‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 101 sur 138 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

aux foiiilies ' ne la remarquèrent pas davantage. Lorsqu'un rragment est mis au jour, Faction de Pair Élit disparattre, d'ordinaire, les couleurs que rhumidité de la teri>e avait conservées. Il serait assez étrange qu'elle fit revivre celles qui avaient disparu.

Une quatrième Victoire, moins complète que les autres, se présente de profil, et rappelle, par sa pose, la Victoire des monnaies béotiennes. Droite et calme, elle étend' son bras mutilé comme si elle avait présenté une couronne. Un voile léger, mais cbaste, dessine ses formes pleines de Fermeté. Les plis tournent sur la hanche, serrés entre les deux jambes, dont l'une fléchit gracieusement. Il y a dans cette sculpture plus de simplicité que dans les précédentes; un goût sévère lui donnera peut-être la préférence.

Je ne décris point les fragments plus petits qu'on a trouvés encore, des ailes, des membres nus ou drapés, des ornements : ici, une épaule percée de trous réguliei^s pour recevoir un ajuste-

^ M. Pittakifl, conservateur des antiquités d^Âthènes, qui ignore, du reste, quand cette peinture parut pour la première fois.

Il est bon de faire remarquer que les artistes de tous les pays passent des journées entières, des mois, dans FAcropole, dessinant, peignant, mesurant les ruines à leur aise. Les sculptures ne sont point enfermées, m^iis réunies dans la cella ouverte et toujours accessible du petit temple.

ment de métal ; là, les pieds croisés d'une Femme assise, ou bien un autre pied qui s'est posé sur un rocher (l'Acropole?); plus loin, un sein sur lequel des bandelettes croisées serrent la tunique, comme dans les statues de Diane. Partout de lart, de la variété, de la délicatesse, mais partout aussi la plus complète obscurité.

Ces Victoires qui s'envolent , arrivent , se posent sur l'Acropole, délient leurs sandales, sont levées, sont assises, tendent des couronnés, représententelles un seul mytbe, une seule action ? Ou bien ac« courent-elles des difTérents points du monde et viennent-elles se ranger autour de la grande Victoire, de Minerve, dont elles sont les messagères? Quand le peuple athénien monte l'escalier des Piopylées, lui disegt-elles par leur pose allégorique, par des inscriptions^ ou par la seule force de la tradition : « Je suis Marathon, je suis Sala- « mine, je suis l'Eurymédon ; je viens de Thrace, a je viens de Leshos, je viens de Sphactérie. » Flatteurs muets, que Ton imitait moins éloquemment à la tribune du Pnyx.

Que cette balustrade soit postérieure au temple lui-même, c'est ce dont on se convaincra Facile* ment, en comparant ses sculptures avec celles de

* C'est ainsi que, dans la Lesclié de Delphes, Polygoote avait écrit le nom de chacun des personnages de ses tableaux. (Paus. , P/iac., XXV, XXVL)

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la frise ; non-seulement le style, mais le principe même en est tout différent. Autant que nous pouvons nous faire une idée des époques de l'art grec et de la manière de ses grandes écoles, les Victoires sont plus près du siècle de Lysippeque du siècle de Phidias. Aussi l'opinion de M. Ross' n'a-t-elle rien d'invraisemblable. Il croit que cette décoration fut ajoutée par l'orateur Lycurgue ^, ce grand administrateur qui s'était proposé Périclès comme modèle, qui amassa dans le trésor public six mille cinq cents talents de plus(|tie lui et enrichit Athènes de monuments et d'œuvres d'art de toute sorte.

Il est également impossible de déterminer avec certitude IVpoque à laquelle le temple de la Victoire a été construit.

On (iait que son emplacement était consacré par une antique tradition : « La mer, » dit Pausanias ^, (c se découvre de cet endroit, et c'est de là n qu'Egée se précipita, lorsqu'il aperçut les voiles « noiresdu vaisseauqui revenait de Crète. » D'autre part, la statue de la Victoire était en bois S c'est--

* Auxoupya) $i iicopia^ fA£v rci^avTs U ^0 ârjjA^ffiov iccvroxooioiç irXetova xal é^axid^iXioiç ^ foa nepixXv); auvi^y^T*' (^'^ ^^'^' dix Orateurs, etPaus., j4ti,, XXIX. )

3^rr.,XXII.

4 f'o/. Suidas, Harpocrat., Photius, Nixtj 'A6T)v3t.

Wi L'ACROPOLE D'ATHÈNES.

à-dire Tort ancienDe, comme toutes les statues de ce genre; les auteui*s manquent rarement à nous en avertir '. En conclure qu'il y a eu un temple avant les guerres médiques, que ce temple a été détruit par Xerxès, et en voir les restes dans quelques fragments d'ordre ionique trouvés audessous des Propylées, c'est ce que chacun est libre de faire, suivant sa fantaisie ; mais cela jeN terait peu de lumière sur Torigine du monument actuel.

Les observations suivantes, au contraire, disposent à le croire antérieur à la construction des Propylées:

[^ Le silence de Plutarque, qui énumère et loue si longuement les travaux de Périclès —

2^ La situation de la terrasse qui supporte le temple; elle est unie au mur d'enceinte dont un. de ses côtés n'est que le prolongement : c'est le mur qui regarde le midi et qui fut construit par Cimon —

3^ Les traces de remaniement qu'offre cette terrasse, au-dessous de l'escalier des Propylées: on dirait qu'on l'a taillée et réduite pour l'amener à l'alignement général, et que d'un rectangle on en a fait un trapèze; les assises du bas, en effet, par leurs saillies inégales et leur rudesse, ressem-

* FoycT, le Jupit Olymp. par Quatremère de Quincy, p. i5— 18.

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bleni singulièrement à l'intérieur d'un massif de maçonnerie qu'on aurait mis à découvert.

4^ L'affleurement des degrés du temple au nord et à l'est avec les bords de la plate-forme, tandis que du côté opposé il reste un espace libre. Il y a là quelque chose d'étroit, de gêné : on semble avoir réduit la terrasse jusqu'à la dernière limite, pour la faire rentrer dans le plan général.

5^ La disposition du petit temple, qui se présente obliquement sur la façade des Propylées. Tout en l'ouvrant vers l'orient, on eût pu le tourner un peu plus vers le nord et le rendre perpendiculaire au grand édifice qu'il précédait. L'orientation des temples n'était pas déterminée par des procédés très-rigoureux. Le Parihénon en fournit la preuve; car son axe fait avec Test un angle plus écarté que l'axe du temple de la Victoire, et celui-ci s'en écarte déjà lui-même. Ou l'architecte des Propylées a cherché cette irrégularité, ou le monument était plus anciennement construit.

6^ L'inégale largeur des deux ailes des Propylées, qui semblerait s'accommoder aux exigences de constructionsantérieures, c'est-à-dire du temple et de sa plate-forme.

7® Une statue d'Alcamènes ' , qui était placée auprès du temple de la Victoire : c'était une Hécate

à trois corps qu'on appelait YHécate de la Tet^ rosse. Àlcaitiènes était contemporain de Phidias '; mais, comme une statue est chose éminemment meubie, je ne puis guère tirer parti de ce fait.

J'avoue que toutes ces remarques, prises isolée meni, n'ont qu'une faible portée ; réunies, elles se fortifient l'une par l'autre et concourent à former, non pas une preuve, mais une probabilité. Du moment qu*on ne peut attribuer un monument à Périclès, on se reporte naturellement au temps de Cimon. Lui aussi avait la passion des arts; lui aussi embellit Athènes de temples, de portiques, de jardins ; seulement il ne les payait pas avec l'argent des alliés, mais avec les dépouilles des Perses. C'est Cimon qui a donné l'impulsion à ce grand siècle que remplit injustement un seul nom. Précisément il fit construire la muraille qui regarde le midi ^, et l'on sait par un écrivain latin ^ qu'il ne fortiGa pas seulement cette partie , de TAcropole, mais qu'il l'orna.

jxfva dXXiiXotç, *^v "AOtivaîoi xaXoûaiv 'EirncupYiîiav fotiïxe os icatpà TY)? àitrepou Nixr,ç t^v vaov. ( Paus., Corinth.^ XXX. )

« 'AXxafAsvouç ÂvûfKK ijXixiavw xatài^eiîtav..... (Pans., J?//V/., ly chap. 10.)

11 y a à Rome, au musée du Capitole, une petite statue tn bronze qui représente une Hécate comme celle d'Alcamènes.

» Plut., Vie de Cimon,

^ « His ex manubiis Athenarum arx, qua ad meridiem ver- « gil, est ornata, » (Corn. Nép., Cimon, a.)

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Enfin, IVxamen du lemple lui-même fournit encore quelques indices. La frise rappelle la frise orientale du temple ^e Thésée ' par son style, par son fort relief et par certaines parties de la composition qui sont presque semblables. On retrouve au-dessus du pronaos ces figures debout ou assises, aux poses calmes, aux belles draperies, ces groupes de combattants, au contraire si animés, que l'on .admire sur l'entablement du lemple de la Victoire. D'en bas, les sculptures du lemple de Thésée, noircies et mulilées, se distinguent mal ; mais, de près, on est frappé de leur beauté et de leur air de famille. Cette perfection n'a rien d'étonnant, puisque Cimon ne précéda Périclès que de quelques années. Je me suis toujours figuré reconnaître dans ces deux ouvrages la même école, j'allais dire la même main.

Pour le caractère de Farchiteclure, la conformité du temple de la Victoire avec l'ordre intérieur des Propylées m'inspirerait de grands scrupules, si je ne voyais le dorique du temple de Thésée reproduit minutieusement par le dorique du Parthénon. Il est naturel que, dans l'crdre ionique également, les formes, les lignes, les moindres ornements, fussent fixés par la tradition. C'était à la recherche de l'idéal dans les propor-

■ Que Ton attribue avec raison à Cimon. (Voy. I^eake, 7opogr. of Aih.^ Appendix IX , p. 498.)

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lions et de la perfecrioii dans les détails que s^appli* quaient la science et le génie des architectes. Aussi distinguons-nous, avec raison, les époques de Tart dorique par Téclielle des proportions, depuis la pesanteur jusqu'à la légèreté, et par les nuances des détails, de|)uis la rudesse jusqu'à une délicatesse efTéminée. Mais, si ces progrès sont faciles à suivre sur vingt-cinq à trente temples doriques qui restent encore en Grèce, en Sicile et en Grande-Grèce, il n'en est pas de même de Tordre ionique, qui a laissé peu de traces, et qu'Athènes seule ofTre à son apogée.

Faute de données, l'analogie pourrait faire croire les colonnes de la Victoire plus anciennes, parce que le rapport entre leur hauteur et leur diamètre est plus fort, les cannelures plus profondes, les caissons des plafonds trop petits et semblables à ceux du temple de Thésée. Le trait le plus décisif, c'est que le temple de la Victoire, quoique semblable à l'ionique des Propylées, en est bien loin par le sentiment et par le fini d'exécution.

La terrasse qui sert de soubassement au temple est en pieri*e; mais du côté des Propylées, elle se termine par une corniche de marbre blanc , et des trous régulièrement disposés sur trois rangs, dans toute la hauteur, servaient vraisemblablement à sceller le revêtement de marbre qui se raccordait avec la corniche.

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Du côté de roiiest, dans l'épaisseur ^u mur, deux niches sont ménagées, d'inégale profondeur, séparées par un pilier isolé du mur'.

Lorsque M. Leake vit l'Acropole, ces niches étaient murées, car les Turcs croyaient que l'intérieur du massif était rempli de sable', et qu'en cas de siège il suffisait de les ouvrir pour que le sable s'écoulât et découvrit une entrée dans la citadelle.

C'est probablement cette idée qui a fait imaginer à M. Leake^ un sanctuaire souterrain, où étaient honorées en commun deux divinités, chacune avec sa porte particulière, la Terre nour* rice et Cérès verdoyante. On dégagea plus lard ces prétendues portes, et l'on ne trouva que deux niches où il va place à peine pour un autel ou une statue.

Néanmoins on continua^ à les regarder comme consacrées à Cérès et ix la Terre, peut-être parce

' Elles ont a met. 3a cent, de hauteur. Celle du nord a I nièl. 18 cent, de largeur, i met. 22 cent, de profondeur; celle du midi a i met. 3i cent, de profondeur, 1 met. 67 cent, de largeur.

* Die Akropolisy p. 4» noie a6.

^ « At the foot of the wall are two doors conducting into a « small grotto or excavaled chamber. This chamber is proba- « bly the adytum of Ceres and Tetlus» The two doorsaie well K appropriated to the two deities. » (P. 3o3.)

* Ross, Hausen et Schaubert , p. 4 ; M. Raoïil-Rochette,

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qu'il vs^ut mieux donner un nom , même sans preuves, à un Heu antique, que de le laisser obscur et sans intérêt. Moi aussi, je suis tout dispose à croire qu'un tombeau inconnu à Sparle est celui de Léonidas , à Syracuse celui d'Arcliimède, à Naples celui de Virgile. Quand la science n a pu arracher à une ruine son secret, qu'elle l'abandonne à riraagination populaire, qui la pare de poétiques souvenirs! Mais la Terre nouirice et Cérès verdoyante ne sont point des noms si célèbres, deux niches dans un mur ne captivent point si souvent l'attention du voyageur, que je ne puisse faire remarquer combien les témoignages anciens se prêtent peu aux idées reçues.

Pausanias d'abord , en montant à la citadelle, énumère les temples qu'il rencontre sur sa route, celui d'Ësculape, le tombeau d'Hippolyte, les statues de Vénus populaire et de la Séduction, enfin le temple de la Terre nourrice et de Cérès Chloé'. Soudain il commence :c(T^ citadelle n'a qu'une entrée et n'en souffre point d'autre, étant escarpée de toutes parts. » A moins de s'écrier : c( J'entre dans l'Acropole! » peut-il indiquer plus clairement que les monuments qu'il vient de décrire sont en dehors?

liîémoire du a mai 1840, p. 7 ; M. Pittakis, VAncirn/te Athènes ^ p. a3o.

«Chap.XXII.

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