‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 53 sur 200 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

a Maitre des portes, » continue M. Burnouf, « Ten- « ' nemi aura à combattre sur la plate- forme et h a prendre un ordre de bataille en face d'une armée « prête à le recevoir. » Maître des portes! Oui, et Ton n'essayera même pas de les fermer; car, tranquilles sous le vestibule couvert , sans qu'une fenêtre, sans qu'une meurtrière, sans qu'un créneau permette de les inquiéter, les vainqueurs pourraient tout a l'aise faire voler en éclats ces portes magnifiques : mieux vaut livrer ce qu'on ne peut défendre. Ainsi, dès le premier jour, il leur suffk d'un seul engagement heureux pour être maîtres des portes, c'est-à-dire de la forteresse. Car cette armée prête à les recevoir, ce n'est qu'une garnison affaiblie par deux défaites, et son ordre de bataille semble fort compromis au milieu des temples, des autels, des statues, des offrandes de toute sorte qui remplissent l'enceinte entière et laissent difficilement libre une plate-forme où ranger une armée.

Souvent une première impression conduit, sans preuves, à une théorie. C'est ainsi que M. Leake, frappé de la ressemblance des Propylées avec les fortifications modernes, les déclare un ouvrage militaire. Le grand vestibule', c'est la courtine; les

■ Tbe whole work may be said to resemble the front oc a modem fortîBcation ; the great vestiliùle resembling to the curtain, aod each of the i;vmgs presenting a face an fianc like twoadjoining bastions, ( Topogr. of Athtn , i** éd., p. 179.)

A un moment donné , les Propylées pouvaient servir a arrêter Fen-

deux ailes , qui présentent une face et un flanc ^ ce sont les deux bastions contigus à la courtine. Voilà donc l'effet que les Propylées étaient destinés à produire et les expressions qui devaient servir à les louer! Et encore, quelle comparaison! Une courtine qui sert à loger l'ennemi, à le mettre à l'abri pour qu'il enfonce plus commodément les portes! Des bastions qui ne communiquent pas avec la citadelle et sur lesquels il est impossible de placer des défenseurs, si l'on essaye de se renfermer! En un mot, une fortification qui ne peut protéger sa garnison, mais que sa garnison est obligée de protéger en sortant des portes, en la couvrant de son corps, en mourant sur les degrés qui y conduisent !

Si la vue des Propylées a tant d'éloquence, ne déclarent-ils pas plutôt par leur richesse, leur élégance, leur ressemblance même avec les édifices civils et religieux, qu'ils n'ont pas été élevés dans une pensée belliqueuse. L'architecture militaire des Grecs nous est assez connue par tant de ruines de toute époque, depuis son enfance, qui entasse les roches cyclopéennes, jusqu'à sa perfection, qui construit Phylé, Éleuthères et Messène. Où voit-on qu'elle s'écarte jamais de ses traditions sévères , logiques,

oemi» de même que, dans une ville prise » une église , une maison, un simple mur présentent un appui aux efforts désespérés des vaincus. Les Propylées, situés sur la hauteur et barrant l'accès de FAcropole, pouvaient devenir dans l'occasion un point stratégique qui avait son importance, sans avoir été construits dans ce but.

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