CHAPITRE V
L'escalier est divisé en deux moitiés, ou plutôt en deux systèmes bien distincts, par un vaste palier qui commence au pied du temple de la Victoire. Au-dessous du palier, les marches sont continues et remplissent tout Tintervalle entre les deux rampes. Au-dessus, elles s'interrompent en face du grand entre-colonnement des Propylées, et font place à un chemin creux qui est égal en largeur au passage central du vestibule. Ce chemin est formé par des dalles de marbre profondément striées. Elles suivent la pente générale en s'élevant les unes audessus des autres par un léger ressaut. En tout, il y avait soixante-quatre marches.
Un problème important, parce qu'il se rattache à la construction même des Propylées, c'est de savoir si, dans le plan primitif, il y avait un escalier, car celui que je décris date du temps des empereurs romains. En d autres termes, l'escalier des Propylées est-il l'invention d'un architecte de la décadence ou l'idée de Mnésiclès?
Du moment que l'entrée véritable de l'Acropole est découverte, qu'elle est exactement à la place antique, qu'on y reconnaît le plan du beau siècle, l'escalier devient nécessaire. Comment, en effet, franchir cette pente qui conduit du pied de la citadelle à son sommet? Le rocher .existe-t-il partout? Sa surface est-elle aplanie , régulière , striée comme sur le plateau de l'Acropole? Il n'en est rien. Les Propylées ne sont précédés c|ue par des terrains, par des
rochers bruts et par des inégalités choquantes.
Il est difficile de ne pas être frappé de la disposition grandiose des Propylées , de ces ailes qui s'avancent parallèlement, de ce vaste et régulier espace qu'elles encadrent, de cette belle façade ouverte, de ces cinq portes qui appellent la foule : il y a là une intention et comme une exigence d'architecture qui veut un large et magnifique escalier. C'est le complément nécessaire du monument, c'est ce qui l'annonce, le soutient, le grandit; et je ne crains pas d'affirmer que nous ne pouvons plus connaître véritablement l'effet que doivent produire les Propylées, depuis que l'escalier est en grande partie détruit, depuis que du bas de la rampe l'œil ne monte plus de marche en marche jusqu'au sommet, et n'aperçoit plus les Propylées exhaussés sur un soubassement de soixante-quatre degrés.
Lorsque les ailes du monument s'arrêtent, les murs commencent a droite et à gauche à encadrer l'escalier, et leur alignement prolonge les soubasse^ ments des' Propylées; ils s'ouvrent peu à peu d'un mouvement à peine sensible, pour donner plus de largeur et d'effet au bas de l'escalier.
Au-dessous^ du portique septentrional des Propylées, les Athéniens élevèrent un immense piédestal qui porte encore aujourd'hui le nom d'Agrippa'. Ce piédestal n'a pas seulement fait renverser une partie
' Planche II, lettre E.