FOSSÉ SUPÉRIEUR
loutes les phases du siège, rassaillant, qui ne pouvait forcer les replis tortueux de la galerie, risquait à chaque heure de nuit et de jour d'être pris en flagrant délit d'organisation et rejeté dans les fossés de la place.
Fossé intérieur. — Derrière les casemates s'étend le fossé F dont le plafond règne à 5 pieds (1"',80) au-dessous du chemin de ronde d(> l'avant-mur. La largeur normale du fossé est de 30 pieds (lO",?!-), mais cette cote est variable parce que les tours de la muraille prononcent une saillie de 12 pieds (4"", 28) sur le nu do l'ouvrage.
J'insisterai sur le rôle poliorcétique du fossé (F), parce qu'on ne trouve pas son équivalent exact dans les fortifications antiques découvertes jusqu'à ce jour.
Partant de ce principe que l'escalade d'un mur se tente avec les mômes engins que la descente, les ingénieurs susiens, toujours préoccupés de déjouer les surprises, réglèrent le pied du parement intérieur de la galerie casematée à 5 pieds (1"°,80) au-dessous du chemin de ronde. Cette précaution bien simple suffisait à compromettre le succès d'une attaque de vive force.
Les ennemis parvenus au sommet du retranchement casemate attiraient à eux les échelles calculées en vue de l'escalade, mais quand ils essayaient de les utiliser pour gagner le pied de la muraille, elles se trouvaient trop courtes de 2 à 3 mètres. L'élan des troupes, immobilisées sur la plate-forme, était brisé, et pendant les quelques instants qui s'écoulaient entre le couronnement des casemates et la réparation des échelles, les assiégés, remis de leur stupeur^ avaient le temps de lever les ponts, de fermer les portes et d'appeler les défenseurs sur la courtine et les tours voisines du point assailli.
Si le fossé intérieur déjouait les tentatives d'escalade, il était également un obstacle aux attaques souterraines dirigées contre la muraille. Le mineur qui entrait en galerie sur le chemin de ronde et qui débouchait dans le fossé (F) de l'avant-mur au lieu d'atteindre le pied de la seconde enceinte éprouvait un désappointement analogue à celui des soldats forcés de rebrousser chemin faute d'échelles assez longues.
La fortification ayant pour objet essentiel de rendre plus longues et plus meurtrières les opérations d'un siège, on comprend de quelle importance était l'organisation des chicanes dans un temps où la moindre défaillance pouvait compromettre des mois, des années de labeurs assidus ou faire échouer les escalades les plus hardies.
Aux attaques pied à pied, l'assiégé opposait ses fossés, ses courtines et ses tours; mais les grandes places succombaient rarement à un siège classique. Seules étaient dangereuses les attaques de vive force ou les ruses de guerre.
C'était dans leur habileté à les déjouer, dans la construction des portes, dans
l'invention des obstacles imprévus que se décelaient l'ingéniosité et le talent des
anciens ingénieurs militaires. Les officiers susiens l'emportaient à ce titre sur leurs prédécesseurs et leurs contemporains. Je ne les comparerais qu'à nos grands capitaines du moyen âge.
Muraille. — La muraille, beaucoup moins épaisse que l'avant-mur, mais de même hauteur, correspond à Nivitti-Bel (p. 189 et notes 2, 3, 4, 5. Ajouter aux villes citées Nisibis, qui comportait deux enceintes très voisines. — Dion Cassius, 1. XXXVIII).
Massive sur 18 mètres, elle devait porter, comme Nivitti-Bel, un étage de mâchicoulis bâtis en encorbellement sur le parement extérieur. Hérodote (p. 186, note 2), Appien (p. 189, note 4), les textes cunéiformes (p. 183, insc. C, et p. 18(), insc. D), les bas-reliefs assyriens (fig. 100 et 124) et égyptiens (fig. 113), fournissent à cet égard des renseignements posi-
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FIG. 113. — E\COn LKI.I.EMKNT. FORTEIIESSE ASSïniE\NE U'jPBÈS UN B4S-I;EI.IE1' ÉGYPTIEN (jlASPEllO, Arck .
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tifs (p. 198, note 1). D'ailleurs une forteresse que plusieurs générations de rois s'étaient complu à rendre formidable comportait tous les perfectionnements connus des anciens. Le doute n'est pas permis. Mâchicoulis. — Les mâchicoulis', fort légers, fort bas, construits en brique cuite, ne chargeaient pas la muraille et pourtant l'exhaussaient assez pour accentuer encore le commandement de la seconde enceinte sur les ouvrages extérieurs et donner aux défenseurs de la terrasse crénelée des vues meilleures sur le dehors et le chemin de ronde. Servant à la fois de casernes et d'abris, prêts à prendre part à la lutte dès l'arrivée de l'ennemi, multipliant les étages de tir, incombustibles, invulnérables, ils rendaient de trop grands services pour n'être pas préférés aux hourds volants , mais ils avaient un vice rédhibitoire : conquis, et un ingénieur doit toujours prévoir cette hypothèse, ils devenaient entre les mains des ennemis un redoutable engin de siège. Aussi bien les réservait-on pour couronner la plus haute muraille et leur substituait-on des hourds dans tous les autres cas.
.l'ai expliqué (p. 206, 207) que les parapets crénelés avaient à la base 4 pieds (l'°,44) d'épaisseur. Cette dimension commandait l'épaisseur du mur extérieur des casernes à mâchicoulis.
Au moyen de trois à quatre encorbellements successifs on peut aisément donner
1. Il faut se garder de confondre les mâchicoulis avec les casemates. J'emploie le mot de mdrhicoidis pour désigner les hourds maçonnéa, les constructions légères mais fixes en encorbellement sur le nu des ouvrages, tandis que je réserve le mot de casemates pour les chambres ou les galeries voûtées prises dans l'épaisseur des murailles portant des embrasures, et surmontées d'un étage. A et B (fig. Ho) sont des abris casemates; C est un mâchicoulis; D, un hourd.