‹ L'Acropole de SuseChapitre 144 sur 171 · TOURS DE L'ENCEINTE · texte numérisé non relu

TOURS DE L'ENCEINTE

aisées à renverser (p. 192); nuisible enfin parce que le flanquement des courtines eût été moins efficace : l'angle mort croissant avec la hauteur des rempai^ts (fig. 74 et 75), on eût même risqué de créer entre les deux tours une zone privée de flèches.

Les compagnons d'Alexandre évaluèrent à 10 coudées royales (S™, 25) le commandement des tours de Babylone (p. 190, note 2). Ce chiffre, confirmé par les instructions très précises et très sages de Philon de Byzance ' et les nombreux documents qui nous sont parvenus, me paraît exact. La saillie des flancs (4 mètres à Dour-Charyoukin, 4"", 32 à Suse) semble faible, mais combien il eût été dangereux

FIO. 114.— CITADELLE DE SUSE (ÉCtS BIIODÉS S i; P. LA H 0 C lî DES A l\ C H E U SJ .

de l'exagérer, étant donné le peu de résistance des matériaux de terre. D'ailleurs ce défaut avait disparu dans les tracés à crémaillère (p. 132, 172, 173, 174). Les tours répondaient par leur situation aux points faibles de l'enceinte. Que l'on considère les bas-reliefs assyriens, que l'on étudie les ouvrages déblayés avant les fouilles de Suse et l'on constatera qu'elles découpaient en courtines d'égale longueur les

1. « En effet celles (les tours) qui sont trop élevées ne valent pas les autres et elles s'écroulent plus vite sous les coups des pétroboles, ne pouvant résisler à leur propre charge. Il faut donc s'occuper plutôt de l'aire les murs des tours épais et employer à cela l'arpent qu'on a économisé sur la hauteur. » L. I, § 21.

A Nicée, le commandement des tours sur le chemin de ronde varie de 3 à 8 mètres ; à Rome (enceinte d'Aurélien), il est de 4'",2(J; à Pompéi, de 4™, 23 ; à Byzance, de 5'»,30 pour la muraille et de 1",80 pour l'avantmur. (De Rochas, Principes de la fortificdiion antique, p. 8o, lig. 41 ; p. 91, pi. 111 ; p. 86, pi. II ; p. 64, pi. IV, et .swp., p. 201, fig. 95.) De toutes les tours antiques, celles de Jérusalem font exception. Elles avaient oo coudées (23", 10) de hauteur et dépassaient les courtines de 20 coudées (8"", 40), mais il convient d'ajouter qu'elles étaient bâties en pierres très dures admirablement appareillées, qu'elles étaient distantes de 200 coudées (84 mètres), et qu'elles avaient été construites sous le règne d' Agrippa, roi de Judée, dans les premières années de l'ère chrétienne, c'est-à-dire à l'époque des grandes hélépoles et des catapultes. (Josèphe, Guerre des ./ih'/s, 1. V, § 13.) Cette dimension de 33 coudées (23",10), qui semble correspondre à celle des tours de Suse (23"',42. Voir p. 221), n'était guère dépassée. Josèphe cite les tours de 60 coudées (25°',20, l. c, VII, § 21) comme des ouvrages formidables. La moyenne des hauteurs à Nicée, Rome, Pompéi, Conslantinople et en Judée est plulôt inférieure que supérieure à 50 coudées (21™).

longs alignements droits (p. 176 et fig. 55, 59, 66, 68, 82, 84, 92, 124, 140), renforçaient les changements de direction du tracé (fig. 55, 84, 140), les abords des portes (fig. 68 à 132) ot des escaliers (fig. 83, 92 et 140). Dans les fortifications à enceintes multiples, à moins d'exceptions motivées, elles étaient disposées le long de chacune des murailles, de manière à découper en parties égales les courtines des enceintes conjuguées (fig. 82, 92, 100, 124).

L'invariabilité de la place et des dimensions des tours dans l'architecture chaldéo-assyrienne tenait à l'immutabilité même des données générales du problème. La dimension des flancs, la hauteur totale, les encorbellements des parties hautes dépendaient de la nature des maçonneries. La distance des tours était fonction de la portée très dangereuse des arcs et des frondes, car il importait que les défenseurs de chaque flanc tinssent les assaillants des courtines à la merci de leurs armes de jet (p. 132 et 133).

Bien que les fouilles de Suse n'aient mis à découvert aucune autre tour que celles de la citadelle et les deux tours H' voisines de la grande porte (p. 137 et 242; fig. 48, 49, 126, pi. II), on ne saurait douter, après avoir étudié la métrologie du tracé (p. 132, 135, 136 et 242), qu(^ le flanquement ne fût établi suivant les principes chaldéens ci-dessus énoncés'.

L'étude directe du Memnonium montre, en outre (p. 137 et fig. 48 et 126), que la saillie normale des tours atteignait 12 pieds (4", 28); leur profondeur, 30 (10"", 74); leur distance d'axe en axe, H5 (41", 20) et leur face de 35 à 36 pieds (12"", 60 à 12", 96). Les deux chiffres entiers — 35 et 36, — en parfait accord avec les dimensions relevées à Dour-Charyoukin (p. 176), sont acceptables sous la seule réserve que la face de la tour augmentée de la double saillie de r encorbellement supérieur comprenne un nombre entier de nierions. Un merlon et le créneau conjugué mesurent 4 pieds (p. 207 et fig. 1 16 et 1 17). 11 entrait donc dans le couronnement de la tour un nombre de briques divisible par 4, très voisin du nombre de briques compris dans la base, mais un peu supérieur. Je ne vois que deux chiftVes — 36 et 40 — qui satisfassent à ces multiples conditions ; 44 et à plus forte raison 48 correspondent à des encorbellements minimums de 4 et 6 briques (l°',40et 2", 10), incompatibles avec la nature peu résistante des matériaux usuels de la Susiane. Je me suis arrêté au chiflVe 40. La raison de ce choix est toute métrologique : au couronnement de 4^0 pieds (24 coudées) correspond une base de 35 pieds (21 coudées) ; d'autre part une tour de 35 pieds appelle une courtine de 80 (48 coudées), puisque la distance de deux tours consécutives atteint normalement 115 pieds (69 coudées)

1. L'existence des loiirs est (''f.'alemcnt prouvée par les armoiries brodées sur la robe des archers (fip. 114). L'écu est une reproduction sciiénialique de la citadelle à peu près identique à celle donnée par les Assyriens (fiR. d5, à gauche sur la berge de la rivière).

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