ROLE DE L'ACIDE CHLORHYDRIQUE INGERE
L'étude que nous venons de faire nous a montré limportance du rôle joué par l'acide chlorhydrique physiologique dans les étapes stomacales puis intestinales de la digestion. Nous avons vu ensuile quels troubles souvent graves entrainail l'insuffisance de la sécrétion chlorhydrique.
Pour guérir celle insuffisance, deux méthodes thérapeutiques s'offrent à nous. Nous pouvons essaver. de réveiller la sécrétion stomacale en administrant divers excilants, ou bien suppléer à l'insuffisance de celte sécrétion en faisant absorber du sue gastrique artificiel ou extrait de Pestomac d'un autre
animal.
A quel groupe devons-nous rattacher le traitement des hypochlorhydries par l'acide chlorhydrique ? Pour certains, Lépine, Fournier, ce serait dans le premier : l'acide chlorhydrique ayant à leur avis une action excitante sur la sécrétion stomacale : pour d'autres, il serait mieux placé dans le second groupe. Encore Hayem fait-il à ce sujet certaines réserves et se demande-t-il si l'addition d'HCL au contenu stomacal dans le cours de la digestion lorsque cel acide paraît manquer, peut, comme semblent le croire beaucoup de médecins, remplacer l'HCL d'origine naturelle.
Nous sommes ainsi amenés à nous demander quelle est
lachon de l'acide. chlorhydrique ingéré. Nous devons tout d'abord avouer que l'accord est encore loin d'être fait et que nombreuses sont les contradictions et les divergences parmi celles émises par les auteurs qui se sont occupés de la ques-
lon.
Cerlains ont voulu que son action soit bienfaisante par ce seul fait que l'acide chlorhydrique ingéré avant d'arriver dans l'estomac se trouve en contact avec les muqueuses buccales el œsophagiennes. Tournier, en effet, voit dans ce passage Le pont de départ d'un réflexe excitant de la sécrétion gastique. Cette opinion mérite de n'être admise que sous les plus extrêmes réserves : en eflet, le&auteurs qui l'ont émise n ont apporté à son appui aucun lait, ni expérimental, ni clinique. Khigine, d'autre part, à prouvé par l'eXpérimentation que l'eau pure était, dans la production de ce réflexe. plus active que les solutions d'acide c hlorhydrique ou de suc gas-
lrique complet.
Une fois dans l'estomac, l'acide -chlorhydrique ingéré vail remplacer dans toutes ses fonctions l'acide chlorhydrique que ne sécrèle plus la glande gastrique ? C'est là un point discutable et discuté’ En effet, nous ne sommes plus ici exactement dans les conditions normales et l'acide chlorhydrique de la digestion naturelle agissant à l'étai naissant, on est en droit de penser qu'il doit être plus actif. Nous devons tout d'abord faire remarquer que, pour ce qui est de la digestion intestinale, l'équivalence des deux genres d'acide ne peut être mise en «doute, l'état particulier de l'acide naturel n'existe plus ici et ne peut par conséquent entrer en ligne de compte. D'ailleurs, nous sommes obligés d'avouer que la preuve de cette équivalence nous serait bien difficile à faire : A faut, en eflet, se rappeler que les expériences qui ont fait connaître
l'action d'HCI dans la digestion intestinale ont été faites en mettant la muqueuse duodéno-jéjunale en contact avec des solutions d'acide chlorhydrique artiliciel. Pour ce qui est au contraire de la comparaison entire les valeurs des deux agents dans la digestion stomacale (digestion des albuminoïdes, rôle moteur, rôle d'excitant de la sécrétion peptique), des expériences très précises ont été faites par Jaworski et par Gilbert Tous deux sont d'aecord pour conclure à légale valeur de l'acide chlorhydrique ingéré et de celui qui est sécrélé par les glandes gastriques. Jaworskv expérimentait en faisant absorber à des hommes sains et à des malades des solutions d'HCI et en étudiant leur chimisme stomacal. Gilbert étudiait la marche de la digestion chez des «hiens à fistule gastrique, chez lesquels il introduisait à la fois 200 grammes de viande
et 200 grammes d'une solution d'HCI à 8 grammes par litre.
Nous pouvons donc conclure de ces diverses considérations que, malgré les réserves d'Hayem on peut considérer l'acide chlorhydrique, thérapeutiquement introduit dans Îles voies digestives, comme suscepüble de suppléer à peu près complètement acide physiologique. Son emploi est donc partaitement logique, mais avant de le prescrire, il laut nous assurer que cet agent thé rapeutique ne présente pas de graves Imconvénients et, par exemple, qu'il n'exagère pas les symptômes douloureux ainsi que certains l'ont prétendu et que, d'autre. part, il n’a pas d'action fâcheuse sur l'état général, comme on Je lui a reproché. La première objection est facile à réluter et nous n’aurons qu'à rapporter les innombrables témoignages des auteurs qui ont prescrit l'acide chlorhydrique dans un grand nombre de cas, sans Jamais entendre les malades se plaindre du moindre malaise ; qu'il nous sullise de citer Jaworski, Ewald, Noorden, Max Loœwenthal, Hayem, Lépine,
ete. etc. Pour ce qui est du second reproche fait à l'acide
Pere chlorhydrique en particulier, il s'adresse à tous les acides. On a pensé que l'introduction des acides minéraux dans l’organisme, entraînait consécutivement une grande déperdition de bases. Cette objection ne pourrait amener quelque réserve dans Femploi de HCE que si les doses utiles atteignaient un chiffre élevé, mais dans le cas particulier, il ne saurait en être question el Rosenbach et Nothnagel ont pu montrer que LHC à doses thérapeutiques était sans effet nuisible sur l'état général. /
Voilà donc qui jushfie l'emploi de l'acide chlorhydrique dans le traitement des hypochlorhydries. Cet agent n’est pas nuisible, 1} peut suppléer à l'insuffisance de la sécrétion stomacale : ceci est bien établi. Mais, étant donné le-nombre considérable d'états différents dans lesquels on rencontre lé syndrome hypochlorhydrique, on peut se demander si le trailement est également mdiqué dans chacun d'eux. Nous répondons franchement out, mais avec les classiques, nous poserons deux contre-indications assez compréhensibles : 1° dans le cancer avec rétention, ce traitement ne peut être d'aucune ublté, l'hypochlorhydrie passe au second plan : ce qu'il importe de fraiter et d'essayer de faire disparaître, c’est la rélention. 2° Il est des cas où l'hypochlorhydrie se complique d'une hyperesthésie souvent très prononcée de la muqueuse stomacale. Dans ces cas, lingestion de l'acide provoque des crises douloureuses extrêmement pénibles, et d'autre part, la clinique montre que ses bons effets sont a!ors extrêmement atténués. Il est donc préférable de s'abstenir.