CHAPITRE XV
La femme qui vient après Cérès est conçue dans im système tout oppose. Les jambes s'écartent violemment ; les plis volent au gré de leur mouvement, vastes et profonds ; une draperie flotte derrière ses épaules. C'est d'une grande tournure, mais peut-être aux dépens de la grâce , je dirais même des convenances féminines , si ce genre de sculpture ne demandait à être jugé, plus que tout autre, au point exact que lui destinait l'artiste. C'est pour cela qu'il faut suspendre toute critique. On a vu généralement, dans cette figure. Iris courant annoncer au monde la naissance de Minerve. M. Brœnstedt la réunit aux deux précédentes pour en faire trois Heures ou trois Saisons*. Mais il y a dans l'Iris un système si différent, on y voit si clairement se trahir une autre conception, qu'il est impossible de partager le sentiment de M. Brœnstedt. Peut-être a-t-il plutôt écouté la logique de sa science que l'instinct de son propre goût. Je faisais remarquer tout à l'heure qu'on exagérait, pour certaines statues drapées, le fini des morceaux adossés au fronton, par conséquent, toujours cachés. L'Iris en est un exemple sensible. On verra dans le dos des négligences et des lacunes. Déjà, derrière les Grandes Déesses, si tous les détails sont indiqués, on se convaincra par un examen attentif que tous ne sont pas traités avec autant d'importance que le reste, et que le ciseau a couru plusqu'il n'a creuse.
' Pa^ IX de l'introduction .
Au milieu du fronton étaient les acteurs principaux du drame, dont il ne reste guère aux extrémités que les spectateurs intéressés. Comme une tragédie antique dont les chœurs seuls nous seraient parvenus.
D'après Tespace qui restait vide, d'après la proportion des statues de l'orient, plus forte qu'au fronton occidental qui représente des héros et des divinités terrestres, et non des dieux de l'Olympe, j'estime qu'il manque sept ou huit figures, les plus grandioses malheureusement. On n'a retrouvé qu'un fragment de torse viril au-dessous du fronton oriental '. Comme toute cette partie a été fouillée, le reste semble perdu à jamais.
Au delà de cette immense brèche était une femme ailée, que Carrey n'a pas dessinée parce qu'elle était abattue sur le plan inférieur du fronton. I^ tête et les membres sont brisés ; le corps est vêtu d'une tunique, qu'une ceinture presse et fait bouffer gracieusement autour de la taille. I^ tissu est plus fin que dans les autres figures drapées , les plis ont plus de légèreté, de mouvement, d'agitation, et deux trous profonds dans les épaules retenaient les ailes , dont plus tard on a retrouvé quelques morceaux. Comme elles étaient étendues, on comprend pourquoi on ne pouvait les tailler dans le même l)loc. Cette statue est celle de la Victoire, compagne de Minerve, et que les Athéniens confondaient avec elle quelquefois.
* Il est déposé dans la casemate \oisine de rF.rechthéion.