CHAPITRE I
ne s'étaient pas écoulés que les Athéniens, jaloux et déjà ingrats, les chassèrent. Ils prétendirent plus tard que les Pélasges avaient fait violence à leurs filles lorsqu'elles allaient chercher de Teau aux Neuf- Fontaines j et qu'on les avait surpris délibérant de s'emparer d'Athènes. Mais les dieux eux-mêmes semblèrent pimir leur mauvaise foi en rendant inutiles contre l'ennemi ces murs, ouvrage de leurs victimes, et en les faisant servir aux projets formés par les ambitieux contre leur liberté. Cylon, Pisistrate, Isagoras commencèrent par se saisir de l'Acropole, lorsqu'ils voulurent se faire tyrans de leur patrie, tous trois, il est vrai, avec un succès différent. Lorsqu'au contraire Xerxès en fit le siège. Minerve chercha en vain à fléchir par ses prières Jupiter vengeur de l'hospitalité.
L'incendie d'Athènes par Xerxès est un de ces faits sur lesquels glisse l'histoire, parce que de plus grands événements captivent son attention. L'Acropole en flammes ne fait qu'éclairer la flotte immobile à Salamine, et l'on oublie quelques pierres menacées et quelques vieillards superstitieux, pour ne penser qu'à l'avenir d'un peuple et d'une civilisation qui va se décider dans peu d'heures. Il y a cependant aussi de la grandeur dans cette confiance inébranlable aux paroles ambiguës d'un oracle et dans ce dévouement mutile qui s'ensevelit sous les ruines de la patrie.
La ville était restée déserte : les guerriers étaient sur les vaisseaux, les femmes et les enfants à Salamine
OU à Trëzène ; Minerve elle-même était remontée au ciel , et le serpent familier avait disparu du sanctuaire. Seuls, les ministres des autels, quelques pauvres gens que la misère avait empêchés de fuir d'Athènes, et les citoyens qui croyaient avoir mieux compris l'oracle, s'étaient enfermés dans la citadelle et l'avaient fortifiée à la hâte avec des pieux et des planches, profitant des oliviers sauvages qui l'entouraient alors d'une défense naturelle.
Le premier assaut repoussé, les Perses s'étahlissent en tumulte sur l'Aréopage, à portée de trait, et lancent des flèches et des étoupes enflammées contre la palissade. Les Athéniens, déçus dans leur pieuse confiance, résistaient cependant. Qiaque fois que les barbares s'approchaient des portes, ils roulaient sur eux des pierres énormes. Xerxès désespérait déjà de les réduire.
Enfin, on découvrit sur le flanfc de l'Acropole une fissure qui n'était point gardée, tant l'on pensait peu que personne pût jamais escalader par là. C'était,' dans le temple d'Agraule, un passage souterrain dont les bords étaient très-escarpés et paraissaient inaccessibles. Dès que les Athéniens voieijt les Perses sur l'Acropole, les uns se précipitent du haut du mur et se tuent, les autres se réfugient dans le temple. Ils y sont massacrés, le temple est livré au pillage , et l'Acropole entière devient la proie des flammes.
Mardonius, maître à son tour d'Athènes , acheva d'anéantir ce que Xerxès n'avait pu que détruire.