‹ L'Acropole de SuseChapitre 143 sur 171 · TOURS · texte numérisé non relu

TOURS

à un écran de 4 pieds d'épaisseur une saillie d'un pied et demi à 2 pieds (0°',537 à 0"',715). Percez dans l'écran des niches étroites fermées par une murette d'une épaisseur égale à la saillie des mâchicoulis, et le parement intérieur de la murette se dressera en prolongement de la façade extérieure de la muraille. Il sera donc facile de ménager, au niveau du dallage, des archères extrêmement plongeantes qui accompagneront les embrasures représentées sur les bas-reliefs (fig. 115 et 116 et p. 198, note i).

La hauteur et la profondeur des casernes à mâchicoulis nous sont inconnues. Mais, étant données les analogies de ces ouvrages avec les casemates (E) déjà décrites (p. 126 â 131, 196, 198, 210 et 211), il y a lieu de penser que les dimensions et les dispositions intérieures des unes et des autres étaient comparables, sous la réserve que les abris de la muraille, construits bien au-dessus de la zone ébranlée par le bélier, devaient avoir un aspect moins massif que les casemates (E). Il y a mieux : sur les bas-reliefs assyriens, les postes à mâchicoulis représentés au sommet des tours n'occupent pas toute la hauteur du commandement, évalué à 15 pieds (5",40) (fig. 59, 93, 124 et p. 221).

Voilà bien des raisons, et dans la suite de ce travail (p. 221) j'en déduirai de nouvelles, pour régler le dallage des mâchicoulis à 10 pieds seulement au-dessous du chemin de ronde de la muraille.

Je ferai remarquer qu'en donnant aux chambres qui couronnent la galerie casematée une profondeur de 4 à 5 mètres — celle des casemates de Suse, — on laisse disponible au-dessus de la muraille une voie dont la largeur excédait 18 mètres, bien suffisante pour assurer le service.

Rue du rempart. — Derrière la muraille régnait la rue du rempart, d'autant plus large que le tracé sinueux de l'enceinte, trop long à parcourir, était remplacé du côté de la ville par des alignements rectilignes. Philon donne à la rue du rempart 60 coudées (27", 60) de largeur'. Cette dimension n'a rien d'exagéré. Elle peut être prise comme moyenne de la distance des saillants à la bordure interne de la rue.

Tours. — Il est inutile de faire ressortir à nouveau les avantages du tracé à crémaillère et des enceintes conjuguées (p. 132, 172 à 174 et p. 189); je ferai seulement remarquer que la combinaison des deux types exaltait les propriétés de chacun d'eux.

Dans les forteresses à tracé rectiligne, où l'avant-mur se combinait avec une muraille, la prise d'une courtine ne faisait pas tomber aux mains des assiégeants le périmètre de l'enceinte, mais en facilitait singulièrement la conquête.

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Il en allait tout autrement avec les fronts à crémaillère. Les coudes de l'enceinte et les étranglements produits par les tours rendaient les cheminements longs et dangereux. L'assiégeant, réduit à laisser entre les mains de ses adversaires la majeure partie du chemin de ronde, était contraint de fortifier les courtines conquises et de jouer à la fois le rôle d'assaillant et d'assailli. La situation restait donc périlleuse jusqu'au jour où les progrès du siège avaient réduit la seconde enceinte à sa discrétion.

Dans la forteresse antique, ai-je dit (p. 172), la tour avait un triple objet : elle flanquait les courtines, elle commandait et fractionnait le chemin de ronde, elle allongeait et multipliait les lignes de défense. Ce triple rôle s'exaltait dans les forteresses bâties en pierre de taille ou en moellons assises. La nature des matériaux permettait alors de donner aux tours une saillie et une hauteur considérables et de réduire la courtine aux proportions d'une clôture assez solide et assez haute pour résister aux béliers et défier les échelles d'escalade.

Les fortifications bâties en matériaux de terre ne comportaient, au contraire, ni en plan ni en élévation, des saillies considérables. J'ai fait ressortir ailleurs le danger que présentaient les murailles trop élevées (p. 191 et 192) ; à plus forte raison fallait-il se méfier de la stabilité d'une tour détachée de la courtine et condamnée par son isolement à une ruine rapide.

Dans l'Acropole de Goudéa et, plus encore, à Suse, à Babylone, à Dour-Charyoukin, la muraille ne relie pas seulement les tours, elle est l'âme de la défense, mais une âme dont l'existence eût été bien compromise sans les secours que lui prêtaient en cas de danger les ouvrages flanquants.

Les bas-reliefs, les fouilles de Khorsabad, les auteurs anciens fournissent, au sujet des tours bâties en matériaux de terre, des renseignements très précis. On sait, par exemple, qu'à Dour-Charyoukin elles étaient larges de 13", 50, distantes d'axe en axe de 40^,50 et prononçaient une saillie de i mètres sur b^ nu des courtines (p. 176), que dans les ouvrages chaldéo-assyriens la longueur de leur face variait entre 12 et 14 mètres et celle des courtines entre 27 et 31 (p. 176 et 260).

Quelques donjons ou (|uelques beffrois, derniers refuges de la garnison, asiles des guetteurs, dominaient l'ensemble des ouvrages (fig. 58, 94, 125), mais la tour défensive des fortifications chaldéo-assyrienjies ne s'élevait guère au-dessus du chemin de ronde (fig. 56 à 132). 11 suffisait que la plate-forme de la tour fût difficilement accessible aux ennemis maîtres de la courtine et qu'elle dominât les hélépoles et les béliers de l'époque assyrienne. Une plus grande hauteur eût été non seulement inutile, mais nuisible. Nuisible parce que la plate-forme des tours d'une enceinte extérieure eût risqué de dominer le chemin de ronde d'une enceinte intérieure; nuisible parce que des tours trop hautes sont aussi trop lourdes et jjIus

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