CHAPITRE IX. Sâ
grand aspect et de l'effet des temples doriques, il a de réiégance et de la grâce. Le temps et la ruine semblent même y avoir ajouté plus de délicatesse, en découpant inégalement les cannelures des colonnes: ce ne sont plus des lignes d'architecture, mais les plis légers et ondoyants d'une étoffe, qui justifient les expressions de Vitruve '. Sa grosseur réelle ainsi diminuée, la colonne paraît porter plus faiblement les belles volutes de son chapiteau : comme une femme, pour continuer la comparaison du même auteur ^, qui fléchit sous sa riche coiffure. •
Mais de même que les idées de Vitruve sur l'ordre ionique, trop poétiques pour n'être point dérobées à la Grèce, n'ont qu'une importance littéraire, et nous prouvent que les anciens savaient quelquefois, aussi bien que nous, raffiner sur les questions d'art, de même il ne faudrait pas juger le temple de la Victoire sur des apparences qui ne sont qu'un jeu de hasard.
Quand la colonne était intacte, avec la suite de ses cannelures et toute la pureté de ses lignes, elle devait avoir un caractère différent, plus voisin de la fermeté que d'une mollesse efféminée.
> « Tnincoque toto (columnae) strias, uti stolanim rugas, « roatronali more demiserunt. » (Fitruv,^ IV, i.)
' « Capitulo Tolutas uti capillamento concnspatos cincinnos « praepen dentés dextra ac sinistra collocaveruDt. » {Ibtti, )
230 L'\CR01H>LE D^A'IHÈNES.
La proportion entre son diamètre el sa hauteur dépasse de peu la proportion de certaines colonnes doriques, des colonnes du temple de Némëe, par exemple. Â peine pourrait-on critiquer les deux piliers qui divisent le c6té ouvert de la cella : ils sont minces et paraissent grêles. Mais Tarchitrave qu ils portent est assez légère pour qu'ils soient moins une nécessité de construction qu'un ornement, qui encadre l'entrée à droite et à gauche. Masqués, du reste, par les colonnes du portique, ils ne peuvent être vus que décote, et leurs côtés, précisément, ont beaucoup plus de largeur.
La comparaison de l'ordre ionique et de Tordre dorique conduit les modernes à des théories extrêmes, que les Grecs n'autorisent d'aucune manière. Â l'un seulement, nous reconnaissons la majesté et la force ; à l'autre, nous n'accordons que l'élégance, et nous transportons en architecture comme une distinction de sexes. Si la différence eût été tellement tranchée , comment les anciens eussent-ils rapproché si volontiers des caractères opposés? Déjà, dans les Propylées, les deux ordres sont mêlés : à quelques pas des portiques doriques, le temple de la Victoire étalerait ses grâces «féminines » ! L'harmonie naît difficilement des contrastes.
11 fut un temps, les noms en font foi, où la