RESTAURATION DE L'ESCALIER FORTIFIÉ
accès facile et participer à la majesté générale de Tédifice sans nuire cependant aux intérêts de la défense. Aussi bien l'avait-on placée au pied même de la citadelle, à la suite d'un long chapelet de tenailles et dans les œuvres mortes du Memnonium. Si les ennemis parviennent à surmonter tous les obstacles qui en condamnent l'issue, il leur est loisible de se répandre dans la place d'armes, peut-être même de gravir les escaliers de l'apadâna et du palais (p. 243), mais les grands ouvrages restent fermés. Avant d'entrer en vainqueurs dans le donjon ou la citadelle, ils devront en faire le siège régulier, et seraient-ils même parvenus jusqu'à la porte occidentale réservée aux chars qui montaient à la salle du trône, ils n'auront d'autre issue que l'apadâna, c'est-à-dire une impasse.
Au lieu de tourner à gauche, les assaillants prennent à droite, ils contournent le donjon et se présentent devant la porte orientale, fréquentée surtout par la garnison et les serviteurs des palais.
Le tracé de l'ouvrage (fig. 126) au centre duquel s'ouvre la porte militaire affecte la forme générale d'une demi-redoute découpée en nombreuses crémaillères '.
L'avant-mur se retourne à l'intérieur, dessinant entre ses faces opposées une tenaille à crémaillèi'e.
L'espace laissé libre entre les flancs intérieurs de la tenaille était occupé par des degrés conduisant de la fausse-braie au niveau du chemin de ronde et par une tour isolée (6). On reconnaîtra sans surprise dans le dispositif susien le type amélioré des vieux escaliers des forteresses chaldéennes (fig. 83 et 139).
La forme et les dimensions de l'escalier compatibles avec la disposition de Tavant-mur sont très limitées. Il s'agit, en l'espèce, de volées droites semblables à celles que nous ont fait connaître Persépolis, les fouilles d'Abou-Chaïr- et les basreliefs assyriens.
Autant les rampes, dont le rôle poliorcétique était secondaire, présentaient une faible inclinaison', autant les degrés d'un escalier de forteresse devaient être raides. Les dimensions des matériaux laissaient le choix entre des marches de 1 pied (0°',36) et des contre-marches de 1/2 pied (0'",18) ou de 3/4 de pied (0"',27) répondant, pour la hauteur du rempart, celles-là à cent, celles-ci à soixante-quinze divisions. Le développement de la cage d'escalier exclut la première hypothèse.
On accédait donc au-dessus de l'avant-mur par 75 marches faciles à descendre, mais pénibles à monter et quun soldat chargé de ses armes, fùt-il jeune et vigou-
1. L'ouvrage a été relevé sur place ou restauré d'après la position de la chemise de gravier et le profil de l'enceinte ; la part faite aux hypothèses est donc extrêmement réduite. D'ailleurs j'aurai soin de signaler les restitutions soit dans le texte, soit sur les plans (voir les légendes du plan II et de la ligure 120).