SCÈNE II
JEANNE, avec une Indignation contenu*.
Oh î mon Dieu! en ce qui vous concerne, j'en suis persuadée... Mais n'est-il pas possible que vous formiez vousmême dans votre sexe une exception plus rare encore que cet admirable acrobate, et que tous les hommes n'aient pas lo même empire que vous sur leurs passions ?. . . qu'ils ne possèdent pas tous au même degré que vous l'art de régler agréablement les mouvements de leur cœur, de les modérera leur gré et à leur aise, — et même de les supprimer tout à fait, ce qui est infiniment plus commode... Je suis un peu neuve dans la vie et fort inexpérimentée..., mais il me semble que cette manière tranquille et confortable d'aimer n'est pas de nature à susciter ces grandes passions si dévouées et si héroïques dont vous reconnaissez la vertu... et je me permets de croire que s'il y a des femmes pour éprouver de tels sentiments, c'est qu'il y a des hommes pour les mériter.
s L I s , se levant et passant è gauche.
Pour les inspirer... oui, hélas! — pour les mériter, non. Mais quant k moi, je ne sais véritablement pas pourquoi vous me mettez en cause, c'est une personnalité gratuite. Nous parlons des amoureux, des amants... Moi je suis marié... (n s'incline arec courtoisie devant sa femme. ) coschoses-là ne me regardent plus.
JEANNE
Je ne comprends pas.
s L I s , froidement.
C'est fâcheux... Mais il faut que je vous quitte, ma chère... Ahl dites-moi, vous voyez quelquefois dans le monde votre cousin de Nôville, depuis son retour?
JEANNE
Ouj... je l'ai rencontré au bal ces jours-ci.
Ayez donc la bonté, si vous y pensez, de m'excuser auprès de lui... Je lui dois une visite, et je suis très en retard... J'ai
été si occupé...; mais je passerai chez lui un de ces matins.., II ne retourne pas à Florence, n'est-ce pas?
JEANNE
Non, il est attaché à Paris.
SOLIS
Ah! très-bien... cela me donne de la marge... A demain... Mes respects à votre mère.
JEANNE
A demain. (Il lort par le fond).