I. Itieiilafoy, Art nnt. de ii Perse, vol. III, pi. IV
ENTABLEMENT DE L'APADANA. 279
dimensions verticales et multipliaient les points d'appui de l'entablement; construisaient-ils un petit palais, ils accroissaient les dimensions transversales des entrecolonnements dans rint«:'rét de la circulation. Cela revient à dire qu'étant connus l'écartement des supports, l'épaisseur de la terrasse, le poids de la toiture et les lois arithmétiques de l'architecture perse, on calculera sans erreur possible les dimensions principales de l'architrave de la frise et de la corniche.
Il ressort de l'examen de la façade rupestre du tombeau de Darius que la hauteur de l'entablement équivaut à la demi-distance des colonnes, et que les lions du zoophoron occupent en hauteur le tiers de l'entablement'. 11 semble donc qu'à Suse en particulier, pour un ontrecolonnement de vingt-quatre pieds, la hauteur de l'entablement doive être voisine de 12 pieds et celle du zoophoron d<' \. Or i pieds répondent à la hauteur des lions. Ce sont donc les mômes animaux qui décoraient la frise des pylônes et le zoophoron de l'apadàna. De combien de fauves se composait la théorie ? La longueur exacte des portiques de Suse est de 24 x: 7 pieds, chaque lion découvert dans les fouilles occupe sept briques, soit 7 pieds : il y avait donc place pour vingt-quatre hôtes.
A quelle époque convient-il d'attribuer les lions? Les inscriptions cunéiformes sont muettes à ce sujet. On y lit bien quelques mots usuels du protocole des Achéménides, mais pas un nom propre. Cette lacune a été heureusement comblée par les fouilles. La présence des fauves sur le dallage prolongé de la salb» du trône (p. 274) et la découverte à quelques mètres au-dessous de cet étage d'un second dallage où gisaient des briques (fig. 192) et des fragments de colonnes sigillées au nom de Darius r'(fig. 206), indiquent que les lions faisaient partie des constructions neuves élevées par Artaxerxès Mnémon sur les ruines du palais de Darius fils d'Hvstaspe, qui avait brûlé sous le règne d'Artaxerxès fils de Xerxès ^ Les lions remonteraient donc aux dernières années du iv'' ou aux premières années du v° siècle.
Outre les lions des pylônes et du palais, tous sortis du môme moule, ainsi que je l'ai fait observer, on a découvert, autour de la porte orientale de la forteresse, des fragments empruntés à des bêtes autrement campées que les lions passants. On reconnaît, au dessin des muscles et des pattes, qu'ils appartiennent à des fauves allongés, d'autres à des fauves assis. Les fragments sont trop peu nombreux pour
1. Dieulafoy, Art mit. de la Perse, vol. II, p. 86. Consull.ez également les dimensions relevées par Pascal Cosfe {Perse ancieime], en parfait accord avec les cotes que j'ai prises au cours de ma première mission et qui ont été contrôlées une dernière fois par M. lîabin. C'est ainsi que pour le tombeau de Darius, type parfait de l'archilecture royale des Achéménides, l'entrecolonnement atteint de S"', 13 à 3", 16; l'entablement l",a8 = 3'",16 : 2; le zoophoron, 0°',52= l°',o8 : 3. On trouvera plus loin (fig. 231) l'épui'e modulaire de l'apadàna.
2. Ces renseignements historiques sont fournis par l'inscription gravée sur les bases des quatre cohnines centrales de la dernière travée (p. 340, note 1, et lig. 222. Voir, pour l'inscription, Oppert, le Peuple et la hmgue des Médes, p. 229 à 231). Hérodote (VII, ,§ 0, 151, lo2; IX, § 108) et Eschyle (te Perses) attestent d'autre part que Xerxès revint à Suse après sa défaite, y demeura toute son existence et qu'Artaxerxès son lils y vécut encore longtemps. 11 faut donc placer 1 incendie de l'apadàna de Darius vers l'an iiO av. J.-C.
être remontés, mais ils entrent sans peine dans le canevas d'un dessin. Ouant à déterminer leur place et leur rôle dans les constructions qui entouraient ou surmontaient les portes, je ne le saurais avec certitude'.
De-ci, de-là, soit à la citadelle, soit dans les maçonneries, j'ai encore découvert des lions passants, allongés, assis ou engagés dans un combat avec un taureau blanc aux sabots d'or", tous très fragmentaires, mais modelés sur les tranches de briques minces (pareilles à celles des archers) ayant 1/4 de pied de hauteur pour 1 pied de long et de large. J'ai tout lieu de penser que ces animaux proviennent de palais plus anciens. La nature excellente de l'émail et du support ne me laisse guère de doute à ce sujet. Sous le règne d'Artaxerxès Mnémon la décadence des arts et des industries céramiques est trop accusée pour me permettre d'attribuer aux faïenciers de cette époque des omvres aussi parfaites que des lions modelés sur briques minces.
Dans le voisinage immédiat des lions, se trouvaient encore des briques appartenant à des bêtes ailées : taureaux, lions, griffons fantastiques. Combien je déplore que les entrailles avares du Memnonium n'aient pas livré dans son intégrité un de ces animaux. Des découvertes ultérieures (p. 308) permettent de reconstituer ces monstres empennés (fig. \9o et pi. XI) et augmentent encore mes regrets. Leurs ailes diaprées, d'un dessin si élégant et d'une coloration si harmonieuse, leurs têtes rébarbatives, leur allure féroce l'emportent en originalité sur les autres œuvres des artistes iraniens.
Les archers furent découverts au-dessous des substructions d'une porte appartenant au palais d'Artaxerxès Mnémon ^ Ils étaient amoncelés en tas irréguliers sur un dallage situé à 4 mètres en contre-bas du sol de la salle du trône. Les briques carrées ou barlongues, sur la tranche desquelles ils sont estampés, ont 1 pied (O'",3o) do côté et un quart de pied d'épaisseur (joints et lits compris). Certaines ont 1 pied de profondeur, d'autres un demi-pied (fig. IGO, pi. IV et V).
La fritte est blanche et très dure, l'émail brillant et adhérent.
Les ruines du monument auquel appartenaient les archers avaient été en partie remuées avant d'être ensevelies pour vingt-trois siècles. Les matériaux émaillés entraient dans une maçonnerie de fondation qui reliait et coinçait des tas épars sur le sol ; les briques trop brisées avaient été jetées aux décombres.
Je laisse à penser combien fut laborieux le remontage des archers, remontage
i. Tous les fragments dont il a été question sont exposés dans les vitrines des salles de la Susiane (musée du Louvre).
2. Ce combat est souvent représenté sur les bas-reliefs de Persépolis (Dieulafoy, Art ant. de la Perse, vol. III, pi. XVIII).
3. C'est la porte fortifiée qui mettait en communication l'apadàna avec les palais construits sur le tumulus oriental. Elle est située entre la façade delà salle du trône et les pylônes (pi. II].