CHAPITRE II. 9S
Aujoiord'hui , connaitre Ictinus et Alcamène, c*est déjà de la science; pour Callicrate, Pâeonius, Agoracrite, Nésiotès, ce n'est qu'un auteur à la main qu'on parvient à retrouver leurs noms sans écho. Et pourtant ces statues que vous admirez au Musée britannique sont peut-être l'œuvre de Paeonius ou d'Alcamène, de même qu'ils décoraient les frontons d'Olympie tandis que Phidias sculptait dans l'ivoire le Jupiter d'Homère. La plupart des morceaux de cette frise que vous voyez disséminée à Athènes et à Londres devraient porter le nom de Critios, d'Agoracrite et de tant d'autres. Mais Phidias est dans nos souvenirs comme Hercule , le héros de travaux impossibles y la personnification d'une génération entière , un nom qui résume tout et absorbe la gloire de tous. Les autres artistes'ne sont pour nous que ses élèves, talents qui renoncent à leur originalité pour dégrossir ses marbres ou travailler sur ses dessins. Nous ne songeons point pourtant à rapporter à Bramante, le Phidias de Jules II, le mérite de la chapelle Sixtine et des fresques du Vatican. Non-seulement Raphaël et Michel-Ange travaillaient sous ses ordres ; mais il distingua et présenta au pape le premier, et contraignit le second , malgré sa résistance, à peindre son Jugement dernier.
C'est là, je le sais, le malheur des œuvres collectives : et si, selon l'usage, un seul nom devait dominer, aucun ne le méritait mieux que celui de Phidias, puissant esprit, qui avait choisi, discipliné
tant de talents divers, et qui les conduisait rapidement vers le but commun , les inspirant moins par ses conseils que par ses exemples. Mais je comprends encore mieux les jalousies et les ressentiments qui l'entouraient 9 si déjà Ton pressentait qu'une seule gloire ferait oublier toutes les autres. Ce fut de l'atelier même de Phidias que sortit le dénonciateur qui le fit exiler. Ce lâche complot ne fit qu'ajouter à sa grandeur en l'envoyant à Olympie commencer le lupiter, son plus célèbre chef-d'œuvre.
L'Acropole d'Athènes a été dans l'antiquité l'objet d'ouvrages particuliers qui sont perdus. Héliodore, que l'on suppose contemporain d'Antiochus Épiphane, avait écrit quinze livres sur l'Acropole. Polémon en avait composé quatre , et un traité sur les tableaux des Propylées. Un passage d'Harpocration permet de croire que deux autres ouvrages avaient été composés, l'un par Ménéclès^ l'autre par Ca/listrcUe. Hégésias^ dont Strabon cite quelques phrases , parait peu regrettable. Mais le livre dont la perte sera éternellement à déplorer, c'est celui qu'Ictiniis luimême avait publié sur le Parthénon , de concert avec Car pion. L'architecte jugeant son œuvre et livrant les secrets de son art , ce serait pour les modernes la plus inespérée des révélations.