‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 78 sur 200 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

ont été remplies. On juge où cela mentrainerait , si je voulais être complet.

Le but de cet ouvrage est, à la fois, de décrire les ruines de l'Acropole et de retrouver les principaux éléments d'une restauration qui retracerait à notre imagination un ensemble à jamais perdu pour nos yeux. Il est donc naturel que je m'attache à tout ce qui a une signification topographique et une place dans l'histoire de l'art , en négligeant les détails qui n'en ont aucune , par exemple , toutes les tables de marbre sur lesquelles on écrivait les lois , les décrets, les comptes publics , les noms des magistrats , les récompenses votées par le peuple, les traités conclus avec les autres États, les dettes des villes tributaires, le relevé des trésors contenus dans les temples , les dépenses faites pour les monuments, etc., etc., témoignages d'un prix inestimable pour l'histoire, mais qui ont une place plus convenable dans des ouvrages spéciaux. Faciles à briser et à transporter, ces tables ne présentent souvent que des fragments jetés au hasard ou employés comme matériaux dans des constructions modernes. Il en est tout autrement des indications entaillées sur le rocher, des soubassements, des petits édifices, des piédestaux. On a pu les renverser, les mutiler, mais les plus considérables sont restés à leur place par leur propre force ; les plus petits se sont retrouvés à peu de distance, enterrés de bonne heure sous les cendres et les décombres.

fô6 I/ACROPOLE D'ATHÈNES.

Chacun peut les grouper à son goût autour des niasses principales, non pas avec une symétrie et une régularité géométriques , mais disposés avec une variété et un désordre auquel le caprice des différents âges avait , peut-être, seul présidé. L'on sait, pourtant, combien ce système est conforme aux habitudes antiques , et les traces multipliées çà et là sur le rocher en sont une preuve incontestable.

« Dès l'entrée même de la citadelle, » dit Pausanias, a on voit la statue de Mercure Propyléen, et a les Grâces, qui sont, à ce que Ton prétend, Tœu- « \Te de Socrate, fils de Sophronisque. » C'était sous le portique du Propylée intérieur qu'étaient ces sculptures.

Socrate avait représenté les trois Grâces complètement vêtues. Non pas que cela eût quelque chose d'extraordinaire dans ce temps-là. C'était une tradition absolue de draper les figures féminines, et ce fut une innovation dans le fronton du Parthénon que Vénus nue assise sur les genoux de sa mère : encore était-ce Vénus! Différents auteurs ont parlé de la vocation de Socrate pour l'art, avant que la philosophie lui eût fait tout quitter. Il parait, d'après les expressions de Pline, que son œuvre avait du mérite ; mais , qui l'a jugée d'un esprit impartial ? Aristophane s'en moquait et faisait jurer Socrate par les Grâces.

\jà première statue qu'on trouvait, au seuil même de l'Acropole, était une lionne de bronze, sans langue, image qui rappelait le nom et l'héroïsme de la

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courtisane Leaena : Hippias la fil expirer dans les tourments, parce qu'il la savait aimée d'Aristogiton et supposait qu'elle avait eu connaissance de son projet. Les Athéniens 9 devenus libres , n'osèrent point mettre dans le sanctuaire de l'Acropole le portrait d'une courtisane ; mais leur admiration ingénieuse inventa ce détour.

Auprès de la lionne était une statue de Vénus, offrande de Callias, ouvrage de Calamis, sculpteur célèbre de la vieille école, dont le style, malgré un reste de sécheresse, ne manquait ni de grâce ni de légèreté. Alapiace même que la Vénus devait occuper, devant la première colonne à main droite en sortant du chemin creux des Propylées , on trouve aujourd'hui un grand piédestal rond en marbre pentélique. Il a été dérangé évidemment : mais sa dimension ne permet pas de supposer qu'il vienne de loin, et précisément on y lit le nom de Callias en caractères du beau siècle. Comme en même temps le donataire a rappelé les victoires qu'il avait remportées dans les différents jeux , on dirait qu'il n'a consacré la statue que pour avoir l'occasion d'immortaliser ses triomphes.

Auprès était Diitréphès, général athénien, percé de flèches et sur le point d'expirer. Sa statue était en bronze ; son fils Hermolycus la lui avait élevée. Du moins, c'est ce que nous apprend un piédestal trouvé deux cents pas plus loin, à Touest du Parthénon , dans le mur d'une citerne moderne. Le nom de 1 ar-

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tiste, Crésilas, y est aussi gravé, et c*est sur cette indication qu'on a reconnu, malgré soii déplacement, le piédestal de Diitréphès. Car Pline rapporte que Ton admirait parmi les statues de Crésilas, « le « Blessé qui expire, si heureusement rendu qu*on « peut calculer ce qui lui reste de vie. »

t< Près de Diitréphès, » continue Pausanias, « en « laissant de côté les statues les moins remarqua- ^i blés, on voit la déesse Hygiée et Minerve, surce nommée elle-même Hygiée. En outre , une pierre ff d'une dimension suffisante pour qu'un petit homme « puisse s'y asseoir : on raconte que Silène s'y est « reposé lorsque Bacchus vint en Attique. » Le piédestal de Minerve Hygiée est encore à sa place. Il est en marbre pentélique et forme un peu plus du demi-cercle. Adossé à la dernière colonne de l'angle sud-est des Propylées , il nous montre comment les |

précédents piédestaux étaient disposés : mais aucun I

ne s'adapte avec tant d'art au monument lui-même. On y reconnaît une grande conformité dans le style ; i

c'est la même pureté dans les profils , c'est jusqu'à la couleur du marbre.

La statue de Minerve Hygiée fut , en effet , consacrée par Périclès pendant la construction des Propylées. Le plus actif et le plus zélé de ses ouvriers était tombé d'une grande hiauteur, et les médecins désespéraient de le sauver. Périclès en était fort affligé, lorsque Minerve lui apparut en songe et lui indiqua un remède qui guérit aussitôt le malade. Ce

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