CARACTEHES DES BAS-RELIEFS PERSES
(les méthodes grecques l'époque de la conquête de l'Ionie par Cyrus, et j'attribuai aux expéditions dirigées par Cambyse contre l'Egypte la raison des modifications profondes qui s'introduisirent dans l'ornement perse entre la mort de Cyrus et l'avènement de Darius. On a contesté la fdiation grecque, en traitant de fortuites toutes les ressemblances de formes, en passant sous silence les analogies construc-
FIG. 1G7. — 4THÉNÈ (u'aPP.ÈS UN VASE DU CABINET DES MÉDAILLES).
tives bien autrement probantes et en m'objectant que deux membres de la corniche de l'édicule connu sous le nom de Gabrè-Maderè-Soleiman étaient pris dans une même pierre, tandis que les Grecs les taillaient dans deux assises distinctes'. Je pourrais répondre que la règle invoquée ne se vérifie pas toujours en Hellade, que la différence d'échelle explique le mode de procédé des Perses et des Grecs, mais j'aime mieux m'en tenir à l'objection, car elle est un nouvel argument et un argument puissant en ma faveur.
Quels sont en effet les caractères qui différencient les copies des originaux? Des imperfections de détail accusant un copiste préoccupé de traduire les formes
i. Cette objection a été présentée par MM. Penot et Chipiez.
extérieures sans jamais s'inquiéter des pensées directrices de l'inventeur. N'est-ce pas le cas de la corniche du Gabrè-Maderè-Soleiman? Je ne recommencerai donc pas à propos des édifices de Suse un nouveau plaidoyer en faveur de l'influence grecque sur le monde iranien. Je désire seulement rendre palpable l'action civilisatrice et le mode d'action de l'Hellade sur un des monuments où la filiation
chaldéenne s'accuse avec une indiscutable netteté. Je veux parler de la frise des immortels.
Autour des palais de Babylone se développait, comme sous les softites de l'apadàna susien, de longues théories de guerriers, des frises fleuronnées, des litres décorées de marguerites, des mer- Ions à étages; personne ne songe à le contester'. Encadrons le guerrier perse (fig. 163) entre un personnage assyrien (fig. 164) défilant dans la même attitude et dans le même costume que l'archer iranien et une représentation d'Athénè empruntée à des vases bien authentiques du vi° siècle (fig. 166)-. Ce qui frappe, dès le premier coup d'oeil jeté sur le soldat iranien, c'est la prédominance de la tète et des muscles qui la portent, l'accentuation du profil de la cuisse et en particulier du mollet, le modelé des pieds et le tracé des plis (pi. V, VI, VII et fig. 160, 161, 162, 197). Aucun de ces trois caractères ne se retrouve dans les figures habillées de style assyrien (fig. 164). Est-ce que les Grecs, à l'époque de Cyrus, n'afTectionnaient pas au contraire les têtes et les épaules puissantes, les mollets bien sortis cisaillants sous la jupe (fig. 166, 167, 168)?
Les plis réguliers de la jupe, les grands canons des manches dénotent mieux encore que la musculature une tendance nouvelle. Pas de plis dans les chitons ou les peplos représentés sur le vase François; pas de plis dans les figures antérieures à l'an 5oO; pas de plis dans le portrait de Cyrus remontant à peu près à la môme époque (fig. 37 et 38). Puis il se produit en Grèce une tendance artistique toute nouvelle : dessinateurs, sculpteurs, détachent la draperie du corps et s'ingé-
Fin. I(J8. — ATHÉ^i■ (temple d'égixe).
\. Je 1p conteste d'autant moins que les étoiles et les broderies de la robe des soldats perses reproduisent un dessin assyrien déjà utilisé sur les vêtements d'Assourbanipal (lig. 163).
2. Je ne pouvais avoir de meilleur guide pour la chronologie et l'élude des vases grecs que M. Potier, le savant conservateur-adjoint de la céramique antique du musée du Louvre. C'est à lui que je dois ces excellents termes de comparaison.
HACHETTE & Cl