DONJON
Les tours dont j'ai pu si heureusement lire la structure occupent les voisinages des saillants et sont distribuées le long des courtines courbes et droites. Leur distance d'axe en axe est de 72 coudées (120 pieds ou 42 mètres). Je ne sais si la première enceinte comportait des ouvrages flanquants. Sur un bas-relief assyrien très intéressant qui reproduit toutes les dispositions caractéristiques de la citadelle de Suse, l'avant-mur est renforcé (fig. 124). Sur un second tableau (fig. 125) la première enceinte est nue, mais il s'agit d'un ouvrage peu important. Il est donc
FIG. 124. — CITADCLLE RACCORDÉE A USE ENCEINTE (BOTTA, KllOfSubad).
impossible de se prononcer. S'il existait des tours, elles découpaient en parties
égales les courtines de la deuxième enceinte. J'ajouterai que le pied du tore devait
être lui-même protégé par un parapet d'escarpe analogue à ceux qui sont représentés
sur les bas-reliefs (fig. 92 et 124 et p. 204).
Donjon. — La disposition du plan, la hauteur anormale des ruines, montrent
qu'au saillant sud de l'enceinte générale (pi. I et II) correspondait un réduit ou plutôt
un donjon, en attribuant à ce mot le sons que lui donnaient les ingénieurs du
moyen âge. Ce donjon, comme les ouvrages similaires, faisait partie intégrante
des enceintes, quoique franchement accusé au dehors et séparé des palais par une
gorge très étroite.
Telle était la situation du donjon féodal par rapport au château '.
Les rois de Suse, les souverains chaldéens, les comtes de Toulouse, les seigneurs de Couci et de Pierrefonds, ou les croisés fixés en Palestine' n'habitaient pas en temps de paix ces réduits formidables ; mais les ennemis menaçaient-ils le pied des remparts, le maître de la place faisait évacuer le palais, les appartements des femmes, la salle du trône et se retirait dans le donjon avec sa famille et ses gardes.
De là, entouré de ses fidèles, il exerçait une surveillance minutieuse sur la garnison et sur les dehors; de là il suivait et dirigeait les opérations militaires, toujours prêt à repousser un assaut, fût-il donné par les ennemis, maîtres des palais, ou par ses sujets révoltés. La légende de Sardanapale se dénoue certainement dans un donjon assyrien. C'est un donjon également que le temple de Bel où se réfugie la garnison de Babylone après la prise de l'enceinte' et que les ouvrages à grand commandement représentés sur certains bas-i^eliefs (fig. 58 et 92).
Aussi bien fallait-il que le réduit incorporé aux enceintes, pour participer à la défense générale, conservât intactes jusqu'au dernier jour ses communications avec les dehors; soit que les défenseurs voulussent se ravitailler, soit qu'ils voulussent tenter de s'enfuir avant la chute du dernier boulevard.
Le donjon de Suse n'était pas seulement le suprême abri du souverain. A mon avis les ingénieurs l'avaient étudié à deux fins, et utilisaient ses remarquables propriétés polioi'cétiques à la surveillance et à la défense du point le plus exposé de l'acropole : le passage du fossé (pi. II).
Quand on étudie les bas-reliefs poliorcétiques, on remarque que les soldats traversent le fossé, certains à la nage (fig. 118), d'autres dans des couffes (bateaux ronds) ou sur des keleks (radeaux portés sur des outres), jamais sur un pont. Il est probable, certain même, que la garnison et les serviteurs étaient autorisés, sous certaines réserves, réglées en temps de paix par la police de la place, à passer l'eau directement; on voit môme, sur les bas-reliefs assyriens, les escaliers conduisant aux embarcadères affectés à cet usage (fig. 92). Mais des barques, des radeaux, démolis à la veille d'un siège, avaient un caractère très précaire et ne comptaient pas au nombre des moyens de communication réguliers. Quelle route auraient suivie les troupes, quelle voie auraient prise les ambassades, les seigneurs, les femmes, le roi et son cortège pour pénétrer dans le palais ou en sortir? Il existait ainsi qu'à Babylone*, à Kadech (fig. 118) et à Byzance (fig. 97), une chaussée ou un pont fixe qui aboutissaient à des ouvrages si formidables que l'armée assiégeante