableau à l'huile qui ornait une salle de l'Ecole de chirurgie, aujourd’hui la Faculté de médecine, dans le salon de MM. les professeurs, où il fait pendant à l’œuvre du même maître, l’Accouchement. Ces deux toiles, restaurées il y a peu d'années, sont d'autant plus précieuses que Gibelin, renommé par ses fresques, n'a peint à l'huile que très rarement ; nous n'avons pu découvrir à cette heure que ces deux tableaux conservés à l’Académie de médecine, et une étude de femme, peinture claire, élégante, rappelant Fragonard, possédée par la famille du peintre. J'ai la gravure l’Accouchement avant toute lettre » (1).

Esprit-Antoine Gibelin naquit à Aix-en-Provence, le 17 août 1739 ; il était fils de Michel Gibelin, avocat au Parlement, et de dame Thérèze David.

Une tradition familiale les-fait descendre des Gibelins de Florence, réfugiés en Provence au commencement du xiv° siècle, comme le père de Pétrarque. E. A. Gibelin fut peintre d'histoire, antiquaire, dessinateur, graveur, sculpteur, médailleur. Lors de la création de l'Ecole de peinture, d’après le modéle vivant, à Versailles, il occupa l’une des places de Directeur ; plus tard, il fut Correspondant de l'Institut et mourut à Aix, le 24 décembre 1813, âgé de 74 ans.

La toile du peintre aixois est, au point de vue esthétique, la plus belle reproduction artistique que nous connaissions de l’accouchement.

La composition du sujet, l'agencement des personnages, qui sont au nombre de dix en comptant le nouveau-né, indiquent un talent arrivé à maturité. Tandis que, dans la gravure d'Abraham Bosse, les détails sont étalés à profusion, ici les détails ne sont découverts qu’à l’analyse ; le berceau, le brûle-parfums, — car c’est bien dans les temps héroïques de la Grèce que se passe cette scène, — la vieille qui tend les langes, la servante qui va annoncer l’heureuse délivrance, n’occupent que le second plan ; toute l'attention est concentrée sur cette femme qui enfante dans la douleur ; chaque assistant joint son effort à ceux de la mère et suit d’un regard anxieux l'acte déchirant qui s’accomplit.

Loin d’être choquante, la nudité de la parturiente nous révèle cette beauté plastique que les Grecs avaient bien raison d’adorer. Le léger voile qui la protégeait a été rejeté dans des contractions désordonnées, et harmonieusement retenu sur l’épaule gauche, il vient, dans une ondulation voulue, recouvrir la région pubienne, pour ne laisser apercevoir de cet acte que ce qui ne saurait offenser le bon goût.

(1) Le peintre Esprit-Antoine Gi8ELIN, d'Aix (1739-1813). Documents inédits, par le baron GUILLIBERT.

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Cette femme est vraiment belle ! Belle comme anatomie, belle comme expression et comme attitude. Point n’est besoin de demander quel est son état d'âme ; il suffit de la regarder. Bientôt les joies de la maternité illumineront ce beau visage, mais pour le moment il est tout aux affres de la souffrance.

Sa chevelure épaisse encadre merveilleusement l’ovale de sa figure ; sa tête s'incline légèrement sur l'épaule de son mari, qui la soutient avec vigueur ; la contraction des muscles sourciliers diminue, sans la briser, la courbe arciforme de ses bruns sourcils, et si aucune ride n’altère la pureté du front, c'est que cette femme est dans tout l'éclat de la jeunesse. Les paupières, sous la contraction des orbiculaires palpébraux, sont mi-closes, pour protéger l'œil contre la congestion de l'effort et voiler la tristesse du regard. Le nez, du type grec, a des narines étroites, à peine resserrées par l'expiration, et la bouche, adorable par ses petites dimensions, est entr'ouverte plus par le relâchement des constricteurs, que par la contraction des abaïisseurs. On devine qu'elle exhale ce cri de douleur suraigüe qui accompagne d'ordinaire le passage de la vulve. Le cou lui-même, sous la contraction du peaucier, — le latissimus colli, de Léonard de Vinci, — a pris plus d’ampleur, et adoucit, sans l’effacer, la courbe du maxillaire inférieur .

Le torse est traité avec non moins de vigueur et d'exactitude. Le sommet de la poitrine est légèrement saillant ; les seins arrondis sont fermes et haut placés ; on dirait un bloc de marbre arraché aux flancs du Pentélique.

L’attitude des membres semble prise sur le vif. Les membres supérieurs sont en état de contraction spasmodique ; mais tandis qu'à droite, c'est l’action des fléchisseurs qui prédomine, à gauche c’est celle des extenseurs ; on ne pouvait mieux exprimer l'ataxie de la douleur que par ce contraste des deux mains dont l'une est crispée et l’autre en hyperextension.

Le bras droit est vigoureusement élevé par l’action visible du deltoide ; l’avant-bras, replié sur le bras par la tétanisation du biceps et du brachial antérieur, lutte victorieusement contre les efforts d’une servante, qui l'enlace vainement de ses deux mains ; enfin, les doigts sont repliés vers la paume de la main par l’action énergique des fléchisseurs.

Bien différent est le mouvement du côté gauche. Le bras est également élevé en extension horizontale, mais sans effort apparent, et Gibelin a eu l'inspiration géniale de le faire soutenir par le mari ; la beauté du geste réside dans l’avant-bras fortement étendu et dans la main largement ouverte, les doigts très écartés par la contraction des extenseurs et des interosseux.

Les membres inférieurs, autrement expressifs que ceux d'Alemëne, participent à cette contracture généralisée. Les cuisses sont suffisamment écartées pour livrer passage à l'enfant ; mais, tandis que le membre droit semble, dans un effort de flexion, s’arracher à la contention énergique d’une servante qui enserre à pleines mains le cou-depied et la jambe, la jambe gauche est maîtrisée par l’enlacement de deux bras au niveau du genou. Ce n’est pas seulement l'attitude des membres qui reflète leur contraction, elle est encore reproduite anatomiquement par la position des orteils. On chercherait vainement une critique dans l’ensemble de ce personnage.

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Le médecin qui l’assiste s'est placé entre ses jambes; il a mis un genou en terre, pour assurer la puissance de ses efforts, et ses bras retroussés jusqu'aux aisselles exercent une traction énergique. Com parez son attitude active avec celle pleine de mollesse de la sagefemme d'Abraham Bosse. Son assistance, d’ailleurs, ne paraît pas inutile, car la tête du fœtus sort en occipito-postérieure et justifierait assez bien le sous-titre que lui a donné Witkowski : une couche laborieuse.

Je ne veux pas insister sur l'attitude et l'expression des divers personnages dont chaeun a son rôle bien marqué dans cette scène; mais Je ne puis passer sous silence celle du mari, qui est capitale dans l'espèce.

Il me suffirait encore de comparer ce personnage à celui d'Abraham Bosse pour établir une écrasante supériorité, Comme sa pose est à la fois heureuse, tendre et efficace ! De sa main droite il soutient la tête de son épouse qui repose sur son épaule, tandis que, de sa main gauche, il soulève son bras et le haut du corps. Tous ses muscles, même ceux de la jambe, sont tendus vers cet effort, et ce pendant que sa pensée se concentre avec anxiété vers la délivrance On croirait qu’en faisant voisiner ces deux têtes, de l'épouse et de l'époux, l'artiste ait voulu montrer le contraste entre la douleur physique et la douleur morale Et ce contraste semble résider uniquement dans le regard.

Analysez comparativement ces deux figures, vous verrez que l'homme a aussi ses sourciliers contractés ; les têtes des sourcils se sont quelque peu rapprochées, et leur courbe est devenue linéaire, mais l’œil est grand ouvert et le regard est fixe. Ayant été tout entier au plaisir, 1l est tout entier à la peine.

Le lecteur m'excusera de m'être étendu si longuement sur la toile du peintre Ë.-A. Gibelin, mais j'avoue mon admiration sans réserve pour cette œuvre, et J'ai voulu exposer les motifs raisonnés de mon admiration.

Je n'ai rencontré que peu de cas de gemelliparité. C'est d'abord l’Accouchement gémellaire, de Jacos d'Heemsrercx. Cet artiste naquit en 1498 et mourut à Harlem, en 1574.

Dans la Nouvelle Iconographie de la Salpétrière (année 1903, p. 203), Henry Meige l attribue à Marin D'Heemskercx el dit qu’elle représente l'accouchement de Thamar, mettant au monde Pharès et Zara.

La composition comme la facture de cette toile dénotent un précurseur de Rubens (fig. 8). Il n’y a pas moins de treize personnages — sans compter les deux Jumeaux — tous féminins, et dessinant des effets de torse et de croupes arrondies et rebondies. Quelle orgie de muscles ! Ce sont des têtes de femme campées sur une musculature masculine !

La parturiente — un vrai colosse — est dans une attitude de contraction douloureuse ; aussi est-elle entourée de cinq compagnes qui soutiennent, l’une la tête, les autres chacune un membre. Ayant affaire à forte partie, elles semblent rivaliser d'efforts, ce qui a permis à l'artiste d’étaler des formes exubérantes de vie. Au milieu de ce groupe, qui compte huit personnages, la sage femme, genoux en terre, saisit par le thorax le second né et termine ainsi cette longue parturition.

EEMSKERCK.

ACCOUCHEMENT GÉMELLAIRE, par JACOB DH

Fig. 8

HRISTOPH VOLTER.

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