‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 66 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qui suivaient les satrapes ; les seconds , les alliés que le grand roi avait trouvés dans le nord de la Grèce. D'après un des systèmes j il y aurait unité de sujet ; lautre accepterait des victoires et des époques différentes. Des deux parts les preuves manquent et les objections se balancent. Outre que la victoire de TEurymédon fut en grande partie une victoire navale , ce qui me ferait préférer l'opinion de M. Leake, c'est cette considération qu'un temple est plutôt élevé pour attester la puissance d'une divinité que pour rappeler les exploits d'un homme : une démocratie jalouse • et les sentiments religieux sont d'accord sur ce point. Assurément des triomphes différents sur différents ennemis donnent une plus grande idée de' cette puissance et flattent mieux l'oi^eil national. Dans cet esprit , je souhaiterais même pouvoir reconnaître sur la façade occidentale ime troisième guerre entre Athènes et un peuple grec. Cela n'a rien d'invraisemblable, puisque dans le Pœcile on avait peint la défaite des Spartiates à Œnoé, et dans le portique des Douze Dieux , la bataille de Mantinée.

Au reste, on se demande comment les anciens pouvaient distinguer de pareils sujets autrement qiw par la tradition. En sculpture, la représentation d'un comliat, surtout tel que l'exigeait une frise grecque,

* « The démocratie jealousy of the Athenians would hardly liavc

• permitted se dii'ert and immédiate an honour been conferred ou

• Cîraon. • ( Leake, iùid,^ p. 533. )

était un lieu coiunum , une suite de groupes qui offraient à Fart une variëtë et des ressources infinies , mais rien de distinctif qui marquât le temps et le lieu. Le peintre fera facilement reconnaître la liataille de Marathon par le paysage , par les marais où les Perses se précipitent, par les vaisseaux phéniciens qui essayent en vain de les recueillir; mais tous ces détails sont interdits au sculpteur qui décore un temple. Les personnages mêmes sont sur un seul plan et ont une égale importance : ce n'est pas un combat général, mais une série de combats singuliers. Ici , il est vrai, les costumes indiquent des Perses, mais les Perses ont compté plus d'une défaite. Entre Grecs, au contraire, la couleur des manteaux, les signes peints sur les boucliers , maintenaient pour des yeux exercés la distinction des peuples; mais les Grecs s'étaient mesurés en tant de lieux! Enfin, si l'on retraçait des épisodes, des portraits célèbres, les contemporains seuls en avaient le secret ; les âges suivants en étaient réduits à la tradition. Faut-il nous étonner de notre incertitude, quand cette tradition nous manque? L'art ne perd rien à cette lacune, qui ne préoccupe que l'histoire. Qu'importerit le lieu, le nom, la date? Le combat en est-il moins animé, les guerriers sont-ils moins bien groupés , leurs formes moins belles , l'imitation de la nature , dans le développement de sa force, moins parfaite?

La frise méridionale est celle qui a le moins souffert. On y compte vingt-huit figures, dont sept seu-

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lement sont devenues h peu près méconnaissables. Je n'entreprendrai point une description minutieuse qui n'apprendrait rien à personne. L'imagination se rend aisément compte d'une série d'engagements où, avec des mouvements et des succès divers , chacun attac[ue ou se défend. Le moment choisi par l'artiste est celui de la défaite. Déjà plusieurs barbares ont succombé; étendus à terre, ils sont foulés aux pieds par les chevaux. D'autres , blessés ou désarmés, vont recevoir le coup morteL Mais c'eût été répandre sur la composition générale trop de monotonie que de ne pas donner quelquefois aux Perses de l'éilergie et une apparence d'avantage. On en voit un, en effet, d'une taille élevée, qui, de son genou, presse un Grec renversé et lève le bras pour l'achever. C'est un chef sans doute , et son courage , autant que les riches draperies qui s'agitent autour de lui , l'ont signalé à trois Grecs qui volent au secours de leur compagnon ; un d'eux lui a même déjà saisi le bras. Malheureusement, celle partie où la compositidti semble avoir plus d'étendue est fort endommagée; il en est de même de la scène suivante , où un Perse tombe avec son chevaL Dans les aulres groupes, on peut admirer certains détails, parliculièrement les formes des guerriers grecs , qui sont complétenient nus; car l'on ne peut compter pour un vêtement la courte chlamyde qui vole derrière leurs épaules, ou qu'ils ont enroulée autour de leur bras gauche, pour parer les coups de l'ennemi.

La frise du nord, qui représente un sujet analogue, donnerait lieu aux mêmes remarques. C'est celle qui a été emportée en Angleterre, et qu'on a remplacée par un moulage en terre cuite. Les morceaux furent retrouvés par lord Elgin dans les murs d'une poudrière turque. Alors, pour la première fois, on découvrit l'erreur des anciens voyageurs, qui avaient vu ce petit temple debout et avaient parlé d'un combat d'Amazones. Le costume efféminé, les formes quelquefois délicates, l'action molle que l'artiste a donnée avec intention aux Perses, l'état de ruine' surtout de ces bas-reliefs, pouvaient tromper un coup d'œil rapide comme celui qu'on jetait dans ce temps-là sur les plus belles choses. Peut-être même un bouclier échancré , semblable à ceux des Amazones, un seul, que tient un Perse agenouillé , a-t-il contribué à cette illusion. Mais lorsqu'on eut retrouvé et vu de près ces marbres précieux, on reconnut que toutes les figures bien conservées étaient des hommes; ce qui n'engageait nullement à croire que celles qui étaient ruinées fussent des femmes. Lîi barbe chez quelques-uns, le grand cimeterre oriental, la tiare, la tunique a manches, le vêtement plissé des jambes, ne diffèrent en rien de tout ce qu'on observe sur la grande mosaïque de Pompéi.

La frise de l'ouest est également à Londres. Mais elle est presque entière, tandis que les deux tiers de

> fregio canco di bassî rilievi dî ben effigiate figurine, ma

mancanti tutte délia testa. • (Corn. Magni, p, 55.)

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