SCÈNE XI
vais.vous dire pourquoi d'un mol. C'est que le mariage n'est pas une aventure galante I... c'est qu'il vit et qu'il dure par des sentiments d'un autre ordre, par des émotions plus vraies, plus saines et moins fugitives... C'est que je vous aimais comme ma femme, et non comme ma maîtresse!... Comprenez-vous ?
JEANNE
Oui.
SOLIS
Il fîiut — cela est certain!... qu'une honnôîe femme renonce aux joies... des autres! On ne peut tout avoir!... Est-ce qu'il s'agit d'ailleurs de vous condamner à une via d'austère devoir, où votre cœur n'ait rien à dire, rien à entendre I de vous résigner à vivre sans aimer, sansôtre aimée?... Quoi I un homme vous choisit entre toutes pour vous confier son nom, son foyer, son honneur... il vous livre toute sa destinée, c'est par vous seule qu'il veut à jamais être heureux ou misérable, honoré ou flétri..., toutes les choses de son cœur et de son intelligence, les secrets de sa pensée, son courage, ses défaillances... tout vous appartient, si vous le voulez... Tout ce qu'il a de plus intime, de plus cher, de plus sacré, il le met dans vos faibles mains!... Et vous n'êtes pas aimées!... Il vous faut autre chose!... Eh bien! vous l'avez trouvé... soyez heureuse!
JEANNE
Ah! que ne m'avez-vous parlé une fois, une seule fois, comme vous le faites!
SOLIS
Vingt fois, je l'ai essayé... Vous n'avez pas voulu m'entendre... Ma fierté s'est lassée. — Malgré tout, Jeanne, ma dernière parole ne sera pas une parole de colère... Vous êtes une enfant qui brisez ma vie, mais que j'ai aimée... Eh bien, puissiez-vous ne pas reconnaître trop tôt tout ce qu'il y a de faux, d'égoïste, de fragile dans les sentiments que vous arez préféré? aux miens!
JEANNE, avec une explosion de. douleur.
Ohî VOUS êtes déjà vengé, soyez tranquille!
SOLIS, après ravoir regardée arec un étonnement douloureux.
Alors, nous sommes bien malheureux tous deux. Adieu 1
JEANNE, avec désespoir.
N'y a-t-il donc plus rien de possible, dites ?
SOLIS, près de sortir, se retourne :
C'est VOUS que j'en fais juge, Jeanne : vous êtes franche et fière... Répondez I — Si je vous ouvrais mes bras, quand je viens de vous voir dans ceux d'un autre, que penseriez-vous
de moi? (sue baisse la tôte et ne répond pas.) VouS avez jUgé.
Adieu.
JEANNE , éperdument, tombant h genoux.
Eh bien! soyez juge à votre tour!... vous savez tout... Je suis bien coupable... mais si votre adieu veut dire jamais, n'est-ce pas vraiment trop?
Ah! s'il ne fallait que pardonner... le pardon dépend de moi! Mais il faut oublier... et l'oubli dépend... du temps... et de vousl — Adieu ! (n sort.)
JEANNE , ardemment î^ travers ses larmes, lui envoyant un baiser de la main.
Merci. (Elle retombe épuisée sur le canapé, et pleure.)