‹ L'acrobate: comédie en un acte, en proseChapitre 8 sur 21 · JEANNE, GASTON · texte numérisé non relu

JEANNE, GASTON

JE ANNE , qui a repris sa place sur le canapé h droite.

J'espérais ne pas vous voir.

GASTON

Quel accueil!... Pourquoi?... Que s'est-il passé?

SCfcNE IV 7

JEANNE

Mon mari sort d'ici.

fiASTON.

Je sais.

JEANNE

II est rentré ce soir, contre son Iiabitude... Il m'a tenu un langage singulier... Je suis tourmentée, inquiète... je vous supplie de vous retirer.

GASTON

Ma chère cousine, permeltez-moi de vous dire que je ne comprends pas votre inquiétude... Je viens vous faire une visite.... Est-ce que vous ne pouvez pas me recevoir comme tout le monde... et même plutôt que tout le monde.... en ma qualité de parent et de très-ancienne connaissance?

JEANNE

Sans doute.... mais cette malheureuse invention.... pour vous dire que j'étais seule... Ces lumières, ce signal... hier dans rélourdissement du bal, cela m'avait paru une simple espièglerie comme du temps de notre jeunesse... Mais je vois maintenant combien cela donne une apparence mauvaise... Dieu sait pourtant si elle est justifiée I Car ce que je voulais vous dire dans ce mystérieux tôte-à-téte, en vérité mon mari pourrait Ten tendre l

GASTON

Je ne me suis pas flatté, ma cousine... J'ai toujours pensé que je venais ce soir à un rendez-vous... d'amitié, (n s'asseoit

sur nne chaise, à gauche).

JEANNE

Vous en serez encore mieux convaincu quand vous partirez. — Je vais vous parler avec une grande franchise, Gaston : cet entretien, ce tôte-à-tôte, je vous l'aurais demandé, si vous né m'aviez prévenue. Nos conversations rapides à travers le monde ne pouvaient suffire à nous bien rendre comple l'un à

Tautre de notre situation mutuelle, à bien établir le caractère des relations qui doivent exister entre nous... s'il doit en exister.

GASTON

S'il doit en exister?

i JEANNE.

Oui,, et celte explication m'a paru d'autant plus nécessaire que vous sembliez vous-même assez incertain des termes dans lesquels vous devez vivre avec moi, si j'en juge par quelques nuances de votre langage, qui je vous Tavoue, ne m'ont pas plu.

GASTON

Vous n'avez qu'à me signaler ces nuances, ma cousine, pour qu'elles disparaissent à jamais. — .Mais je vous supplie de comprendre le trouble d'esprit que j'ai dû éprouver en vous revoyant... (sur un geste de Jeanne.) Pardon, je ne dis qu'une chose fort simple... Quand on m'a envoyé à Florence il y a trois ans, nous étions grands amis, n'est-il pas vrai ?... Camarades d'enfance et de jeunesse, habitués à une intimité de chaque jour pfeine de confiance et d'abandon ?... Je reviens, je vous retrouve mariée... C'est un changement terrible. . (S'incunant.) pour moi I — et il cst naturel qu'en votre présence — sur un terrain si nouveau, je me trouve. (D'une voit altérée.) Comment dirai-je?... Dépaysé I

JEANNE, un peu ironique.

Oui... ehl bien, c'est précisément cet embarras, très-compréhensible, que je désire faire cesser. — C'est bien facile si TOUS le voulez... Vous étiez autrefois mon ami, disiez-vous... liestez-le.

GASTON

Oh! de très-grand cœur, je vous assure.

JEANNE

Oui, mais comprenez-moi bien... Je nevoispasen effetqu'uno amitié qui était permise à une jeune fille doive être interdite à une femme. Je suis donc toute disposée à renouveler celle qui nous liait autrefois; elle me serait aujourd'hui encore très-

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