‹ L'acrobate: comédie en un acte, en proseChapitre 19 sur 21 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

JEANNE, M. DE SOLIS, tenant un portefeuille.

SOLIS

Le temps nous presse... vous ne veniez pas>.. mo voici.

SCENK XI 23

JEANNE

Pardon... j'allais vous rejoindre.

SOLIS, jetant un regard vers la porte du fond.

Vous êtes seule ?

JËANNfi.

Oui.

SOLIS

C'est regrettable, car il eût mieux valu terminer tout sans retard, et vous n'entendez rien aux affaires... Enfin, vous ferejs examinercela le plus tôt possible, je vous prie. (Jeanne répond oui d'un sîgne de tôte.) Une SGule question maintenant, si vous me la permettez. Puis-je savoir dans quel pays vous avez décidé de fixer votre résidence ?

Nous ne part... je ne pars pas.

SOLIS

Abl

JEANNE

Je me retire chez ma mère.

SOLIS

J'avais espéré que vous auriez plus d'égard à mes conseils, à ma prière.

JEANNE, péniblement, se russeyaDt.

Je Faurais voulu.

SOLIS

Ah! très-bien!... (a demi-voii, comme à lui-même.) Oui, naturellement. — En ce cas, c'est moi qui partirai, voilà tout... Et qu'est-ce que vous aliez lui dire, à votre mère?

JEANNE , accablée.

Je ne sais pas.

SOLIS

Voulez-vous que je la prévienne? que je lui parle d*abord

Oh! soyez tranquille... je n'aggraverai rien... au contraire... j'atténuerai... ou plutôt je dirai la vérité... Je dirai que votre faute, impardonnable aux yeux d'un mari, ne l'est pas aux yeux d'une mère.

JEANNE, à Yoix basse.

Vous avez pitié de moi.

SOLIS, après un court silence d'émotion reprend arec fermeté.

J'ai pitié de votre mère, et je veux l'épargner : de plus je désire couper court à une situation impossible... Votre mcre prévenue, vous pourrez immédiatement quitter cette maison, et tout sera fini.

JEANNE, doucement.

Je comprends que vous ayez hâte d'être délivré de moi.

SOLIS

Oui, Jeanne... Dieu sait que je n'ai pas cherché ce moment... je n'ai pas provoqué ce désastre, mais si affreux qu'il soit, j'avoue que j'y trouve encore quelque consolation. Il me délivre, comme vous dites, d'une existence qui n'était pas un . supplice pour vous seule. Il est dur, je vous l'atteste, pour un galant homme, de voir sans cesse pendant des années les meilleures, les plus dignes inspirations de .sa raison et de son cœur méconnues, dédaignées, repoussées presque comme des outrages I

JEANNE

Des outrages, non, hélas!... mais...

SOLIS, aTec forte.

Que vouliez-vous de moi? x\bl... je le savais, allez î... Vous vouliez, vous attendiez de votre mari les sentiments romanesques, les ivresses dramatiques, dont les conversations du monde, les livres, le théâtre remplissent et enflanlment l'imagination des femmes..., si bien qu'elles finissent par en faire le fond et le but même de l'existence! Eh bien, non, cetamour-là je ne vous l'ai pas, 'tienne... je m'en serais bien gardé... et je

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