‹ L'accouchement dans l'artChapitre 6 sur 14 · SES · texte numérisé non relu

SES

les efforts d'expulsion ; mais ce qui est plus digne de remarque, c’est que cette femme est vêtue de ses habillements journaliers et tourne le dos à la sage-femme ; sa figure, vue de profil, est trop petite pour qu'il soit possible d’en analyser l'expression, qui représente aussi bien l'effort que la douleur. La matrone, assise par derrière, le visage très calme, soutient dans des langes le thorax du nouveau-né, qui émerge de dessous les jupes de sa mère et dont les pieds semblent être encore dans le vagin. Quant à l’assistante, reléguée au second plan, son attitude est quelconque ; elle enlace de ses bras la poitrine de la parturiente, pour la soutenir dans cette contraction dernière.

Aucune équivoque n’est possible, c'est bien un accouchement. Mais c'est plutôt une conception artistique qu’une reproduction de la réalité. Au xv° siècle, les Françaises accouchaient dans leur lit et non debout ; gêné par une composition délicate entre toutes, l’artiste a tourné la difficulté, en donnant à la femme une position verticale, et grâce au stratagème des vêtements qui masquent ainsi la nudité du corps, il n’a laissé apparaître que la moitié supérieure du fœtus qui sort en même temps des entrailles maternelles et de la robe habilement soulevée.

Dans l'ouvrage allemand de A. M. PacminGer, Die Mutterschaft in der Malerei und Graphik, se trouve une des plus anciennes documentations gravées concernant la parturition. C'est la Naissance de l'Antechrist, de Conrap DinkMuTH (Ulm, 1483). Conception naïve, gravure primitive, son seul mérite est son ancienneté.

Une miséreuse, aux seins étiques, est étendue sur un grabat ; agenouillée à ses pieds, une femme — la mère sans doute — lui tient la. main gauche, pendant que, de l'abdomen mis à nu, émerge le corps d’un fœtus, qu'une matrone s'apprête à enlever en le prenant par les aisselles. Cette fantaisie de l'artiste évoque moins l’idée d’un accouchement que d'une opération césarienne. Cest un chapitre que nous traiterons ultérieurement.

Une gravure sur bois de Josr AmmMaxx (1554), représentant un accouchement chez une femme du peuple, est autrement intéressante (fig. 3).

Une grosse Allemande, aux formes opulentes, est affalée sur le fauteuil de bois dont on se servait à cette époque ; deux voisines, plus que mûres, la soutiennent par derrière, pendant qu’assise sur un petit escabeau devant la parturiente, la sage-femme, vue de dos, relève les jupes au-dessus des genoux et insinue sa main droite dans les parties génitales.

À nos yeux, cette gravure présente un intérêt documentaire très précieux. Nous y voyons, en effet, ce fameux siège de bois obstétrical qui est parfaitement reproduit dans l’ouvrage médical d EucHarius Raopionis, de 1532. Suivant l'usage de l’époque, la sage-femme porte sa trousse suspendue à la ceinture ; nous retrouvons cette particularité dans une autre gravure d'EucHarius Rosszins.

Les accessoires de l'accouchement n'ont pas été oubliés ; sur une table à gauche, on voit une paire de ciseaux, une pelote de fil, une fiole et un plat, et par terre, à droite, un vaste baquet et un broc d’eau.

Mais ce qui est plus typique encore, c'est que, pendant que les femmes s'adonnent à ce travail matériel, les hommes, dont la présence est inutile, se sont dirigés vers la fenêtre, et là interrogent anxieuse-

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