llérod., 1. 1, p
4. lin pareil mur dépasserait de 20 mètres les tours de Notre-Dame, et exercerait sur sa base une pression de 24 à 25 kilos par centimètre carré, alors que la brique cuite de très bonne qualité ne doit jamais, dans la pratique ordinaire des constructions civiles, supporter des pressions excédant 0 à 7 kilos par centimètre carré.
constructions militaires soumises aux actions destructives de la pesanteur et du temps et aux ébranlements bien plus funestes occasionnés par le b(>lier, les sapes et les mines. L'excessive hauteur d'une inuraille ne serait donc pas toujours un élément de force, elle deviendrait même une cause de ruine si le poids de la maçonnerie compromeltait la solidité des assises inférieures.
Dans de pareilles conditions, il est dangereux de donner plus de 14 à lo mètres de hauteur à un mur isolé, à parements verticaux, bâti avec des briques de terre crue, et encore faut-il que la terre soit de qualité exceptionnelle, bien malaxée et séchée à un soleil ardent. Avec des briques cuites, fabriquées et mises en œuvre par des ouvriers habiles, on atteindrait aisément une hauteur double ; avec des pierres de taille, une hauteur triple, quadruple et même quintuple sous la double réserve que le terrain ne cédât pas sous la charge des maçonneries et que le mur fût suffisamment épais pour ne pas s'infléchir.
En vérité, une courtine était assez haute et assez épaisse dès qu'elle dépassait de quelques coudées les dimensions maxima des hélépoles et résistait par sa masse aux coups de bélier, aux sapes et aux mines. A quoi donc eût servi de l'élever ou l'épaissir encore? La plus grande pénétration des projectiles de la défense, le seul but à poursuivre désormais, n'était plus en rapport avec l'accroissement excessif des dépenses. D'autant (luf les places capables de résister victorieusement aux attaques de vive force ou aux blocus succombaient toujours quand elb's n'opposaient qu'une enceinte à l'assaillant : l'ennemi négociait à prix d'argent l'achat d'une porte ou conquérait par surprise l'entrée de la forteresse.
L'erreur est donc flagrante, absolue. D'autre part, il est difficile de suspecter la bonne foi d'Hérodote, surtout après avoir contrôlé, au moyen des textes cunéiformes et des fouilles, la véracité absolue de toutes les autres informations.
Quand Hérodote visita Babylone, Nivitti-Beb était renversé, Imgur-Bel démantelé'. Devant les ruines s'étendait un fosse'' marécageux à moitié comblé par les matériaux détachés des remparts.. Le voyageur s'enquit auprès de ses guides, les comprit mal et intervertit les cotes de hauteur et de largeur. Peut-être doit-on mettre au compte d'un copiste négligent ou d'un correcteur maladroit la substitution des chiflVes. C'est l'hypothèse à laquelle je me rallierai.
Une hauteur de 50 coudées royales (26°", 25), correspondant à une pression à la base de 6 à 7 kilos par centimètre carré, est en jjarfait»^ harmonie avec la nature des matériaux employés (p. 191, note 3) et les ouvrages décrits ou â décrire. Quant à la largeur de 200 coudées (10.") mètres), elle ne présente aucune exagération, puisque le profil était à double face et (pic In fortification susienne, dii'igée
i. iiéioii., I. m, i5'j.
NIVITTI-BKL
seulement vers la campagne et appuyée sur un soubassement général, atteint normalement 63 mètres d'épaisseur.
Un incident du siège de Babylone rend bien évidente la méprise d'Hérodote ou la transposition des copistes. Le jour où Zopyre ouvre les portes de Bel et deClitus, les Perses dessinent de fausses attaques sur plusieurs points des remparts afin de détourner l'attention de la garnison.
« Tandis que les Babyloniens, montés sur leurs remparts, se défendaient contre l'armée de Darius, Zopyre ouvrit les portes ' »
Les démonstrations des assiégeants étaient donc sérieuses. Qu'auraient redouté les révoltés s'ils eussent dominé leurs adversaires du haut d'un mur vertical s'élevant à 105 mètres au-dessus de la plaine?
On objectera sans doute qu<>, dans un paragraphe précédent, Hérodote raconte que les Babyloniens, en voyant les Perses planter leur camp sous les murs de la ville, (( montèrent sur les remparts et formèrent des chœurs de danse, raillant Darius et son armée » ; le fait est vraisemblable et confirme même mon hypothèse.
La crête de Nivitti-Bel était située à 27 mètres au-dessus de la plaine, et le pied de l'avant-mur à plus de l.'JO mètres du couronnement de la contrescarpe du fossé
l. Hérod., 1. ni,ii Kï8. Hérodote a-t-il dramatisé toute cette partie de l'iiisloire de Perse? C'est possible, mais s'il a dramatisé les épisodes, il a du moins, suivant son habitude, fait un tableau fidèle des déçois. Sauf deuxchiffres intervertis, tous les renseignements qu'il donne sont scrupuleusement vérifiés parles textes cunéiformes et les fouilles de Suse.
194 L'ACHOPOLE DE SIJSE.
extérieur, que les Perses n'avaient pas encore franchi au moment où nous reporte ce premier épisode du siège. A cette distance de leurs ennemis et à cette hauteur, les Babyloniens n'avaient à redouter ni l(>s Ih'ches ni les pierres de leurs ennemis.
Tout autre était la situation dix-neuf mois plus tard. Le fossé a été comblé, les travaux d'approche menacent le pied de l'avant-mur; 20 mètres au plus séparent les assaillants des défenseurs de la première enceinte. Chanteurs et musiciens ne s'ébattent plus sur le chemin de ronde; le bruit des harpes et des cymbales eût été étouffé par le claquement des frondes et le sifflement des flèches.
Ces deux points établis — que les enceintes de Babylone étaient conjuguées et que les chiffres d'Hérodote doivent être intervertis, — la restitution des murailles célèbres de Nabuchodonosor ne présente aucune difficulté sérieuse.
Il suffit, pour tracer le profil, de suivre pas à pas les indications, toujours concordantes, fournies par Hérodote, Bérose, l(>s textes cuiiéi formes, les fouilles de Suse et les bas-reliefs assyriens.
Établie sur plan carré, longue de i80 stades (90 kilomètres), l'enceinte se composait (fig. 91) : r d'un fossé immense, à escarpe et contrescarpe revêtues, rempli par une dérivation de l'Euphrate';
2" D'une fausse-braie défendue par un parapet puissant P, construit sur la crête de l'escarpe et compté par Bérose au nombre des enceintes ; parapet analogue à celui qui est représenté dans le bas-relief ci-contre (fig. 92).
3° D'un avant-mur A, Imgur-Bel, la cuii'asse de la vilh* — semblable à l'avantmur susien ' — , formé d'un massif de terre pilonée contenu entre des murs de soutènement en briques cuites. Sa largeur atteignait 200 coudées royales (lOo mètres), sa hauteur3.")(18'",3u)\
4° D'un fossé supérieur, — analogue au fossé F de l'enceinte de Suse, constituant l'obstacle de la muraille.
5" D'une muraille (i, Nivitti-Bel, l'arme de Babylone^ — identifiée à la muraille du ])rofil élamite, — un |jeu plus étroite qu'lmgur-Bel (p. 18i et note 3), haute comme Imgur-Bel de 35 coudées (18"", 35), mais s'élcvant d(» 15 coudées (10°", 40) seulement au-dessus du chemin de ronde de l'avant-mur et, par conséquent, de 50 coudées au-dessus de la |)iaine.
Du côté de la campagne régnaient, entre le pied de Nivitti-Bel et le couronnement d'Imgur-Bel, le chemin de ronde et le fossé intéi'ieur; du coté de la ville, le