‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 160 sur 200 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

BacchuSy de la cuisse de Jupiter; Minerve, de son cerveau; les fils de Léda, de leur coquille brisée, etc., etc. Ce seraient là, en effet, des sources de beautés aussi riches que variées. Mais, faute de données précises, nous sommes condamnés à* la réserve et au silence.

Tout ce que Ton sait, c'est que Phidias consacra beaucoup de temps à l'exécution du piédestal. En général, comme on la vu plus haut, il travaillait lentement et avec un soin infini. Assurément, des élèves et des praticiens d'élite l'aidaient à construire la Minerve : sans cela, une vie d'homme suffisait à peine à une semblable tâche. Mais donnez-lui les talents les plus distingués, et Colotès^ qui travailla au Jupiter olympien, et Mys^ qui avait représenté sur le bouclier de la grande Minerve en bronze le combat des Lapithes et des Centaures : vous arriverez seulement à vous expliquer comment, en si peu d'années, un chef-d'œuvre immense a pu être terminé.

La statue de Minerve fut placée dans le Parthénon la troisième année de la 85* olympiade, sous l'archontat de Théodore. Elle fut enlevée du temple par les chrétiens, sous le règne de Justinien, et probablement elle alla orner l'hippodrome de Constantinople, avec d'autres œuvres de Phidias, et faire pendant au Jupiter olympien. Pausanias, après six siècles, l'avait vue encore dans toute sa splendeur ; tant les Athéniens l'entretenaient avec un soin religieux. L'Acropole étant un lieu élevé et aride, on avait craint que

la sécheresse de l'atmosphère ne gâtât l'ivoire, et Ton jetait constamment de l'eau autour du piédestal. La fraîcheur et Tévaporation de l'eau maintenaient, à l'intérieur du temple, une qualité d'air favorable à la conservation de l'ivoire. Chaque année, le 25 du mois thargélion , on enlevait les ornements de la statue et on la tenait voilée à tous les regards, pour en visiter et nettoyer les moindres détails. C'étaient les Praxiergides qui étaient chargés de ce soin , les mêmes qui habillaient la vieille statue en bois de Minerve Poliade. Cette cérémonie s'appelait les Pljrntéries, le lavage, jour triste et de fâcheux présage. Alcibiade revint d'exil ce jour-là, et l'on remarqua que la déesse semblait le recevoir à contre-cœur et comme avec malveillance, puisqu'elle se cachait et le repoussait Idin d'elle.

Telle était la Minerve de Phidias, sa plus célèbre statue, après le Jupiter olympien. L'antiquité entière n'a eu qu'un long murmure d'admiration pour ces chefs-d'œuvre d'un genre de sculpture inconnu aux modernes. Aujourd'hui, non-seulement Timagination ne s'en forme que difficilement une idée, faute d'exemples et d'analogie , mais elle est refroidie et comme dégoûtée par un certain nombre de préjugés, qu'un peu de réflexion suffit à dissiper. Notre goût s'inquiète de ce mélange d'or et d'ivoire; tant nous sommes accoutumés à ne demander à la sculpture que la forme abstraite et à redouter la moindre apparence de couleur. L'ivoire a cependant une fermeté de poli.

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