‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 141 sur 200 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

laissent bien peu à désirer : mais une nature trop matérielle , triviale parfois dans ses mouvements ^ à laquelle manque le sentiment de Tidéal. En outre, on voit percer une dureté qui touche à l'archaïsme ; mais 9 comme elle en est déjà trop éloignée pour lui emprunter sa puissance massive ou sa naïve roideur, comme elle est trop éloignée aussi de la perfection absolue pour demander la force à la science exquise des proportions, l'ensemble est parfois mou et indécis ; symptôme des talents secondaires aux époques de transition. Ils perdent les avantages de leur vieille manière et ne peuvent atteindre aux difficiles mérites de la manière nouvelle.

L'école qui précède Phidias était arrivée à ime imitation aussi fidèle que possible de la nature et à la connaissance la plus précise du corps humain. Cje qui lui manquait, c'était l'idéal et les beautés dont l'idéal est le principe : la proportion, le sentiment, la grâce. Lorsque Phidias apporta à son siècle cette révélation, les habiles et les plus jeunes en profitèrent, Alcamène à leur tête. Mais, comme il arrive à toutes les époques de réforme, il y eut, à côté de l'enthousiasme, l'opposition. Les vieux maîtres protestèrent, et, par une juste fierté, gardèrent leur manière, qui avait produit aussi des chefs-d'œuvre. Quelques élèves leur restèrent fidèles : c'est à ces continuateurs de l'école attique que j'attribuerais les métopes qui nous restent.

Phidias eut besoin d'employer aux innombrables

sculptures du Parthénon tous les artistes qui se trouvaient alors à Athènes. La frise extérieure portait, à elle seule, environ' deux cents figures d'une demibosse si prononcée, qu'elles valent presque autant de statues un peu plus petites que nature. Précisément , les travaux de ce genre étaient familiers à la vieille école, qui, pendant l'administration de Cimon, avait décoré de hauts-reliefs différents temples et y avait représenté les mêmes sujets. Phidias, obligé de s'adresser à elle, et par égard et par nécessité, ne pouvait rencontrer plus heureusement.

Peut-être est-ce m'écarter de la réserve dont je voudrais toujours user. Car je ne puis justifier par aucun texte l'opinion que j'expose. Mais, en matière d'art, les œuvres elles-mêmes portent écrites des preuves qui suppléent au témoignage de l'histoire. Les métopes sont d'un style particulier, qui n'est ni celui de la frise, ni celui des frontons. Cette manière a parfois de la gaucherie, delà dureté, de l'archaïsme; parfois, des beautés solides et éclatantes qui rappellent les sculptures du temple de Thésée et la frise du temple de la Victoire. Ce ne sont donc pas seulement des auteurs différents qui s'y trahissent , mais une école qui n'est pas celle de Phidias.

L'histoire, du reste, nous donne les noms de quelques-uns de ses contemporains avec la célélirité desquels il a dû compter, quelque supériorité qu'il eût lui-même. C'étaient Critios, Crésilas, Hégias, Nésîotès. Ces sculpteurs, avec leurs élèves , se chargèrent-

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