‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 80 sur 124 · FEU DIVIN ET FEUX PROFANES · texte numérisé non relu

FEU DIVIN ET FEUX PROFANES

brûler dans une pièce close; pour l'entretenir dans de semblables conditions il fallait avoir recours à des essences combustibles quoique très denses, à des bois bien secs dont la consomption fût lente et sûre. Ces prescriptions sont consécutives au climat de la Perse autant qu'à la ferveur religieuse des adorateurs d'Ormazd et par conséquent aussi antiques que le culte du Feu.

Je spécifie de nouveau qu'il n'est parlé ici que du feu Bahrâm, du Feu dans

Màlirou

Ateclidàn.

Adorht.

1 1 0 l If ladoclit.

Kosti.

FIG. 245. — HESTAUr.ATION d'uN ATECIIIIAN U E L'ÉPOQUE SASSANIllE d'aPUÈS LES MONNAIES (fIG. 242)

ET LES PIERIIES GHAVÉES (fIG. 2'i3).

toute sa pm^eté (p. 392, notes 2 et 3). On se gardera de le confondre avec les feux allumés pendant la durée du sacrifice, avec les feux entretenus pour les usages domestiques et industriels ou môme avec les brasiers portés devant les rois ou dans les processions religieuses '. De même les catholiques distinguent le pain, de l'hostie

1. Le feu Bahrâm, où se revivifient tous les autres feux (Farg. VIIF, 229 à 2o3), ne brûle que Jans l'atecligàh Ju dàityôgàtous (Far;;;. VIII, 2ol), dans le seul lieu où des précautions minutieuses le mettent à l'abri de toute souillure et de toute profanation même involontaire. L'Avesta est formel (p. 392, note 3). Tous les autres feux sont des feux sujets à être souillés et ne participant pas des propriétés sacrées du feu du dàityôgàtous. Le feu porté devant les rois achéménides (Xénophon, Cyrop., VIII, § III, 3 ; Quinte-Curce, 1. III, § 3), pas même le feu utilisi; dans les sacrifices, qui rentraient peut-être tous deux dans la classe des feux Adaràn (p. 392, note 3), ^le faisaient certes pas exception à la règle. Partout où avaient passé un grand nombre de personnes, partout

consacrée. Certes le mazdéen doit respecter le feu sous toutes ses formes, même le feu latent caché dans les arbres ', même l'or qui participe de Téclat des flammes ", mais Ormazd tolère que le feu reçoive un emploi profane sous la réserve expresse et très souvent répétée que le feu souillé par des contacts journaliers et inévitables soit reporté de temps à autre au dàityôgàtous, où il se revivifie au contact de la flamme éternelle (p. 392, note 3), eùt-il même touché un cadavre \ De grandes faveurs spirituelles sont accordées aux hommes qui accomplissent ces œuvres pies\

En résumé, et sans retenir pour le moment d'autres faits, le bas-relief qui surmonte l'entrée du tombeau de Darius T', les auteurs grecs, les livres sacrés du mazdéisme et le rituel encore en usage nous apprennent qu'au moins en Perse et depuis une époque antérieure au vi'^ siècle av. J.-C, le feu d'Aouramazda brûle dans des chambres fermées, à l'abri de toute souillure et des tourmentes hivernales des plateaux iraniens. Ces édifices religieux étaient même si bien clos et si bien cachés au fond d'un jardin, si bien dissimulés derrière les murailles qui servaient à les isoler d'un voisinage impur que Xénophon, Aristobule, les historiens d'Alexandre ne les ont pas décrits. Silence bien significatif, qui témoigne une fois de plus que l'atechgâh dans sa forme antique n'était signalé ni par la hauteur et la majesté des salles ni par l'éclat de sa décoration extérieure, ni par l'affluence des fidèles.

Telles sont les preuves favorables à Darius. Reste à examiner les affirmations d'Hérodote.

Tous les travaux, toutes les découvertes modernes attestent non seulement la bonne foi d'Hérodote, mais la sûreté de ses informations quand il parle de la Perse. H a môme des notions exactes sur la religion pratiquée à l'époque où il écrit. Il serait bien étrange qu'un historien aussi bien renseigné que l'homme qui a décrit dans leurs grandes lignes les édifices sacrés de la Rabylonie avec leurs tours à étage, les statues et les autels, affirme sans raison que les Perses n'érigeaient pas de temples (varj;) à leurs dieux. Ce serait d'autant plus étrange qu'il s'agit d'une constatation, d'un point de fait échappant à toute controverse et reconnu exact parXénol)hon et par Strabon (p. 393 et note 1 ; p. 402 et note 3). Aussi bien ai-je la conviction qu'Hérodote dit l'exacte vérité.

où se pressait la foule, le feu divin eut risqué d"ètre profané (Farg. VIII, 40 à 63). Il lui falhiit, plus encore qu'à l'hostie consacrée, un tabernacle immaculé, un sanctuaire impénétrable, inaccessible aux miasmes ; il ne tolérait que le voisinage des plus purs de ses prêtres.

Page 1