‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 36 sur 138 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

matériaux. Od reconnait (ous les caraclères d'une architecture barbare mais patiente, qui rachetait à force de soins son ignorance et son irrégularité. On a nié que ce mur fût du temps des Pélasges; on a été jusqu'à l'attribuer aux Romains. Je ne puis que recommander, à ceux qui soutiennent cette opinion, une étude plus attentive du monument; ils se réfuteront bientôt eux-mêmes. Le mur n a plus que quatre mètres cinquante centimètres dans sa plus grande hauteur; mais il a été démoli, ou, pour mieux dire, dégradé de manière à suivre la pente de lescalier. Son parement regarde le nord et marque, par conséquent, les limitas de l'Acropole de ce côté. C'était donc vers le sud qu'il fallait chercher les traces du chemin qui serpentait entre les mui*s de l'Ennéapyle; c'est vers le sud qu'il s'est retrouvé.

Au-dessous du temple de la Victoire, près de la porte qui fut construite au moyen âge, lorsque les fortifications et l'entrée antique furent ensevelies, il y avait un chemin gi*ossièrement pavé. J'ai fait enlever ce pavage , enlever le sable et les débris sur lesquels il reposait; je suis descendu au-dessous du sol de Cimon et de Périclès, le niveau du grand escalier et le soubassement du temple de la Victoire en font foi, et l'on a vu reparaître le rocher de l'Acropole avec ses traces vieilles de trois mille ans. Cest un petit che-

min ' large d'un mètre environ, inégal, qui suit les caprices du rocher. Il présente d'abord quatre entailles irrégulières, des sortes de marches creuses où le pied s'enfonce ; puis, disposés à égale distance sur la pente, des trous ronds et profonds que le sabot des animaux a lentement creusés, à force de se poser à la même place. Tels sont les trous que l'on remarque souvent sur les sentiers des montagnes.

Le chemin semble avoir passé sous l'angle sudouest du soubassement du temple; la courbe qu'il décrit l'y conduit nécessairement; mais les rochers que j'ai trouvés rongés par l'humidité n'offrent de ce côté qu'une surface sans indices. Il monte dans la direction du piédestal d'Agrippa , puis plonge tout à coup sous les marches de l'escalier et sous le palier, pour descendre à une assez grande profondeur. Car dans cette partie le rocher se dérobe, et les seuls sondages que l'état des lieux me permit de faire n'ont pu l'atteindre.

Mais au-dessus du piédestal, et près du portique septentrional des Propylées, le rocher reparaît' avec un reste de chemin taillé, quelques stries et une surface polie parles pas de nombreuses générations. Cette fois la courbe du sentier se dîrige vers le sud, vers le grand mur pélasgique par con-

' PI. II, lettre B.

• PI. II, lettre B\

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séquent et le montant de porte dont il a été question tout à l'heure.

J'en ai cherché en vain les traces en déblayant les fondations des Propylées; elles ont, selon toute vraisemblance, disparu lorsque Mnésiclès fit préparer Tassiette de son monument. Cependant, audessous de l'ouverture centrale des Propylées, le rocher s'élève brusquement et ferme le passage; toutes les parties voisines offrent des arêtes vives et naturelles, bien différentes du poli ordinaire d'uf) sentier battu.

Le chemin de l'Ennéapyle se trouve donc forcément reporté vers le sud, et les dernières colonnes des Propylées , au point B'^ par exemple^ Voici un fait de nature à justifier cette hypothèse : entre l'aile méridionale des Propylées et le grand mur pélasgique, il y a une petite cour, un réduit; on y remarque un reste de construction en marbre que l'on a prise quelquefois pour un autel ^. Cette construction, coupée et supprimée en partie par les Propylées, était réellement un petit monument, l'abri d'une statue peut-être : car la paroi qui s'appuie contre le mur pélasgique est un revêtement et forme le fond ; l'ouverture et la façade de l'édifice étaient donc tour-

( Voy, planche 11.

' PI. 11, lettre ^.

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nées vers le chemin, sur le bcH*d duquel il était situé.

Ainsi quatre points sont déjà donnés pour déterminer les courbesdu sentier de TEnnéapyle, B, B', B\ d.

il en reste un cinquième, le point Cy c'est-à-dire la porte même ou du moins une des portes auxquelles il aboutissait. Le fragment qui nous reste passe sous le temple de la Victoire, monte, plonge et reparait avec le rocher sous le piédestal d'Agrippa, se retourne alors et se dirige vers Taîle méridionale des Propylées, tourne encore devant le petit monument adossé au mur pélasgique, franchit la porte et arrive enfin au sommet de la citadelle. C'est par ce chemin qu'on montait, dans le temps où la ville tout entière était ramassée sur le plateau de l'Acropole ; c'est par là que lesbétes de somme et les troupeaux rentraient le soir du travail et du pâturage. Les Pélasges ne firent peutêtre qp'entourer de murs le sentier sinueux que Cécrops avait le premier tracé. Qui sait pendant combien de siècles le pied des hommes a usé le rocher, pendant combien de siècles la marche alourdie des animaux a creusé ces trous profonds où leur sabot s'emboitait?

L'œuvre des Pélasges parait avoir subsisté jusqu'à la prise d'Athènes par les Perses. Trente ans auparavant, les Pisistratides s'y étaient soutenus

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coutre les AlheDiens* et Clëomènes^ roi de Sparte, que ceux-ci avaient appelé à leur secours. Il ne faut pas croire en voyant les Athéniens, lors de finvasion de Xerxès, construire un mur de bois, que ce fût une construction nécessaire^. Cétait uniquement pour obéir à l'oracle, sur la foi duquel ils s'exposaient à la mort. On remarquera même que, lorsque les Peines eurent incendié avec des flèches entourées d'éloupes ce rempart inutile, les assiégés tinrent si bien Xerxès en échec, qu'il désespérait de les réduire. Le mur pélasgique existait donc, et Hérodote distingue par des mots différents l'enceinte^ construite à la hâte qui, brûlée par l'ennemi, trahit toutes les espérances des Athéniens, et le mur permanent^ qui les protégea ensuite beaucoup plus efficacement et d'où ils se précipitèrent, quand ils virent l'ennemi entré par surprise dans la place.

Ce furent les barbares eux-mêmes qui renversèrent les murailles pélasgiques. Ils ne laissèrent

' KXsopL^W)^ Si JfjLQi 'AÔY)va(cov Toîai pouXo(Jiévot9i cTvat iXeu~ 6époi9t ^iroXiopx£e t<A^ xupavvouç (ÎTrepifuivouç Iv xw IIsXaaYtxfjî rtiytu( Hérod.,V, 64. )

•Hérod.,VllI, 5i, 5», 53.

^ 0paÇ«fx«voi T^v 'AxpowoXiv ôup-ijcr^ xt xa\ ÇuXoiffi — ifoÇeuov i^ To ^poL^ina — Toti cpp^iAftTOç TtpoSeSoxoTOç . (Ibid.)

4 'ûç Si eTSov auTotç d[vQt€e6T)xaT«< ol 'AOt^voûoi, ot (aAv i^^Cimov loeutoùç xaTd( tou xtlyi^toç xotTCo xoil $ttfOe(povTO. ( Ibid., 53. )

pas pierre sur pierre dans Athènes, disent les liistoriens'. Leur premier soin fut évidemment de jeter en bas les fortifications. Mardonius^ acheva d^anéantir ce que Xerxès n'avait eu le temps que de ruiner.

§ n. — Mon de Thémifttode et de Ginion.

Après le départ des Perses^ il fallut relever peu à peu les murs de TAcropole. Ceux que Thémislocleet Cimon firent construire existent aujourd'hui en partie, mais défigurés par des restaurations modernes, masqués souvent par de nouvelles murailles. Aussi ne peut-on en avoir une idée exacte qu'en en faisant deux fois le tour et à

« Dioil., l. XL ch. a8.

>... Kai il xou Ti 6p0bv ?|v twv Teiy^ewv TravxaxatTaCaXcov. (Hérod., IX, i3. ] Il ne faut évidemment pas prendre à la lettre ces expressions exagérées. Les ennemis se contentent, en général, de démanteler une ville prise. Les architectes de Périclés plutôt firent disparaître les traces des constructions antérieures, et ne conservèrent que celles qui servaient leurs plans. Ainsi le mur pélasgique, qui fermait Tangle sud-ouest de TAcropole et soutenait la terrasse de Diane Brauronia, fut respecté. Celui qui devait supporter la pente de l'escalier fut seulement dégradé de manière à en suivre la pente, et enterré. La destinée des œuvres humaines est de s effacer les unes les autres ; cela est vrai surtout à Athènes, où la base des monuments repose toujours sur des ruines.

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