‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 42 sur 200 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

aux portes elles-mêmes qu a tout ce qui les précède. Mais il ne parait pas pour cela que les portes aient cessé d être le centre et comme l'unité de l'œuvre entière.

Dès le bas de l'escalier, on voit, à travers les cinq entre-colonnements de la façade, les cinq portes auxquelles ils correspondent. Elles décroissent à droite et à gauche dans une proportion symétrique ; on les aperçoit de tous les points de cette pente qui leur forme un abord grandiose de près de soixante-dix pieds de largeur. La porte du milieu est de beaucoup la plus grande , et , pour n'en masquer aucune partie, comme cela arrive * dans les temples , l'ordre dorique dérogea à ses règles , et les deux colonnes du milieu prirent un écartement inaccoutumé. Entre-t-on sous le portique par le chemin ainsi ouvert, on le trouve bordé de chaque côté par trois colonnes ioniques qui divisent le vestibule en deux moitiés et forment à la porte principale comme une élégante avenue. Une fois dans l'enceinte de l'Acropole, si l'on se retourne, on voit encore les cinq portes à travers la colonnade du propylée intérieur disposé comme le premier. Ainsi tout concourt à ramener sans cesse les yeux et l'attention vers le motif principal , que la décoration semble d'autant mieux^ faire ressortir qu'elle prend elle-même plus d'étendue.

* On sait que la porte des temples doriques a , en général , à sa base un entre-colonnementy plus deux demi-diamètres de colonnes : les c6tés sont, par conséquent, masqués par les deux colonnes du milieu.

L'édifice est construit tout entier en marbre pentélique, jusqu'aux dalles qui recouvrent le rocher, jusqu'aux degrés disposés sur la pente. Ces matériaux, si précieux au jugement des modernes, n'avaient même pas de nom chez les Athéniens. C'était une pierre comme les autres , la pierre blanche du Pentélique, qui formait une immense montagne où Ton n'avait qu'à tailler. Seulement , les anciens admiraient dans les Propylées la grandeur et la décoration des blocs qui couvraient le portique. On voit encore, en effet, des architraves qui ont vingt pieds de long. Le linteau de la grande porte a vingt-deux pieds : le linteau tant vanté de là porte du Trésor d'Atrée à Mycènes n'a que deux pieds de plus.

Mais ce qui est plus admirable que l'effort qui soulève de telles masses, et que l'art qui les fait porter légèrement par six colonnes ioniques , c'est le génie qui a donné à chaque partie de l'édifice sa parfaite proportion et à l'ensemble une idéale harmonie. Tout était innovation dans les Propylées, grande témérité chez un peuple attaché comme l'étaient les Grecs aux traditions de l'art. Les colonnes du grand portique ont un écartement inouï et dérangent l'économie habituelle de la frise; dans l'intérieur du vestibule , l'ordre ionique place sa charmante volute à côté du profil sévère du chapiteau dorique ; il aligne son fût élancé avec les vives arêtes d'un ordre plus puissant, ses bases, signe de faiblesse, avec l'assiette immuable de colonnes qui

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