‹ L'acoustique, ou, Les phénomènes du sonChapitre 21 sur 24 · B ET SCIENCE. ^O · texte numérisé non relu

B ET SCIENCE. ^O

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de voir de quelle manière le célèbre artiste s'y est pris pour découvrir ce qu'il appelle le principe de l'harmonie,

« Je compris d*abord, dit-il, qu'il fallait suivre dans mes recherches le même ordre que les choses avaient entre elles ; et comme, selon toute apparence, on avait eu du chant avant que d'avoir eu de l'harmonie Je me demandai comment on était parvenu à obtenir du chant.

« Éclairé par la méthode de Descartes, que j'avais heureusement lue, et dont j'avais été frappé, je commençai par descendre en moi-même ; j'essayai des chants, à peu près comme un enfant qui s'exercerait à chanter ; j'examinai ce qui se passait dans mon esprit et dans mon organe, et il me sembla toujours (|u*il n'y avait rien du tout qui me déterminât, quand j'avais entonné un son, à entonner, entre la multitude de sons que je pouvais lui faire succéder, l'un plutôt que l'autre. Il y en avait, à la vérité, certains pour lesquels l'organe de la voix et mon oreille me paraissaient avoir de la prédilection, et ce fut là ma première perception ; mais cette prédilection me parut une affaire d'habitude. J'imaginai que dans un autre système de musique que le nôtre, avec une autre hnbitude de chant, la prédilection de Torgane et du sens aurait été pour un autre son ; et je conclus que puisque je ne trouvais en moimême aucune bonne raison pour justifier cette prédilection, et la regarder comme naturelle, je ne devais ni la prendre pour principe de mes recherches, ni même la supposer dans un autre homme qui n'aurait point J'habitude de chanter ou d'entendre du chant. »

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quinte et la tierce, ou les sons qui correspondent aux rapports de 2 à 3 et de 4 à 5. Mais cette simplicité de rapport ne lui paraît constituer qu'une sorte de convenance, insuffisante pour rendre raison d'un phénomène aussi net que celui qu'il s'agit d'expliquer.

« Je me mis, poursuit-il, à regarder autour de moi et à chercher dans la nature ce que je ne pouvais tirer de mon propre fond, ni aussi nettement, ni aussi sûrement que je le désirais. La recherche ne fut pas lonf^iie. Le premier son qui frappa mon oreille fut un trait de lumière. Je m'aperçus tout d'un coup qu'il n'était pas un, ou que l'impression qu'il faisait sur moi était composée; voilà, me dis-je sur-le-champ, la différence du bruit et du son. Toute cause qui produit sur mon oreille une impression une et simple, me fait entendre du bruit; toute cause qui produit sur mon oreille une impression composée de plusieurs autres, me fait entendre du son. J'appelai le son primitif ou générateur, son fondamental, ses concomitants, sons harmoniques. »

Il reconnaît ensuite que les sons harmoniques sont très-aigus et très- fugitifs, de sorte qu'ils ne doivent pas frapper également une oreille musicale et une oreille qui ne l'est pas. Enfin, il s'assure que le cortège du son fondamental se compose de sa douzième et de sa dixseptième, c'est-à-dire de l'octave de la quinte et de la double octave de la tierce majeure. Or, comme il sait par expérience, dit-il, que l'octave n'est qu'une réplique^ il trouve tout naturel que son organe et son imagination rabaissent les harmoniques à leurs moindres degrés, et qu'ainsi sa préoccupation s'est fixée sur la tierce et sur la quinte du son fondamental, et nop sur leurs répliques^ lorsqu'il a cVv^Tdcv^ X^'s» ^wv^ ^

SM L'ACOUSTIQUB.

l'oreille loi suggérait après le son fondamental. Aini, la résonnance multiple du corps sonore devient la bue sur laquelle s'élève le système musical. Rameau en déduit la formation de TécheUe diatonique et les principales règles de Tharmonie. Mais son imagination enbérante l'entratne plus tard jusqu'à vouloir tirer de la même source le principe de la géométrie, et c'est ici que d'Alemberty qui a eu le mérite de développer et de simplifier le système de Rameau, s'est vu dans l'eidi* gation de placer son veto et de circonscrire nettement la portée de la découverte du musicien. D'Alembeit n» cesse de répéter que la démonstration que Rameau pré* tend avoir donnée du principe de rharmonie n'en eit pas une, et qu'il entrera toujours dans la théorie d» phénomènes musicaux une sorte de métaphysique qui y porte son obscurité naturelle.

Le jugement de d' Alembert sur le système de Rameau prouve assez que l'illustre mathématicien en connaissait parfaitement les côtés faibles ou, pour mieux dire, rinsuffisance. En effet, il ne suffit point de dire que l'octave est une réplique, pour rendre compte du rôle capital que cet intervalle joue dans la musique ; et, d'un autre côté, le phénomène de la résonnance harmonique n'a point la généralité que Rameau lui attribue. Un grand nombre de corps sonores rendent, eft réalité, des sons simultanés parfaitement dissonants. Il n*est donc pas juste de poser en principe que les accords dérivent de la résonnance naturelle; et cela fût-il exact, rappelons-nous que dans la nature le laid prend tout autant de place que le beau ; en qui prouve qu'une chose peut être naturelle et désagréable.

U faut donc encore avouer que cette théorie manque 06 base ratîonueWe, ip\ù*^'^^ \v^^^\q^^ ^^ «i-

cune manière l'origine des dissonances. Néanmoins, on est frappé d'admiration en voyant ce que Rameau a su tirer de données si incomplètes, et on peut dire, sans crainte d'exagérer, qu'il a inauguré une ère nouvelle dans la théorie de la musique.

Le célèbre Tartini publia, en 1754, un traité d'harmonie dans lequel il prit pour point de départ les sons résultants^ qu'il croyait avoir découverts : il les avait observés lorsqu'il jouait sur deux cordes à la fois. Tartini appelle les sons de la série 1, 2, 5... les monades harmoniques j du concours desquelles résulte un son ; toute l'harmonie, dit-il, est comprise entre la monade, ou l'unité composante, et le son plein, ou l'unité composée. Il énumère ensuite les sons résultants des intervalles musicaux, en se trompant toujours d'octave, et il trouve qu'on peut ranger les divers intervalles, de manière qu'ils donnent tous le même son résultant, que Ton peut dès lors considérer comme leur base commune, etc., etc.

Depuis ce temps, la théorie de la musique ne sortait pas d'un cercle d'idées complètement étrangères à la physique et à la physiologie ; le plus souvent les auteurs de systèmes s'égaraient dans de véritables spéculations mystiques. Le philosophe allemand Herbart n'a pas été le moins loin dans celte voie. Pour lui, deux sons quelconques éveillent toujours dans l'esprit deux idées qui exercent l'une sur l'autre à la fois une attraction et une répulsion. Dans l'âme de la quinte, la haine vient de terrasser l'amour ; dans la tierce majeure, les deux puissances s'observent dans une neutralité armée. La conclusion la plus curieuse, c'est que la gamme tempérée est celle qui satisfait le plus une oreille musicale I et dire que c'est Herbart qui a le ^ie.m^\ ^^^^^

914 L'A€OUSTl«Dfi.

dé poser les fondements d'une («ychdogie niathéoir tiqae. II était, en outre, lui-méiBê trèt-bon n^nnciak

Les Traités d'harmonie qui, de nos jonr^ servent d» base à l'cnsèignonent mnsÎGal, ne &*0Gcapent pas d'apliquer les effets des combinaisons que Tusage a osBNr crées. Ils posent en prindpe qu'il emste eQtra les sooi des affinités^ des attractions et des répnlsioos que l'o* reille constate et dont le musicien doit tirer parti.

En i 863f parut en Allemagne un livre qui fit immidiatement une très-grande sensation. C*est la Thécfkdê la pereeptUm des sons, d'Helmholla^ L'auteur ramiDi enfin à des phénomènes physiques, susceptibles d'Mn soumis au calcul, les rapports secrets de sympathisât d'antipathie qui existent entre les sons naturels, et dévoilÎB h cause des sensations qu'ils nous font éprounr.

H. Helmholtz est professeur de physiologie à Puni- ▼ersité de Heidelberg, qui possède aussi Kirchhoff et Bunsen. Déjà illustre par les découvertes dont il a enrichi l'optique physiologique — c'est à lui que l'on doit rophlhalmoscope — et par d'autres travaux hors ligne, il était rhomme qu'il fnllait pour trouver la réponse à une énigme vieille de deux mille ans.

Nous avons déjà parlé en détail des recherches auxquelles M. Helmholtz s'est livré pour pénétrer la véritable nature du timbre ; nous avons mentionné ses expériences sur les battements et les sons résultants. C'est là qu'il a découvert la clef de Tharmonie, le véritable pnncipe des consonnances et des dissonances.

Essayons de comprendre ses ingénieux arguments, et occupons-nous d'abord des battements. La sensation désagréable qu'ils nous font éprouver s'explique aisé-

' Théorie p/ii/stologique de la musique « car H. Helmholtz, Iradoiten 'nçaûpar G. GuérouU.Pana, \^%.^.>l»saw\^\.T^%»

ment. Toute excitation intermittente d'un nerf nous fatigue. On sait combien est désagréable une lumière tremblotante, comme celle d'une flamme agitée par le vent. Une lumière forte, mais tranquille, émoussebien* Ui l'irritabilité de la rétine, comme une pression continue engourdit la peau ; un éclairage intermittent, une pression rapide et souvent répétée, permettent au contraire aux nerfs de reprendre incessamment leur sensibilité primitive et deviennent, pour cette raison, une source de souffrance. Le chatouillement surexcite l'épi derme. De même, un son intermittent irrite l'oreille, et c'est pour cela que les battements sont un principe de dissonance, comme Sauveur l'avait déjà deviné.

En étudiant les battements, M. Helmholtz a d'abord constaté que le degré de raucité qu'ils donnent à un intervalle musical ne dépend pas uniquement de leur fréquence; ils deviennent moins irritants dans les octaves basses, où le même nombre de battements correspond à un intervalle plus large. Ainsi, la seconde mineure ^^ ut^ est très-dissonante, tandis que la quinte ut sol est une consonnance, et pourtant ces deux intervalles donnent l'un comme l'autre 53 battements par seconde. Cette circonstance s'explique par l'écartement plus grand des fibres qui répondent à un intervalle plus large ; le sol n'agit plus sur la fibre accordée pour ut^ eiVut n'ébranle plus la fibre sol^ d'où il suit que la résonnancc est ici impuissante à réunir les deux notes dans la même fibre et à y faire naître des battements. Au contraire, les notes si et ut font résonner un grand nombre de fibres en commun, ce qui fait que leurs battements deviennent sensibles pour le nerf acoustique.

Quand on observe des battements avec deux sons dont rintervaJJe est très-grand, le çhéuomauft ^«»l d4 ^mj

MmI Vkitrmufmt iaUt^iatém IJÊÊknmm ih — É ■■ pet ffifmtmi^'^ Umryïïimsoet e ipli quc h ih i thi dsMV d« b IriMMpdie <.a des Ton de Ihhk fbreées.

Oiitfid iJetff «Mii, d'an timbre qodconqoe, sont iftMiiâ^fu^ui à IVictaTe, les hannoniques du plus aigu se MÈiH'T\p4pn4'Mi ctiacun â un liarmonique du plus grave.

IT, *i i 6 8 10 ...

7W /^/g lO/g fi/, )/U'g «(>/, /O);, f/^4 r^4 ?l?f4

IIpn Ioi'n pliiN (le Imlleincnts ; mais pour peu que l'acnird Nn inuilild, nous on sommes avertis par un grand vnnu'ino (|tio produiMont les harmoniques dédoublés. I.'m/, Iwillni iivrr Tu/, «Itéré, Itt/javee Vut^ faux, et ainsi do Miiilp. Voilù pourquoi roolavc est l'intervalle consou- \\i\\\\ \u\v ovooUonvo. ol colui dont Toreille apprécie la ju?«los>o ihtv lo plus tioMhx'U\ Les battements rirtuels ^^1 t^>oiUuolii di\H iittraiouiquo^ le caractérisent par leur

l)ik%\ io pU\» Kv^vt v\^v>^>v\ ^ XxiXûlV ^>a^tâi Qar

une grande cacophonie. Les autres consonnances sont bien moins caractérisées, comme on va voir. Prenons la douzième 1 : 5 ; voici l'ordre des deux tortéges :

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