CHAPITRE XV
représentent les métopes du temple de Thésée, celles du moins où les détails sont encore en partie reconnaissables. Je ne parle point de THercule du musée Capitolin à Rome, paroe qu'il est impossible d'en préciser le siècle, ni de THercule Borghèse, qui est d'époque romaine'. Sur lés vases peints que leur style permet d'attribuer aux beaux temps de l'art céramique, et que les caractères des noms qu'on y a gravés reportent avant la 83* olympiade, on remarquera encore le même type. De sorte qu'au lieu de donner deux âges différents à Hercule , il serait plus juste peut-être de distinguer deux époques différentes ou deux traditions dans l'art. Hercule Idéeriy dont le culte était passé de Crète en Attique, se reposait donc auprès du char du Soleil : jadis il en était la personnification^. On dirait, au mouvement de ses jambes, qu'il va se lever pour entreprendre ses travaux sous la conduite de Minerve*. L'art, plus encore que la mythologie, en fit sa protectrice et sa compagne inséparable.
Un artiste seul pourra louer dignement ce marbre, qui sera toujours parmi les antiques l'idéal de la
* On voit PHercule couché dans une pose à peu près semblable, quoique plus relevée, sur les monnaies de Crotone.
> Orphée, Hymne XI.
' Les exploits d'Hercule étaient un sujet firéquemment répété sur les frises des temples de Minerve, tant en Grèce qu'en Sicile. Sur le Parthénon lui-même, les métopes de la façade orientale représentaient les exploits d'Hercule et de xkiésée. Ce sont les vases peints qu'il faut surtout consulter.
beauté virile : la pose si noble et en même temps naturelle, un ensemble si large et des détails exquis, les os accusés avec une science infaillible et un sentiment hardi qui donnent au corps la légèreté en même temps que la force, les muscles, les chairs, dont les os sont revêtus et dont la mollesse répand sur tant de fermeté une grâce inimitable , l'expression , enfin, qui respire dans chaque partie et qui est comme Tâme de la matière.
Les modernes ont peine à comprendre la consciencieuse abnégation des sculpteurs grecs. Ils terminaient, dit-on, avec un soin infini des statues qu'on enlevait à cinquante pieds de liaut, pour les appliquer sur un mur et dérober éternellement aux regards la moitié de chaque chef-d'œuvre. Rien n'est plus vrai pour l'Hercule et, en général, pour les figures nues, qu'il était dangereux peut-être de ne faire qu'à demi : tant la beauté de chaque partie est liée étroitement à la beauté des parties voisines et dépend de l'ensemble des proportions. Mais pour le derrière des statues drapées , on a exagéré cette perfection , comme j'aurai lieu de le faire remarquer.
Pour donner aussi plus d'importance à l'exposition publique, qui précédait vraisemblablement l'érection des sculptures, on admire un fini qui défie l'examen le plus minutieux, comme si elles n'avaient été faites que pour être vues de près. Ce serait là un grave défaut : un peu d'attention prouve , au contraire, combien on avait tenu compte de la place