CHAPITRE XIII
tard d'un dallage régulier cette surface grossière. Il eût fallu une préparation nouvelle qui n^eût pas manqué de laisser des traces.
Le nombre des statues que signale Pausanias sur cette première partie de la route, est assez restreint. Après celles qui étaient adossées aux colonnes du Propylée intérieur et précédaient Minerve Hygiée, je n'en vois que trois. Je les ai déjà citées : Minerve châtiant Marsyas, Conon et son fils Timotbée. Une quatrième, voisine de ces dernières, si je comprends bien les expressions de Pausanias, c'était la Terre suppliant Jupiter de lui accorder de la pluie ^ La même idée est exprimée par le poète latin ^. Seulement, l'union qu'il voit souvent réalisée sous l'heureux climat de l'Italie, la pauvre et sèche Âttique l'implore pendant des étés entiers.
Ce sujet, que nous ti*aiterions de froide allégorie, prend sur l'Acropole d'A.thènes une réalité singulière. J^'Hymelte est là, en face; sur son sommet s'élève Tau tel de Jupiter Pluvieux ^, cou-
'EffTi hï xai Trfi a^oiX^a tx£Teuouaï)ç Soai tov A(a* svTauOa xai Tiu.60&o< h Kovuvoç xa\ aôro; xmai Kovmv... (XXIV.) > Tum Pater omnipotens fecundîs imbribus jEther CoDJugis in gremium laetae descendit...
( Virg., Georg, II, 3a5.) ^ 'Ev 'YfAYjtTw Se ayaXjiia lariv *Yp.ïiTTiou Aïoç* ÔoifAOï. 8g xai *0ui6piou Aïoç.... (Paus. Àte,, XXXII.j
338 LACROPOLE D ATHÈNES.
rotine par la vaine fumée de continuels sacrifices. Tournée vers l'orient, la statue de la Terre semble appeler les nuages féconds que, seul des monts de TAttique, l'Hymette sait amonceler sur sa télé. Quand je dis tournée \^€rs V orient ce n'est point une image de fantaisie : car le piédestal de Conon, encore scellé sur le roclier, nous donne ce curieux renseignement. L'inscription et la direction des pieds empreints sur le marbre regardent, non pas l'entrée de l'Acropole, comme cela pprait naturel, mais L'orient ; de sorte que la statue présentait le dos aux visiteurs. Il en est de même du piédestal de Minerve Hygiée. Était-ce une loi générale, et un même mouvement plein d'ensemble tournait-il les statues, comme les temples, vers le soleil levant?
DifTérentes découvertes qu'on a faites, il y a peu d'années, permettent de suppléer au silence . de Pausanias sur la décoration de la moitié de la route. En enlevant les terres qui couvraient le roclier, on a retrouvé de nombreux fragments sans nom et quelques piédestaux. Déjà déplacés, il a fallu les déplacer encore et les grouper ça et là pour dégager le passage. Il est donc indifférent de les citer dans un ordre plutôt que dans un autre. Je commence par les |)lus anciens.
Une des premières offrandes qui aient été consacrées \\ Minerve est vraisemblablement celle
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dont il ne reste que deux mots de la dédicace ^ Non-seulement les lettres sont d'une forme archaïque, mais l'inscription est gravée de droite à gauche. On distinguait dans le creux des lettres des traces de couleur rouge ^. C'est ainsi que, dans les galeries du Vatican, on a peint en rouge les inscriptions antiques pour qu'elles fussent lues plus aisément.
 l'est des Propylées, il y avait une statue du sculpteur Léocharès ^, que nous retrouvons aussi souvent que Nésiotès. Mais cette fois l'histoire de l'art ne peut rien ajouter à la liste de ses ouvrages, puisque son nom est le seul mot de l'inscription qui ait été épargné.
' ....e^MAMIAIAM^®A^...
. . . . oo 'A6v}VQt(a (jl' dlv^6[i)X6v.
' Voyez les Antiquités helléniques de M. Rangabéy page 17.
^ A E nx A PH^ E[POI H^ E
{Voy, M. Le Bas, n** i54, et TE^v^fA. dp*^., page ai6.) De même, au sud des Propylées^ on a trouvé son nom sans autre indication.
. . .EXO
AEnXAP[H^EPOIH^E
Voyez r'Etpiriueplç dpj^aioXoYixr^, page 546,
3U L* ACROPOLE i)*ATHËN£S.
Était-ce par flatterie' j était-ce par reconnaissance pour les magnifiques envois de l>lé qui leur arrivaient de Thrace, que les Athéniens avaient élevé une statue à Bhascuporis, fils du roi Colys? Un de ses ancêtres avait déjà obtenu te même honneur ^. Celait, au contraire, un Colys, fils d'un Rhascuporis. On ignore à quelle époque vivait le sculpteur j4ntignote qui fit la statue. Ph'ne ne l'a point classé; mais le caractère de l'inscription dénote le temps de la domination romaine.
 côté d'un roi barbare, voici une jeune fille ^,
[OAHMOE] BAriAEAPAEKOYTTOPINKOTYOZ APETHEENEKENTHrEirEAYTON
ANTl[rN]n[T]OZEnOIHZEN
Antignntus et lucratores, perixyomenon , tyrannicidasqiir supra dictos. ( Plin. XXXVI, 8, 19.) Foy.^WW^. * yof, Bœckh, n** 359.
^ . . .E PPH(t)OPHZ[AZAN AJGHNA inO A I A[Ai
Nota, Je cite surtout le Journal archéologique d'Athènes, piirce qu'il indique, non pas malheureusement le point exact, mais la région de 1* Acropole où un certain nombre d'inscrtpticms, aujourd'hui dêpiacéfs, avaient été retrouvées. Le mal i-st iri'ép«)r;ible.
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une enfant dont rimage était admise dans rAcropôle. On appelait Errhéphores les jeunes vierges chargées de broder le péplum de Minerve pour chaquePanathénée. Il ne fallait pas qu*elles eussent moins de sept ans ni plus de onze ans '. Elles vivaient pendant ce temps dans Tenceinte de TÉrechthéion, sous la surveillance de la grande prétresse. On s'étonne comment un tel travail et un tel âge pouvaient mériter des statues. Car ce n'est pas un fait isolé| mais on en connaît plusieurs exemples *.
Nous ignorons complètement l'organisation administrative de l'Acropole, quelle direction présidait à sa décoration, quelle loi décidait de l'admission des titres d'honneur et des statues. En dehors des décrets du sénat et du peuple, qui concernaient les personnages importants, était-ce l'argent qui achetait un terrain dans la citadelle !^ Était-ce la complaisance des prêtres et des questeurs, qui permettaient à un particulier de consacrer une statue? Les offrandes elles-mêmes n'étaient-elles soumises à aucun contrôle M^ piété était-elle libre de profaner par des œuvres gros-
* Kn étudiant l'Érechlbéion, nous aurons occasion dé parler des Errhéphores et du portique des Errhéphores.
* Voy, les inscriptions du Voyage archéologique de M. Le Bas et Stuart, éd. franc., II, pi. III. Dans le second vol unie de cet ouvrage j'en citerai moi-même.
336 I;ACR0|H)I.E D'ATHÈNES.
sières le sanctuaire des aris autant (|ue de la religicin? Combien de questions intéressanles qui ne peuvent être résolues!
L'espace compris entre les Propylées et le Pai^ thénon avait perdu de ses cliefs-d'œuvre aussi bien que les différentes enceintes. C'est ainsi que nous voyons un certain Alexandre ' remplacer sur son piédestal Pliilomèle, fils de Philippide.
plus loin, c'est Émilius Lépîdus, qui se substitue à Apolloilore *.
Il y a même telle base où trois inscriptions se sont succédé à trois époques difféf -en tes :
Sous Tarchontat d'Euctémon , c'est-à-dire la
' 4)|A0MHA0^4)IAIPPIA0
...0IAirriA'OrAIANIEY2ANEOHKE
OAHMOrAAEHANAPON
AeHNOA>aPOY
APETHZIENEKA
. . .^EPOH^E
Le nom de Tartiste qui avait fait lu statue la plus ancienne, la sttitue grecque, est malheureusement effacé.
AJP0AA0A0P02
HBOYAH AEniAONAIMYAION
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première année de laqnalre-vingl-treiziènie olympiade, les prylanes de la tribu Êrechtliéide avaient consacré une offrande d'une grande valeur, à n'en pas douter, puisque tous leurs noms y sont soigneusement gravés à la suite les uns des autres '.
La statue fut emportée, et un Romain, LuciusCanaléius Crispinus^ prit possession de la base restée vide^. On eut toutefois la précaution de la retourner de manière que Tancienne inscription fût renversée et frappât moins les regards.
Je ne sais quel accident fit disparaître à son tour le Romain, qui alla peut-être orner Constant inople, comme son prédécesseur était allé embellir Rome. Peut-être aussi la Sttatue fut-elle tout simplement conservée, et le nom d'un troisième personnage. Python^, fils de Python, vint figurer sur
' .. . ANEOEZANPPYTANE^EPEX0EIAO[^4)Y A^E^E PEYKT H HONORA PXONTO^
L'inscription est trop longue pour être citée.
' AEYKION[K]ANOAH10N KPIETTOUNON
^ Sur lin des côtés du piédestal :
PYew/^PYeco/voC
Les caractères d^iroprimerie ne peuvent rendre la néglil»ence de ces dernières lettres.
^o/.yjwur la fin de la première inscription, M. Le Bas, n** 8.
338 LACROPOLE DWTHÈNKS.
la hase dans un temps barbare où l'on savait à peine former encore les lettres grecques pour les inscriptions.
Lycus a eu un songe ^ S'est-il vu transporté dans des pays lointains, saisi par des brigands, abordé par des pirates, et Jupiter l'a-l-il sauvé d'un danger tout imaginaire? Ou bien est-il, en efTet, étranger? Jupiter lui est-il apparu pendant son sommeil? Lui a-t-il dénoncé un hôte perfide et une de ces mille embûches qui menaçaient les voyageurs? Lycus n'a pas raconté son rêve, il n'a fait que l'annoncer sur le piédestal de Jupiter pwtecteur des étrangers.
La foi dans les songes est un des côtés les plus naïfs de l'esprit païen. L'on sait jusqu'où les plus grands hommes de l'antiquité poussaient ce genre de superstition.
' TONAEAYKOr