CHAPITRE XVI
c*est le Centaure qui saisit un Grec par la jambe et le renverse par-dessus une amphore. Le mouvement a quelque chose de trivial , mais il est remarquable par son énergie et sa précision. Je citerai encore le Centaure qui, frappé dans les reins , porte la main à sa blessure. Le Grec l'a saisi par les cheveux et va redoubler. Son manteau , complètement ouvert, forme derrière son corps une vaste tenture qui sert de fond à la scène entière. Quoiqu'il y ait dans les personnages un peu de mollesse, ces draperies, avec leur tournure grandiose, sont d'un fort bel effet.
Une qualité toute nouvelle distingue la quatrième métope : c'est une expression touchante. Séparées de cette métope, les deux têtes ont été découvertes au musée de Copenhague par M. Brœnstedt* ; il a porté lui-même les moulages à Londres. Le jeune Grec, à demi terrassé, lève vers son ennemi un visage suppliant : la terreur y est peinte, tempérée par une charmante beauté. Le Centaure , qui allait lui briser le crâne avec une énorme amphore, suspend son coup, ému par tant de jeunesse; ses traits respirent une douce pitié.
Mais, à côté de morceaux si remarquables, il y en a d'une composition malheureuse , quoique l'exéculion dénote beaucoup desavoir. Trois, surtout ', cho-
' y<0'^* ^' ^^^^ '" Orèctf p. 171. Seulement M. Brœiistedt a tort de les rapporter à la 7* métope de Carrey ; elles appartiennent à la 4^. >N^ 3o, 3i et 3a des dessins de Carrey Ce n*est pas, bien entendu
quent singulièrement le goût par leur roideur et leur gaucherie : ce sont les dernières métopes vers langle nord-est. Les combattants sont engagés mollement, leurs poses sont gênées , leurs mouvements sans vigueur comme sans grâce. Tel autre groupe sera même ridicule, et le Grec appuie son pied sur le poitrail du Centaure au mépris de toutes les lois de l'équilibre, en tendant Tautre jarret comme un danseur. Ici, les .proportions de l'Athénien* sont courtes, là, le corps du Centaure ^ est trop long. Dans les monstres, la fusion des deux natures, de l'homme et du cheval, n'est pas toujours rendue avec un art sûr de lui-même. Les femmes enlevées ont quelque chose de grossier et de disgracieux. Celle du musée du Parthénon se débat lourdement , et ses vêtements sont tirés avec trop de brutalité. La métope du Louvre est la répétition du même motif tourné d'un autre côté.
La différence de mains suffirait-elle à expliquer l'inégalité du travail ? Je ne le crois pas. Car il y a dans toutes ces sculptures un même style, un même système, qui constitue ce que l'on appelle, à tort ou à raison, une école. Dans les moiits remarquables, la nature est rendue avec une vérité et une science qui
d'après les dessins de Carrey que je juge ces métopes, mais d'après les originaux. Les dessins de Carrey sont dans les mains de tout le monde, depuis la belle publication du comte de Laborde, et ses numéros suivent Tordre même des métopes.
' No a3.