‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 161 sur 200 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

une douceur de ton, bien supérieures à la froideur du marbre et sous lesquelles on croit sentir une tiède émanation de la vie. I^ beauté de certains Christs en ivoire, œuvre des artistes de la Renaissance, en donnerait, en petit, une assez juste idée. L'ivoire était donc pour la représentation des formes nues.

Distinguer les draperie^ des chairs par une différence de couleur et de matière , c'est une idée tellement conforme à la nature, que le système contraire demande évidemment à nos sens une éducation plus longue. On avait choisi Tôt, « cette flamme bril- <c lante, » dit Pindare, a qui resplendit au milieu « des ténèbres. » Si d'abord on n'y vit que le plus rare et le plus précieux de tous les métaux, l'art, en devenant plus délicat et plus réfléchi, remarqua que ses teintes chaudes et harmonieuses se mariaient délicieusement avec l'ivoire. C'est pour cela que, si l'or et l'argent sont unis sur le bouclier d'Achille, on ne verra jamais aux temps moins barbares l'argent prêter à la toreutique ses reflets blafards. Les villes pauvres aimaient encore mieux le bois doré. L'intérieur de nos églises et de nos palais d'une certaine époque, le goût général de notre temps montrent cependant que nous estimons lalliance la plus heureuse et la plus magnifique, celle du blanc et de l'or. Substituez seulement à la blancheur dure et mate de nos stucs ou de nos marbres la moelleuse pâleur de l'ivoire.

En outre , on considère avec défiance cette grande sculpture qui n'est formée que de pièces d'ivoire

334 L'ACROPOLE D*ATHÈN£S.

rapportées et qui est sillonnée de joints et de sutures. Pour Teffet général, je ne ferai même pas de réponse aux incrédules ; mais je les mènerai devant quelques parties moins ébranlées du Parthénon. Là, ils chercheront en vain de Tœil et du doigt les joints des différentes assises , invisibles si le canon ne les eût trahis en en faisant voler quelque éclat. Les hommes qui faisaient d'un monument entier un seul morceau de marbre étaient-ils plus embarrassés pour unir en une seule surface et fondre comme en un seul jet une substance *d'im grain plus fin et plus serré? Je suis persuadé que les joints de la Minei^e échappaient à l'examen le plus minutieux j bien loin qu'à trente ou quarante pieds d'élévation on pût en deviner l'existence.

Cependant y comme l'admiration de l'art antique ne doit jamais tourner en aveuglement , je terminerai par une critique qui me semble avoir quelque vraisemblance. Ceux qui se figurent exactement la disposition et la grandeur d'un temple grec ne seront-ils pas choqués d'une disproportion considérable entre le monument et la statue qu'il contenait? L'intérieur du Parthénon n'avait guère plus de cinquante-cinq pieds de hauteur; la Minerve sur son piédestal en avait quarante-sept , et la pointe de sa lance allait presque toucher les caissons du plafond. Je sais tout ce qui doit expliquer cet usage : le respect de la tradition, les croyances païennes qui veulent agrandir l'idée de la divinité en agrandissant

Page 1