Le même fait a été signalé à Dour-Charyoukin
L'ACHOPOLE lŒ SUSE.
de l'escalier, se retournait suivanf les crémaillères du tracé et venait se raccorder avec une porte dont j"ai découvert une partie des vantaux et un des deux gonds à la fin de la deuxième campagne.
Les gonds', coulés en bronze, sont incrustés dans d'énormes cailloux roulés longs de )'",40à l'",oO, larges et épais à proportion (lig. 121 et 128). La crapaudine engagée dans la pierre mesurait O"",^/ de côté; le trou du tourillon, O",! 4 de diamètre. Auprès de la pierre gisait un fragment du vantail avec ses bois, ses clous, son
FIG. 12'.». — IlEVÉTEMEM EN BRONZE REPOISSÉ DES VANTAUX DE l.A PORTE ORIENTALE (DEUXIÈME ENCEINTE).
revêtement métallique. A en juger d'après la longueur des clous, les ais n'avaient pas moins de O",!.") — un quart de coudée sans doute. Ils étaient renforcés à l'intérieur par des écharpes et protégés à l'extérieur par un triple revêtement formé -de plaques de bronze épaisses de 0"',02:) et reliées aux madriers par de.s clous de bronze (lig. 129). Le métal ne consolidait pas seulement le bois, il protégeait les huisseries contre les torches (fig. 56, 69, 124), les outils et les armes des assaillants ^fig. 94).
1. Deux pierres de gond ont été découvertes, l'une au donjon, Taulre ù coté de la porte centrale des enceintes E. La première était complète et aurait été portée en France, si des Arabes ne l'avaient brisée une nuit jiour voler la crapaudine de bronze.
POHTES DE L'ENCEINTE.
La muraille n'épousait pas toutes les crémaillères des enceintes inférieures, mais se terminait par un Iront de même longueur que le pan coupé de la demi-redoute décrite {)ar la galerie casematée.
Je ne détaillerai pas les mérites du tracé. Il suffit de jeter un regard attentif sur le plan général de la porte et de ses abords pour constater la valeur technique de l'ouvrage. Pas un saillant qui ne soit flanqué à bonne distance; les degrés euxmêmes, si difficiles à défendre, étaient battus de devant, de derrière, de droite et de gauche, par des projectiles si multiples et si croisés que, la porte fût-elle demeurée ouverte, l'accès en eût été interdit. L'accord est parfait entre les divers organes. Les cornes du bonnet de prêtre formé par le retranchement E se dressent rigoureusement derrière le milieu des courtines de l'avant-mur ; la porte de la galerie casematée est exactement commandée par la tour û et une crémaillère de la muraille. Malgré les sujétions imposées par la longueur invariable des courtines et de la face des tours, par la position relative des ouvrages flanquants et flanqués, par la dyssymétrie des portes, l'accord est absolu entre les diflerentes enceintes au point que les fronts yâ' et y'Xdes portes de la muraille et de l'enceinte casematée ont la même longueur, sont composés des mêmes éléments groupés dans le même ordre et ne dilTèrent que par la saillie des ouvrages flanquants. Je ferai également observer que chaque poterne se refuse au fond d'une gorge défendue par des tours et des crémaillères; que la porte de l'avant-mur est isolée de la porte de la deuxième enceinte par les volées coudées de l'escalier, et que la porte de la deuxième enceinte est séparée de la porte F de la muraille par un couloir en baïonnette long de 58 pieds (21 ",00), hérissé de défenses formidables, et par deux escaliers qu'il fallait descendre et monter d'abord pour atteindre le plafond du fossé E, puis pour remonter au niveau de la rue du rempart (fig. 48 et 101 ; comp. avec le dispositif assyrien, fig. 87). Ces dispositions très ingénieuses se retrouvent en germe dans les ouvrages militaires des Chaldéens et des Assyriens (fig. 02, 130, 131, 132). On remarquera, sur tous les bas-reliefs mentionnés ci-dessus, que les portes correspondantes des diverses enceintes ne sont jamais placées en face les unes des autres et que chacune d'ell<>s est masquée par un écran puissant. Il en est toujours de même à Suse; aux mêmes soucis répondent les mêmes précautions techniques.
A défaut de meilleures preuves de la rigueur des restaurations, la parfaite harmonie de toutes les parties de l'ouvrage et la forme arithmétique des cotes, les
ijM«iWilliiU'i|iiH«l'WW«i|)()WIW|fiff^y**!^ri:^W^
FIG. 130. — PORTES FORTIFIÉES (bRITISII MUSEUM;.
240 LACROPOLI-: DK SUSE.
analogies si éloquentes des bas-reliefs assyriens et des ouvrages de Suse seraient une démonstration tangible et matérielle du bien fondé des rares hypothèses qui ont été faites, démonstration d'autant plus convaincante qu'il n'est pas un point du tracé ou des profils qui ne se prête à ces multiples vérifications.
Pareille rigueur n'est point pour surprondie.
Les éléments du tracé sont déduits de constructions rigoureuses, inflexibles qui ne comportent ni erreurs, ni retouches possibles. 11 ne s'agit pas d'une restitution architectonique plus ou moins soumise, quand on n'en possède pas tous les éléments, à l'imagination de l'archéologue, mais de la résolution de problèmes de géométrie et d'arithmétique élémentaires, dont les données immuables sont fournies par l'état des lieux, la résistance des matériaux, les lois des nombres, les dimensions des créneaux, les ressources de l'attaque et de la défense.
La muraille, très épaissie dans les environs de la porte F par les raccords des deux enceintes spéciales des palais du roi et des reines, supportait un pavillon hypostyle, dont les nombreuses ruines jonchent encore le sol.
Colonne, base, chapiteaux, faïences, inscriptions, sont les répliques des motifs architecturaux de l'apadàna.
Le pavillon, comparable aux hala-khané modernes, au palais sassanide d'Eïvan ' ou mieux encore aux palais qui surmontaient les portes de Babylone*, était le complément indispensable des magadîlou assyriens (p. 170, note 2). Affecté sans doute au souverain, il offrait des abris plus frais que les palais, signalait au loin l'entrée de la forteresse et complétait, grâce au commandement élevé de la terrasse, la défense des portes et de la demi-redoute.
La porte de la muraille ne donnait accès ni sur le chemin de ronde ni dans les palais, mais dans un boyau long de 400 mètres environ, compris entre les retours d'équerre de la muraille. Ce long couloir, dont j'ai déblayé la tète, en prolongement de la porte P(pl. Il et fig. 126, 127, 128), communiquait par l'intermédiaire de portes fortifiées avec le quartier des hommes et le quartier des femmes.
J'ai décrit avec détail la demi-redoute orientale, parce que sa découverte est, à mon avis, d'un intérêt majeur. Je voulais montrer aussi combien il était difficile à un parti ennemi d'en brusquer l'attaque. Reprenant l'hypothèse déjà émise, supposons en effet que le châtelet ait été forcé, que les assaillants, maîtres du pont, se soient répandus le long de la fausse-braie sans être inquiétés, et emparés des trois portes. Quelle sera la situation faite aux défenseurs par ce succès inespéré des assaillants?