CHAPITRE XV
Sophocle, prétendrait refaire le drame tout entier ?
Quand le soleil se lève derrière THymette , son premier rayon frappe le triangle sacré du fronton oriental. Comme si Fart avait voulu rendre immobile et fixer sur ses œuvres cet éclat passager, on voyait paraître dans Tangle tourné vers THy mette les têtes fougueuses des coursiers du Soleil. Haletants, ils s'élèvent de Tonde et annoncent par leurs hennissements le jour qui commence. Le Titan Hypérion * sort lui-même sa tête et ses bras étendus qui retiennent les rênes d*or. Si quelque chose pouvait ajouter du prix à une idée déjà belle , c'est la manière dont elle se joue de la plus difficile exigence du fronton : remplir son angle si étroit et qui ne s'ouvre que lentement par des figures principales. La plinthe couverte de vagues sur laquelle reposent la tête, aujourd'hui mutilée, et les bras puissants d'Hypérion, était ime heureuse inspiration.
A l'angle opposé, les coursiers de la Nuit sortaient doucement des flots. Pouvait-on indiquer, avec une évidence plus grandiose , que le fronton était le ciel tout entier, demeure des dieux immortels.
Nous n'avons complètes (jue quelques têtes des deux extrémités : les chevaux du Soleil, hennissants et pleins d'un feu divin, le cheval de la Nuit beau aussi, mais plus calme, aspirant de ses larges naseaux l'air humide du soir. Deux chevaux du jour et deux
» Cétail le père du Soleil et de la Lune. rHésiod., Théog,^ 871. )
de la nuit ont été laissés à leur place ; ces derniers méconnaissables , les autres mutilés ; mais leur cou est admirable de conservation et de couleur. Il y en avait quatre ; les deux autres sont à Londres , et ce sont les plus beaux.
Après le char d'Hypérion était un dieu assis et à demi renversé. Les jambes étendues vers Tangle du fronton , le coude appuyé sur une peau de lion recouverte d'une draperie, il tournait le dos à l'action principale. C'est, la statue qu'on a appelée indifféremment Hercule ou Thésée, modèle populaire dans nos écoles. C'est en effet. Hercule : non pas Hercule jeune, ainsi qu'on l'appelle quelquefois, mais Her^ cule tel que le grand siècle en avait arrêté le type. On le représentait rarement, comme le firent plus tard Lysippe et Glycon, dans cet excès de force, de corpulence, de développement musculaire qui n'a rien de divin, mais qui fait si facilement illusion. Parce que l'Hercule Farnèse outre la nature, on est tenté de croire qu'il l'idéalise.
Au siècle de Périclès, on ne comprenait pas la force séparée du calme et de la beauté. Non-seulement Hercule au repos, Hercule admis parmi les dieux et revêtu d'une éternelle jeunesse, aura des formes pures et idéales, mais on les lui conserve sur la terre et au milieu de ses difficiles travaux. C'est ainsi que le représente combattant contre l'amazone Antiope la métope de Sélinonte, dont le style à peine archaïque est déjà si voisin de la perfection. C'est ainsi que le