PYLONES
Les lions, en s'abîmant sur lo sol, avaient défoncé le carrellenient de la cour et, malgré la nature friable des moellons, s'étaient profondément incrustés dans les cailloux du radier.
Ces deux faits témoignent que les matériaux émaillés avaient acquis dans leur chute une vitesse considérable. Étant donné que le faîte de Vapaddna sasien (voy. p. 340, note 2) s'arrêtait à 75 pieds (26"", 75)', que le portique Yiçadahyou de Persépolis atteignait à la hauteur du palais de Xerxès construit à la suite de ce portique, il est à supposer que la frise des lions placée au sommet des pylônes régnait à 20 ou 25 mètres au-dessus du sol. Cette cote répondrait à rolfet mécanique produit par TefTondrement des faïences.
Le pylône, construit, comme les ouvrages de la forteresse, en matériaux de terre crue, était revêtu, sur toutes les parties que ne recouvrait pas le bas-relief émaillé, de moellons coulés en fritte brute dans des moules de dimensions identiques à ceux où avaient été jetés les animaux. Ces moellons, de deux tons — gris et rose (pi. XIII), — devaient former par leur juxtaposition des mosaïques à larges mailles, tendues ainsi qu'un immense tapis sur les murailles des pylônes et des palais. J'ai découvert à Persépolis des parements en briques de deux rouges analogues à ceux de Suse et j'ai relevé à toutes les belles époques de l'art persan de nombreux exemples d'une polychromie très douce reposant sur l'emploi de matériaux de terre amenés cà différents états de cuisson. Le mariage des turquoises pâles des émaux et des roses éteints de la brique mate est d'ailleurs d'une exquise délicatesse. Cette harmonie serait pourtant rompue sans retour si l'on essayait de modifier séparément la tonalité bleue des fonds vernissés ou le gris rosé des matériaux mats : une brique vineuse ou même rouge appelle un bleu très intense; ainsi l'avaient compris lesChaldéens si l'on s'en réfère aux fragments polychromes découverts à Babylone. Il serait non moins choquant de juxtaposer, comme on le lit en Perse à la fin du siècle dernier, des faïences bleues et roses. L'accord ne peut s'établir qu'entre les bleus émaillés et les roses mats.
Au point de vue ornemental et constructif, j'ajouterai que le pylône devait être découpé en larges panneaux par ces profondes rainures verticales que l'on retrouve dans les monuments assyriens et perses' et qui divisaient les théories d'archers placées au-dessous des soffites de l'apadàna (p. 283, fig. 157, pi. XV).
Les lions ne régnaient pas seulement au sommet des pylônes, ils décoraient encore les murs et l'entablement de la salle du trône. L'examen des façades rupes-
des mosquées et des édifices royaux, sont successivement remplacées par des revêtements de faïence. Mais les monuments où apparaît cette transformation accusent une décadence architectonique qui s'accentue avec une prestigieuse rapidité.
1. Je suis forcé de renvoyer aux chapitres XI et XII, où seront traitées les questions relatives aux dimensions du palais.
2. Dieulafoy, Art mil. de la Perse, vol. IV, lig. 20 à 36, et p. 47 à aO.
LACROPOLE DE SUSE.
1res des tombeaux achéménides (fîg. 153)' et la restauration de l'apadâna susien ne laissent aucun doute à cet égard (pi. XIV et XV).
Je ne m'arrêterai pas sur le premier argument, c'est une simple question de fait, une constatation. Le second mérite au contraire d'être développé, parce qui! se rattache au système constructif et modulaire des Iraniens.
Dans un entablement, les dimensions de l'architrave et de la frise devraient dépendre <\o l'écarlement des colonnes, du poids de la toiture, de la résistance des matériaux. La théorie grecque, où l'on rattache les dimensions des poutres de
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FIG. 153. — F.\TABLEMEM DU TOMBEAL 11 E D A R 1 1' S A N A K H CH È-R O L S T EM .
pieiTe à leur élévation au-dessus du sol, c'est-à-dire à la hauteur des colonnes, est donc vicieuse en principe. Elle se tolère en application parce que l'écartement des colonnes augmente avec leur hauteur et que les dimensions modulaires des divers membres de l'architrave canonique excèdent toujours les dimensions statiques correspondantes.
II en allait tout autrement sur les chantiers perses. Comme les architectes disposaient, pour tous bois de charpente , de poutres coupées dans les forêts du Liban et péniblement traînées à travers le désert et les montagnes , ils proportionnaient les entrecolonnements à la longueur et à l'équarrissage des bois approvisionnés à pied d'œuvre et ne s'inquiétaient guerre de la hauteur des quillages.
Dans le tombeau de Darius, par exemple, l'espacement des supports est à leur hauteur cfunme 3°, 15 (5 coudées 1/4) est à .')'", 09 (10 coudées) — comme 21 esta 40 — alors que dans l'apadâna susien le rapport des dimensions analogues descend à crlui de 8", 40 à 21"°, soit à celui de I() à 40. En cela les Perses avaient raison sur les Grecs.
Projetaient - ils une salle aux dimensions souveraines, ils exagéraient les