CHAPITRE XV
longueur du corps et de ses profils aplatis. Un exemple encore plus sensible du dédain de Phidias pour le succès d'un jour et les sévères exigences d'une exposition publique , c*est la Nuit coupée par la moitié du corps , Hypérion qui n*a que la tête et les bras ; mutilations étranges lorsqu'on les voit de près, admirables lorsqu'elles sont à leur place et qui répandent sur l'ensemble du sujet l'illusion et la poésie.
Iris, dont le vif mouvement parait sans grâce et dont les draperies ont de trop vastes ondulations , prendrait, j'en suis sûr, un autre aspect à cinquante pieds de haut. De même Cérès, Proserpine, les Parques assises, baissent leurs genoux et ramènent un peu trop leurs jambes sous elles; mais c'est pour qu'elles n'arrêtent point le rayon visuel, qui part d'en bas, et le laissent arriver sur le torse tout entier. Les chevaux du Jour ne sont point attelés de front, mais sur une ligne oblique. Chaque tête avançait sur celle qui la précédait, de manière que toutes fussent vues distinctement. Les chevaux de la Nuit ont ces lèvres ouvertes , ces narines dilatées et relevées qui devaient faire saisir, malgré la distance, l'apparence et comme le souffle de la vie. Tout est bien calculé , ainsi que le dit Tzetzès, pour la hauteur que les statues devaient occuper; les difHcultés de la perspective sont tournées par la science à l'avantage de la sculpture.
Les statues du fronton occidental, au contraire, n'offrent aucune trace d'une étude aussi profonde et ne semblent en rien soumises aux lois de la perspec-
tive. Elles sont faites pour être vues de près. L'Uissus est d'un fini et d'une délicatesse qui approchent, je le disais tout à Tlieure, de la nature féminine. De plus, que l'on compare sa pose avec celle de l'Hercule qui était ^étendu, comme lui, sous l'angle de l'autre fronton. L'Hercule est relevé en quelque sorte; ses bras et ses jambes dominent la saillie du fronton. L'Ilissus parait s'appuyer sur le sol, tant sa plinthe a peu d'épaisseur. L'Euryte, qui lui faisait pendant, ne pouvait être vue qu'en partie : le fragment qui reste encore à son ancienne place en est une preuve sensible. Ce n'est point ainsi que la plus jeune des Parques était couchée sous la pente du fronton oriental. Un soubassement considérable l'exhaussait et la présentait complète à l'admiration du spectateur. Halirrothius et Cécrops ramènent trop leurs jambes sous eux : d'en bas il était difficile de comprendre leur pose. Je puis parler avec certitude de la statue de Cécrops, qui est toujours sur le fronton et qu'on ne s'explique bien qu'en montant au sommet du temple. Nulle part l'artiste n'a pris l'audacieux parti de couper en deux un personnage, comme la Nuit et Hypérion ont été coupés sur l'autre façade. Il était aisé, cependant, de supposer une des divinités de la suite de Neptune s'élevant à demi au-dessus des flots ; c'était dans la composition un élément de variété et de poésie. Mais Alcamène eut craint l'effet fâcheux que devait produire de près , dans une exposition publique, cette étrange mutilation.