CHAPITRE IX. i
qui frappe, parce qu'elle a voulu frapper, et uu charme d'autant plus puissant qu'il a vie plus cherché. L'artiste a rêvé, sous des voiles transparents % un beau corps dont les formes pures se dessinent, s'accusent, se révèlent, en paraissant se cacher, mélange de volupté et de pudeur. Il a voulu traduire celte illusion sur le marbre. — Eh bien ! il a admirablement réussi. Dès lors, la re* cherche est devenue un art infini et une grâce idéale. Ce n'est plus la grande école de Phidias ; mais la beauté n'a-t-elle qu'un principe et qu'un moule, dans la nature comme dans l'art ? Après la Vénus de Milo, la Vénus de Médicis n'est-elle pas aussi un chef-d'œuvre ?
La tête de la Victoire à la Sandale a élé brisée. Au-dessus du cou, on voit peintes en rouge sur le fond uni deux ou trois petites boucles de cheveux. Quelque partisan que je sois de la couleur, quelque persuadé de Texistence de la couleur sur la chevelure de 'certains antiques ^, j'ai toujours
< Le pendant de cette Victoire, bien {>ropre à montrer comment le même principe mène à des résultats différente, ce sont ces étranges statues des élèves du Bemin, qui remplissent une chapelle de Naples , Santa-Maria délia Pietà de' Sangii : la Pudeur sous un linge mouillé, le Christ dans son linceul, le yice dans nn filet.
* I.«es filles de Balbus avaient les cheveux dorés; la Vénus de Médicis les avait peints en ronge.
tenu pour suspectes ces trace» si nettes et si spi^ rituellement placées. La couleur antique, appliquée à Tencaustique sur les surfaces lisses, forme un enduit, une croûte légère : c'est ainsi qu'on la retrouve constamment. Ici, au contraire, il n'y a* qu'un coup de pinceau rapide, une teinte passée sur le marbre, inégale et laissant dans l'épaisseur même de la ligne des parties blanches. Je ne critique point le dessin, par égard pour son auteur encore vivant, peut-être. Mais n'est-ce pas un prodige, quand les couleurs des autres bas-reliefs et du temple tout entier ont disparu, qu'il soit resté en un seul endroit lisse, c'est-à-dire plus exposé qu'un autre, non pas quelques points, non pas quelques parcelles colorées, mais des traits suivis, précis, que vingt-quatre siècles n'ont pas altérés? Ces raisonnements sont inutiles, au reste; les faits parlent plus éioquemment. MM. Ross, Schaubert et Hansen, qui découvrirent euxmêmes ce bas-relief, dans la description ' qu'ils en donnent, ne parlent pas de cette couleur si visible; eux pourtant qui regrettent de n'en avoir trouvé ni sur le temple, ni sur la frise, qui sont des partisans si convaincus de la polychromie et qui en ont cherché minutieusement la preuve sur chaque pierre du monument. Ceux qui assistèrent
* P. i4ei i8.