CHAPITRE m
tité de poudre que les Turcs avaient pensé y déposer en sûreté.
Ce fut dans la soirée du ^S que le Partbénon sauta. Presque toute la cella et sa frise ^ huit colonnes du portique du nord, six du portique du midi avec leur entablement, furent renversées ; le vaste temple resta coupé comme en deux corps de ruines. Les Turcs épouvantés se rendirent dès le lendemain , et Morosini le Péloponésiaque entra en triomphateur dans l'ÂcropoIe^ pour continuer de sang - froid une destruction qui n'avait plus les nécessités de la guerre pour excuse ^ Par son ordre, on enleva du fronton du Parthénon les chevaux et le char de Minerve, si admirablement conservés que les voyageurs les plus indifférents en parlaient avec enthousiasme. L'opération fut si malheureusement conduite, que tout le groupe tomba et se brisa sur le rocher. Les capitaines de Morosini suivirent cet exemple, et des fragments du Parthénon furent emportés jusqu'à Copenhague ^.
Six mois après, malgré les prières et les larmes des Grecs, les Vénitiens se retiraient d'Athènes
' On a trouvé cependant, dans les archives de Venise, un mémoire de Morosini qui essaye de justifier ses dévastations.
* Foyages ei Recherches en Grèce^ par Bronstedt, a* livr., chap. 5.
74 L'ACROPOLE DATHÈNES.
pour n'y jamais rentrer. Une ville ruinée, les chefsd'œuvre de Tart en partie anéantis, une population chrétienne enlevée à ses maitrès et abandonnée ensuite à leur vengeance, c'était un résultat glorieux! Qu'avaient fait de plus les barbares des premiers siècles?
C'est ainsi qu'en vingt années à peine tous ces beaux monuments de Périclès, qu'avaient respectés tant de siècles, furent mutilés et déshonorés : les Propylées par l'explosion d'une poudrière, le Parthénon par une bombe, le temple de la Victoire pour faire place à une batterie. L'Érechlhéion devait plus tard partager leur sort, et, pendant la guerre de l'Indépendance, le canon des Turcs qui assiégeaient l'Acropole fit écrouler en partie le portique du nord.
Depuis le dix-septième siècle jusqu'à l'affranchissement de la Grèce, les édifices eux-mêmes sont restés à peu près dans le même état, excepté les Propylées, qui, au temps deStuart et deBevelt, n'avaient plus le fronton occidental et les chapiteaux ioniques queSpon et Wheler avaient vus'. Aujourd'hui ils ont perdu en outre une partie des chapiteaux doriques et des colonnes de cette
■ C'est même à cause du fronton que Spon prit les Propylées pour un temple. J'ai déjà dit que ce fronton fut dessiné par l'ingénieur Verneda dans la vue de l'Acropole qu'il prit pendant le siège. [Fanelli^ la planche de la p. 3o8. j